CHAPITRE XVIÏI
pousser plus loto. On ne peut que regretter qu'il n'ait pas fait
preuve à regard des Florentins de l'esprit de conciliation iju il
manifesta envers les autres princes ou État* italiens, car la lin de
cette guerre, poursuivie dan- tel conditions que Ton sait, eut été
désirable dans rinténH de tous, surtout dan> le ^ien. Bu eîlH. I la
date du 29 mars, il n'avait pu se procurer que 10 ou 1 2*000 livres
udre qu'il avait fait acheter i M an loue ; à défaut des pion*
nier* du pape, il détail tdreeeé au duc de Ferrure, qui lui en avait
promis; il avait besoin de 1,000 Espagnols pour renforcer l'armée
qu'il conduisait en Allemagne, mais ils refusaient de k suivre*
parce qu'ils savaient qu'ils ne seraient pas payé*, et ils préféraient
vivre a l'aventure; il en était, de même des bandes venues de
Bologne pour rejoindre Tannée de Florence; il ne pouvait plus
venir à la solde de 17,000 écus par mois qu'il s'était engagé à
fournir et il invitait Philibert à la trouver au royaume de Naples,
il avait décidé d'envoyer en Afrique contre Tunis 4,000 Allemands,
dont une partie serait prélevée sur les troupe- du prince il). Donc
ni argent, ni munitions: réduction des effectifs déjà insulHsants,
indisciplinés, abandonnés par leurs chefs; incohérence absolue
es d'en haut et, disons le mot, désorganisation corn-
lit li situation. En aucun temps elle n'avait été aussi
mauvaise. Charles-Quint lui~même s'en rendait si bien compte
que, tout en paraissant vouloir maintenir le pacte de Barcelone
ijui le Hait au pape, il cherchait, dans le cas présent, à -Vu
affranchir en ne laissant sous le commandement du prince qu'une
née pontificale, exclusivement entretenue aux frais du pape.
Ilbert le <l< vina. Mais cette combinaison ne fut pas de son goût
que jamais, il avait confiance en Clément VU, * car il nous
fayt s> longuement a tendre que tout le monde se désespère, et
nt le payement vient, il n'en vient pas la moytié de ce qu'il
t venir,.. Vêla, -ire, corne le pape nous treste, ei BOjréfl eur
quyl ne se pcult endurer (4); * il ne connaissait que trop les
Itats qu'elle donnerait. Aussi répondit-il a Charles-Quint que
(1) Lvttri de l'empereur & Philibert, du 29 mars, Pièeei justificatives» n"*3iâ; uves impériales Vienne, P A 97, minute: A n U\ tes du royaume à Brusellef. f'aguers d'Kiai, reir, 80. fol î£ë. copte*
mpereur, <îu 8 avril» Piùcea justificatives, n* 317; Archives ri aie* • Vienne, l'A 97. autographe.
si le siège de Florence était poursuivi par ses troupes à lui et celles du pape, il était prêt à lui continuer son concours; sinon, il demandait à se retirer à Naples, pour n'être pas exposé à avoir à servir sous les ordres d'un capitaine à la « fantaisie > du pape et à perdre en une heure ce qu'il avait, toute sa vie, c travalier de gaygner » (4). L'empereur comprit qu'il devait, sans hésiter, accorder satisfaction au prince, et, sur sa lettre même, il ajouta cette annotation : < L'on y mectra qu'elle a esté faicte de ma mayn et nul escripte de la colère; pourveoir les gens d'icelle partie et non sans luy. • Afin de mieux accentuer encore sa détermination, Philibert députa à Clément VII trois capitaines : un espagnol, un italien et un allemand, chargés de lui porter cet ultimatum : payer l'armée, « sans plus donner de paroles, • décider s'il la conserverait en tout ou seulement en partie; dans le premier cas, souscrire aux conditions qu'il lui avait fait proposer par Ripalda; dans le second, solder l'arriéré de ceux qu'il lui conviendrait de licencier. Il en prévint l'empereur, en déclinant toute responsabilité pour l'avenir, car t je ne pense avoyr plus de crédit de leurfere endurer unne heure qu'il ne s'esecutent ce qu'il leur viendra en fantasie. Je prie a Dieu que le mal n'en tome sur vous quil n'en povôs mes. Toutefoys il ara la première atainte ». Ses craintes n'avaient pas été vaines; les Espagnols désignés pour le rejoindre avaient de nouveau refusé de marcher, * résolus de plus tost se lesser tous pandre que d'alé; » ils s'étaient enfuis dans les montagnes (2). (lharles-Quint s'engagea à payer encore pendant les mois d'avril et de mai les Allemands, les Espagnols et l'artillerie qui étaient à sa charge. Seulement il exprima à Philibert le regret qu'il eût envoyé une sommation aussi catégorique au pape, « qui se scandalize de telles choses » et qui pourrait trouver excessif que l'on rejetât sur lui la cause des excès que les troupes menaçaient de commettre (3). Ce qu'il avait prévu arriva. Le pape fut
(1) Lettre du 2 avril. Pièces justificatives, n° 315; Archives impériales a Vienne. I» A 97. minute.
(2) Lettre du 8 avril.
(3) Lettre du il avril. Pièces justificatives. n° 322; Archives impériales i Vienne. PA 97. minute; Archives du roxaume a Bruxelles, Papiers (TÉUt re$. 80. fol. 13t», copie. — (If. aussi les instructions données par l'empereur a Muscelula pour le prince, le 27 avril, Pièces justificatives, n*330; Archives de Simancas. I. 426. fol. 81-83.
GHAI'ITItti XV Ml
Lent; de Home, où il était rentré le 9 avril, — îl était parti de Cologne le 31 mars» — il récrivit i l'empereur le 14 (4)* mais Philibert n'avait pas agi de la sorte pour lui faire plaiso Clément VII lui avait donné bien d'autres motifs d Vu nui-
6C une armée aussi restreinte et manquant de tout ce qui lui eût été nécessaire pour enlever Florence par la force, Il prit le seul parti raisonnable en de telles circonstances celui de la réduire par la famine. Le moin ont ne semblait pas éloigné OÙ elle comberait. Le samedi saint, Malatesta, au lieu de l'agneau traditionnel avait fait tuer chez lui un ane dont il avait conservé la moitié et fait convertir l autre eu pillés qu'il avait envoyé! 8 ^es il pensait ainsi les amener à croire que la ville était à bmil de ressources et qu'elle serait bientôt obligée de se rendre. Mais il n'eu était pas tout h fait de la sorte, car, le matin même, on avait trouvé le moyen d'introduire par la petite porte des muulius d< lYato cinquante-six banafa el une quantité considérable de salpéh. que Ferrucci avait expédiés dTmpuli, comme il l'avait déjà fait a plusieurs reprises, car le salpêtre étail tellement rare qu'il lai lait en chercher dans tous les Cimetière», notamment dans celui de U Maria Nuova.
Le matin de Pâques, 17 avril* on aperçut pendus en ethnie par un pied a la façade du palais du podestat trois citoyens ; Vlexandre rsinu Tbadéc (luiduccî et Pierrô-Fwmçoîs RidollL qui servais m\ <Ia[]< le camp ennemi. Au-dessous était un écriteanavecoti troditore cUla potria. Dans la même journée, il y eul [du* Lrmouchea, de même qu'il y en avait eu pendant la r. in;iiiM s;ùote. Au cours de l'une d'elles, le capitaine Louis de Salo, qui, la veille, avait fait entrer les bœufs al teaaipétre l.i ville, fut tué non loin de la porte de Prato d'un coup d'arquebuse an Bain gauche; peu après, à quelques pas de là. te capitaine PiOfavantfl de Ptfttoia tombait frappé en trois endroits. Le lendemain, un engagement de cavalerie eut lieu, toujour- du la porte d'' Prato. Le capitaine Jacques Hichi s'y conduisit a il laminent que Philibert et le marquis du Guasl durent venir prendre parti l'action, qui fut très chaude. Tandis qu'elle dura.
l'artillerie ne tira pas, pour ne pas blesser amis et ennemis. Le 29. entre San Benedetto et San Gervasio, il y en eut un autre entre 500 cavaliers, de forts détachements d'infanterie et des bandes florentines des « Marzoccheschi ». Ceux-ci furent rejoints par Giometto de Sienne, qui se trouvait à San Salvio avec une compagnie. Ils soutinrent longtemps et vigoureusement le choc des impériaux pour laisser à la garnison le temps d'expédier des renforts, ce qui fut fait, mais ils furent arrêtés dans leur route par une pluie torrentielle qui empêcha une bataille générale. Tout se borna i cette rencontre dans laquelle les Florentins eurent le dessous, malgré les prodiges de valeur de Giometto, dont le cheval fut tué sous lui (1).
Dans l'intervalle, il se produisit quelques petits incidents qui rompaient un peu la monotonie du siège. Vers Pâques, Jean de Turin, un des meilleurs capitaines de Florence, préposé à la garde d'un bastion, avait fait descendre dans les fossés un certain nombre d'arquebusiers et, parmi eux, un fantassin nommé l'Arma to del Borgo, réputé pour son audace. Il l'envoya aux retranchements près de la maison dite de la Lune. Il s'y glissa sans être vu de personne, et, à l'aide d'un crochet qu'il avait attaché au bout d'une pique, il attira jusqu'à lui un drapeau et parvint à l'enlever; puis il se sauva à toutes jambes avec son trophée. Les hommes de garde se mirent aussitôt à sa poursuite; comme il «Hait très agile, il* ne purent l'atteindre; d'ailleurs, ses camarades étaient sortis du fossé pour le défendre. Le drapeau fut fiché sur le ba>tion au-dessous de celui de Jean de Turin, ensuite porté au gonfalonier, qui le lit déposer dans une salle d'honneur du palais. L'Armato reeut de Malatesta une récompense de 10 écus d'or. Le capitaine de la compagnie qui avait perdu le drapeau fît mettre à mort son lieutenant, le sergent et deux fantassins pour les punir de leur négligence, et se réfugia à Florence par crainte de la colère de Philibert; mais celui-ci lui accorda la permission de rentrer au camp s'il y était autorisé par Malatesta et par le gonfalonier, à qui il s'était présenté. Avec leur assentiment, il s'en retourna le soir même et reprit l«i commandement de sa compagnie. Le lendemain.
(1) Yarciii. l. XI, col 374-375; Chronique anonyme de Florence, ms. 15 du fonds italien du la Bibliothèque nationale, p. tt75.