‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 188 sur 239 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Philibert accusé par Varchi d'avoir dissipé au jeu une partie de la solde des troupes. — Mesures de résistance prises par les Florentin*. — • Menées dr Malatcsta en vue de la reddition de Florence. — Ses objections contre la lutte & outrance. — Philibert est fait duc de G ravina et prince de Melfi. — Ses projets de mariage avec Marguerite, fille du marquis de Montferr&t — Ferrucei se porte sur Gavioana.' — Philibert marche à sa rencontre. - Bataille de Gavioana. — 11 est tué. — Mort de Ferracci. — Victoire des impériaux. — Les restes mortels du prince sont conduits a la Ckartrauie de Florence; honneurs qui lui sont rendus.

Malgré l'insuccès de du Guast à Volterra, Philibert n'accabla pas trop son ancien ennemi. Il se contenta d'apprécier plus tard comme il convenait sa valeur militaire (1) et d'annoncer la mauvaise nouvelle à l'empereur. Il attribua cet échec au manque de poudre et de munitions qui avait empêché de livrer un troisième assaut, et il dépêcha au pape un capitaine pour en obtenir une provision qu'il jugeait nécessaire. Du (ïuast comprit que sa présence à l'armée devenait diflicile : il se retira à Naples dans l'expectative des fonctions de capitaine général de l'armée de Hongrie que le roi Ferdinand lui avait fait offrir par Charles-Quint (2).

Le prince avait été consulté à ce sujet, car son départ entraînait son remplacement comme chef des Espagnols. A ce qu'il semble, du (îuast eût désiré conserver cette situation en son absence et se fam suppléer par un lieutenant de son choix, mais cette combinaison no plaisait pas à Philibert. Il était sûr que du Guast continue-

(I ) • Tir < osr ri h." io ho imposto et a voi et al marchese nessuna m'è riusciU mm'io hanei desiderato. » (Sperino. loc cit.. p. 358-359.)

ii) Lettre il»' Philibert à l'empereur, du 23 juin. Pièces justificatives, n03ôà: Archive? impériales à Vienne. PA 97, autographe — Du Guast tomba malade à Napli-s et in* reparut plus à l'armée. (Cf. lettres de Fernand de Goozague a >uii iV. rr le chic d«- MuDtoue. du 23 et du £5 juillet, dans Varchi. 1. XII. iol. *'->3-ii>i, et dans Francesco Ferruccio. p. 344).

CH UMTRE XX

i ait à lui susciter des embarras, ainsi qu'il l'avait toujours fait, - Croyéa, sire, écrivait-il à l'empereur, que si! tous les foys qu'yl m'a fayt des controverses, je vous en euse averty, que je vous eu

importuné, mays jTay tout sufert pour vostre servyse et soufrirnvs encore s* il y demouroyt, meys puys qu'il s'en va, sy ainsy est qu'il le lase, ilz me semble que devés désirer de tasser desoulx nroy cens a quyl je peusse commander, Hz pouroyt dire que seluy

j lerni me obeiroyt, mays je say bien comman (1), ► SttPtt t :h-LH<'*-QuinL n'insista pas; il attendit les propositions du prince et se borna, pour cette foi*, à donner Tordre que du Guast lui conduisît ."klO chevau-légers et 2,000 piétons espagnols 1 Philibert avait sous la main le capitaine général qu'il rêvait, actif. intelligent, dévoué et docile : c'était Fernand de Gonzague Il le présentai l empereur (3).

Fernaml n'avait plus à faire ses preuves et il était en effet plus qu'aucun autre capable de rétablir la discipline dans l'armée ('ne parhe de^ Baptgftoll s'était mutinée; ceux qui avaient été dési pour servir en Hongrie refusaient nettement démarcher tautqu'ila m hiimm ut pas reçu les six soldes arriérées qui leur étaient rtdufti; ils préféraient déserter, se répandre dans le Pisao et vivre a leur goise plu lot que de réintégrer l'armée; ils étaient Ucttemsl approuvés par leurs camarades, qui trouvaient leurs rcveudiejitious

rues, La cause de ce mécontentement était l'éternelle question d'argent; les envois de fonds étaient irréguliers, tardifs; au commencement de juillet, la paie de juin n'était pas arrivée, et il n y avait pas apparence qu'elle put être entièrement fournie, Philibert prévoyait un déficit de £>,< H M)écus tant de la part du pape que du cardinal Colonna. Knfin il avait signalé à l'empereur une erreur de compte de 300 feus, qui occasionna entre eux un échange de correspondance et une demande d'explications que le prince ne fut pas en étal de produire sur-le-champ, car ■ l'écrivain de ration <

«l> Lettre du l(ï ju ju&tifli .tlivr >. n» 3î>t : Arclim-s fcmpèrfftlM I

■ v l1 A 97. autographe; BibJIoUi m*ii\ collection L>upuy, ir fiH8,

fol 11-15. copii f-oDUruporaïDe.

(f) LvXirv du il juta, Pif-c* s justificatives, ir 33$; Archives impérial- I

■ v a 97 minuté, ;t) Litirt du î juillet, IVci-s justificative*, n* 35!); Archiva impén > ie, lJ A $7, .lulo^t-.iijliL' ; Bibliottiéquc natiun&lr, collection Dupuy, n* <"*$& fol ii

était mort et deux de ses compagnons étaient malades de la peste (1).

C'est sans doute dans ces difficultés qu'il faut chercher l'origine d'une grave, très grave imputation dont Varchi n'est peut-être pas l'auteur, mais dont il a cru du moins devoir se faire l'écho. Philibert jouait volontiers; son journal en fait foi; nous avons même par lui le détail des sommes que son • argentier » lui remettait pour satisfaire ce penchant. Nous savons, par exemple, qu'au mois de juillet il perdit contre Montbardon et Dinteville 42 écus à la paume et iO écus aux dés; un peu plus tard, 15 écus à < l'arche • contre Tamis, 2 aux tarots contre Chantrans et 5 à la paume encore contre Dinteville (2). Or Varchi l'accuse d'avoir dépensé en jouant avec le capitaine allemand Conrad de Bemelberg, dit Hess, tout l'argent que Clément VII lui avait envoyé pour la solde de ses troupes (tutti i danari mandatigli da papa Clémente per dar le pagke « soldait) \ Il va jusqu'à ajouter que ce fut pour se tirer d'embarras qu'il commença à traiter secrètement avec Malatesta de la capitulation de Florence (3). En recueillant ce bruit et en le consignant dans ses annales, le savant historien paraît avoir fait preuve dune rare naïveté. D'abord le prince n'avait pas la gestion des fond* d'entretien de ses troupes: ce soin incombait au trésorier Louis Ham. Il faudrait donc admettre qu'ils étaient complices. Cette supposition n'est guère vraisemblable. Le souvenir des dénonciations des Napolitains i -4 • était encore trop récent et trop présent à leur mémoire pour qu ils se fussent, l'un et l'autre, exposés de gaieté de cœur à donner prise à la médisance ou à la calomnie. Supposons que Philibert se soit laissé entraîner à commettre une indélicatesse que Varchi a mille fois raison de qualifier d'indigne d'un général, aurait-il eu l'audace de réclamer à l'empereur des sommes que le pape lui eût réellement expédiées? La maladresse eût été plus que irnissiére. Kncore, en admettant l'hypothèse d'une perte sérieuse, le prince pouvait la couvrir par des moyens plus avouables. Sa

(1) Lettres du 2 et du 7 juillet: cf. lettre déjà citée d'Augustin Bardi, du lt juin, dans Franre*cn Ferrureio. p îiTi. (i) Journal, dans Ci.khi:. p. 71.

,3) L XI. ml 420.

(4i Voir plus haut, p 285-2*9, 314 et 342-343

Page 1