CHAPITRE XXII
En 4533, au cours d'un voyage en Franche-Comté, en France et en Espagne, commencé le 8 août et qui se termina le 9 janvier suivant (4), Henri et René vinrent visiter une partie des domaines dont celui-ci avait hérité. Leurs premières étapes au comté de Bourgogne furent Gray, Dole et Arbois (2). Le 2 septembre, ils arrivèrent à Nozeroy, « ou etoit madame la princesse, grand'mere de mondit seigneur le prince, devers laquelle ils alloient faire les devoirs que humbles fils doivent envers leur dame et mère (3). » Ils y furent reçus par 5 ou 600 de leurs sujets, habillés « quasi tout en blanc • et en drap de soie, armés d'arquebuses, les uns à cheval, sous la conduite de capitaines, avec des étendards aux armes de l'Empire, des princes ou de la ville; par une députation d'habitants, par le chapitre et les Cordeliers, qui chantaient le Te Deum, pendant que l'artillerie du château tonnait et que les cloches des églises sonnaient à toute volée. Les clefs de la ville leur furent présentées et des compliments de bienvenue leur furent adressés par des jeunes filles. Leur séjour à Nozeroy, coupé par une excursion à leur château d'Arguel et à Besançon (4), dura six semaines, jusque vers le milieu d'octobre. Les discussions entre la princesse et Henri de Nassau durent être longues et vives, si on en juge par un passage de la relation du voyage. Le 9 « pour résoudre et donner l'ordre plus que nécessaire, furent faittes remontrances a ladite 'dame princesse par un chevalier, bon personnage, des plus estimé en la profession qui soit es pays d'en bas... »; le 13, moyennant « une grosse et énorme pension ». elle renonçait aux droits d'usufruit qui lui avaient été reconnus et à l'administration des biens de la maison de Chalon (5).
Dans ses seigneuries de Vers et de Bletterans, à Lons-le-Saunier, René fut accueilli en souverain. Après les ovations dont il fut
(1) Voyage de Henri et de René de \astau en Franche-Comté, en France et en Espagne, publié par moi dans les Mémoires de la Société d'émulation du Jura, d'après le ms. 51 de la Bibliothèque de Lons-le-Saunier, tirage à part de 30 pages.
(t)lbid., p. 7-10.
(Z\ /6m*., p. il.
(4) Ibid., p. 12-14. Du 11 au 13 septembre. Sur la réception qui leur fut faite dans cette ville, voir l'article que j'ai publié dans un journal local, la Dépêche, du 12 août 1899.
(5) Ibid., p. 14.
l'objet, ainsi que son père, ils descendirent devant l'église des Cordeliers, où ils allèrent prier sur la tombe de Philibert, et le lendemain, 22 octobre, avant la réunion des États, qu'ils avaient convoqués, ils assistèrent à « un très dévot et somptueux service des trépassés pour le salut de l'âme dudit seigneur prince > (i).
Au commencement de Tannée 1534, Philiberte de Luxembourg, brisée par la douleur, humiliée de n'être plus rien, privée de son plus solide appui depuis la mort de l'archiduchesse Marguerite (t 30 novembre 1530), quittait sans esprit de retour la Franche- Comté, qu'elle avait administrée avec une rare autorité en qualité de gouvernante. De Ruffey, qu'elle habitait en dernier lieu, elle & retira, escortée par une troupe armée, dans ses terres du duché de Bourgogne; elle vécut presque constamment dans son château de Mont-Saint-Jean. Ainsi surtout s'explique l'interruption des travaux exécutés à grands frais pour les tombeaux de Jean et de Philibert.
La fin de sa vie fut empoisonnée par les démêlés qu'elle eut avec Henri et René de Nassau, toujours au sujet de la succession de Philibert (2). De part et d'autre, ils furent d'une âpreté violente. Des procès suivirent dans lesquels les deux parties étaient tour à tour condamnées: les tribunaux de France et de Bourgogne donnaient gain de cause à la princesse, le parlement de Dole à René. Celui-ci, soutenu par Charles-Quint, qui l'avait pris sous sa protection, ainsi que ses terres et seigneuries i3i. alla même si loin qu'il lit saisir toutes le^ possessions de sa grand'mère en Franche- Comté « i • : il décida que les sceaux de la maison de Chalon en usage pour les actes et les contrats ne seraient plus désormais employés; il en tit fabriquer d'autres, et quand il réclama les anciens à Philiberte. elle refusa de les rendre -5'*.
Henri de Na>sau décédé en 15^8, elle :*e vengea de la conduite
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<-> Lo document* relatif au procès entre Philiherte de Luxembourg <t Henri, comte de N.i*>ri. au sujet de la succession du prince, sont en partie ,n\ A:cin\«- du l>.»u: ■-. K 1331. ils sont tous de 153*. — Le ins. fr. 901* do l.i HiS'Im'Ih .jue nationale e*l au^i à consulter Outre les pièces de procédure, il > a un c . rUui nombre de privih-ges adressés à Philibert dès 1503. ce >ont des litie> de piopriété.
,3' it» juillet i:.3i». Arciuxe- du Doubs. E 1316.
ii> 23 mars i;>;U , 1 53 * ) . Archives du Doubs. E 1330.
(à) 1$ octobre l.>3», Archives du Doul >. E 1327.