‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 22 sur 239 · CHAPITRE II H · texte numérisé non relu

CHAPITRE II H

ordonnons, voulons et nous plaît par ces présentes que noslrcdit cousin jouisse et use cntïereinentde lasouveraineté en sondit principauté d'Orange, tout ainsi par la forme et manière qu'il faisoit auparavant ladite main mise, laquelle, pour quelque cause ou ocea* sion qu'elle ait este" faite, nous avons de rechef, entend (fie) que

n est ou seroit, levée ou oslee* levons et osions a pur et a plain, île nosdilcs gTftCG et autorité, par oesdites présentes, au pro-

no&tredit cousin... * K ces lettres patentes étaient jointes des

lettres closes adressées à l'avocat géûér&l et au procureur général

du r.jrlementpour leur enjoindre » très expressément * d'obtem-

à ses ordres, et « n'y faites Faute, de sorte que n'ayons oc*

casmn de plus vous en escrire (î) ».

Peu de jours auparavant, le 28 juin, le collège âm «h- teurs avait conféré au roi Charles ta dignité impériale.

Le retour de Philibert en Franche-Comté lui ménageait une surprise, Fiirstenberg avait repris les armes, dans le dessein ou, semble* la mission (2) de se rendre maître de Montbeliard. la ibfl ;iyant décidé l'expulsion d'Ulrich de Wurtemberg di tu ErtitS, niais cette ville étail assez fortement défendue par ~ trnison du canton de Soleure, Il n'osa pas l'attaquer; il se rabattit donc sur les petites places des environs. Le Hmaûil &'en> lu château, du bourg et de la seigneurie de Grandes. Ensuile Ci fut le tour des châteaux dÉtobon et du Magny-d*Ànigon, des villages de Reverne, dÉtobon, de Clairegoutte, de Villars-*ou*du Yernois, de Mamboubans, qui furent pillés et brûlés, et dont nombre d'habitants furent faits prisonniers (3). On dit même qu'il alla jusqu'à incendier son propre château de ClcmonL par crainte de ne pouvoir pus le conserver (4).

En portant tout autour de lui le fer et le feu, Fûrstenberg n'avait

(i) La Pi.«, p. 155-157; Catohgw det mUt de FrançQÎê /", l, 1, p. !&0,

(i l «*ttre de iàrctuduclieBse MaoruerMeà Philibert, du 16 juillet 1519 : * . <\ir

oy u<Jti le sieur de /év«Jûib*?r^iies eust esoript au comte de Fustemberg prendre

hères justificative*, n* il a; Archive* du Nord, Lettres mis*

t< or le fout Lie II.

3 Dotci ttèrtdtt du comte de Mo&tbétiard, p. 166; cf. Gûllit, éd.

no\t col- 1^*6, note».

4) Loret Uuiokte de ta irigmëuriê de Ntuchàtd- Bourgogne t p. 208.

pas seulement fait acte de guerre contre le comte de Montbéliard, mais encore contre l'archiduchesse, car la seigneurie de Granges dépendait d'elle. Pour le punir, Philibert fit saisir les terres de G 1er val et de Passavant qui lui appartenaient, et il prit soin de se ménager, le cas échéant, le concours des Fribourgeois et des Bernois. Marguerite, prévenue par le prince de cet audacieux coup de main, le somma de rendre Granges, mais, loin d'en rien faire, il s'y fortifia de jour en jour. Alors elle envoya contre lui à Philibert un mandement de contrainte, avec injonction de le faire exécuter, s'il persistait à détenir la seigneurie (1). Il n'eut cure de la sommation, et il continua de posséder cette terre jusqu'au 45 mars 4524, époque où il la vendit à Ferdinand, archiduc d'Autriche et frère de Charles-Quint, ainsi que ses droits et ceux de sa femme sur Héricourt, Clémont, Ghàtelot, etc. (2).

Se croyant déjà réintégré dans sa principauté d'Orange, Philibert paratt n'avoir songé, à la fin de l'année 4519, sinon qu'à fêter cet événement, au moins qu'à vivre en grand seigneur dans son château de Nozeroy. De son séjour à Amboise il avait rapporté le goût des tournois. Déjà, au mois de septembre 1518, il en avait organisé un (3). Il en prépara, pour les derniers jours de décembre 4519, un autre qui devait dépasser par sa magnificence tout ce que l'on avait vu ou pu rêver dans le pays. Les comptes de sa maison nous apprennent qu'il avait dépensé pour cela une somme de 40,382 francs en achats de toute sorte (4).

Ces fêtes furent en partie données près de la petite rivière le Serpentin, au pied du coteau parallèle à celui sur lequel est bâti le bourg de Nozeroy, au levant, sur une place carrée, entourée d'un fossé plein d'eau et d'un parapet. Elles durèrent sept jours, depuis le 20 décembre; le 28 fut consacré au repos.

Le programme de ce tournoi célèbre, publié par Dunod, en indique minutieusement les détails que je me contente de résumer.

Le défi était lancé par six gentilshommes : Philibert de Chalon,

(1) Lettre du 16juillet; Pièces justificatives, n°17a; Archives du Nord, Lettres missives, portefeuille 41.

(2) DcvERNOY, Ephéméridet du comté de Montbéliard, p. 81.

(3) Rousset, t. IV, p. 506.

; i : . : i : , Piilibert de Ck i/on, p. 12.

CIIAIMTRK II

Jean du Vcmoy, Jean de Fallerans, Claude de VisemaL Jean de

Cbantran^ el Jean Cnievois. Le 2i) et le ±1, attaque el dé&DM

à la lance, à l'épée et à ta pertuisane; le ai), combat

la hache; le 30 et le 31, lutte à cheval et à la lance; le 1" et le 2 janvier, attaque et défense d'un bastillon.

Ceux qui acceptaient le défi n'avaient qu'à envoyer leurs écus, ni suspendus à un arbre chargé d'oranges, emblème de la souveraineté de Philibert; ils trouveraient au château les armes nécessaires. Les juges du tournoi étaient Charles de Poi~ tiers, seigneur de Vadans ; Simon de Chantrans, seigneur de Courbouzon; Claude de Salins* seigneur de \ 'inrelles, et Aimé de Balay, seigneur de Terrans.

Dès le 24, une centaine de chevaliers, venus des régions environnantes, étaient réunis à Nozeroy, et avec eux les châtelaines qui avaient tenu à assister au tournoi et à délivrer les prix à ceux qui, dit le programme, « mieulx auront desservi », Plus de mille hommes d'armes y avaient été rassemblés.

A r arbre garni d'oranges, outre les eeus de Philibert et de ses cinq compagnons, on pouvait voir ceux d'Antoine de Luxembourg, comte de llousBv; de Guillaume de Vergyt seigneur de Muntfcrraml; de Claude de Vienne, de Louis de Sugny, de Claude de [Su6sy1 d Wrthaud de Ka lierons, de Henri de Cossonnay, de Christophe Boulon, de Jean et de Claude de Beau repaire, de Marc du Yernoy, de Guillaume de Visemal, de Jean du Vaul, de Pierre du Vernoy, de Hugues Proudon, de Marc de Stigny, de Philippe fiuierche, de Claude d'.Vnglure, d Aime de Maigly, de René Boitsclet, de Martin de Plessy, de Pierre de Brans, de Simon de Cham- |i;n:i iccpielio d'ÀngOulevant, de Jacques de Brancion, de

Philippe de Fnlletans, de Jeun du Tartre et de François uVAuxonne, la lU-ur de la noblesse comtoise, Lioiirguignonne et champe*

IIMJ

ml les tribunes construites pour les dames lu tournoi, eut lieu la première passe d'armes* Trentedeux ililshommes y prirent part, en combattant à la lance et à I leux contre deux, assaillants contre tenant». Claude de ^ lenoe fut blessé a la tète, Claude d'Ànglure au bris, Jean de irans l'ut jeté à terre par Claude de Bussy d'un coup du gros

bout de sa lance. A la fin de la journée, on comptait dix épées brisées.

Le lendemain, ainsi qu'il a été dit, il n'y eut pas de joutes, mais des luttes qui commencèrent à deux heures de l'après-midi. Le champion était un seigneur breton. Six des assistants acceptèrent son défi; tous furent terrassés par lui. Un Comtois, nommé de Perrigny, fut plus heureux. Trois fois, il renversa sous lui l'hercule breton. Aussi fut-il proclamé vainqueur. Il eut le pourpoint de satin qui était le prix décerné par les juges.

A l'attaque de la barrière, le 29, Philibert et Jean du Vernoy soutinrent d'abord le choc du sieur de Montferrand et de Louis de Sugny. Jean Genevois et Jean de Chantrans eurent pour assaillants Claude de Bussy et Hugues Proudon. Jean de Fallerans et le seigneur de Villers-les-Pots, celui-ci remplaçant Claude de Visemal, se mesurèrent avec Claude de Bussy et Simon de Champaigne. Les armes étaient la pertuisane et l'épée à deux mains. Le prince croisa le fer avec huit adversaires; il mit hors de combat Philippe de Fallerans, qui reçut un coup d'épée sur la crête de son heaume, ot, dit le chroniqueur, « il fut contraint de desnicher de la barrière de trois pas en reculant »; mais, à son tour, Philibert fut atteint au genou d'un coup de pertuisane que Montferrand lui asséna. Plusieurs épées volèrent en éclats; il y eut des bassinets et des armets enfoncés, des garde-bras endommagés et des gantelets coupés. Quelques-uns des combattants, parmi eux Jean de Chantrans, furent blessés aux mains jusqu'à effusion de sang.

Les joutes suivantes eurent encore un caractère plus original. Le 30, dans la soirée, ce fut un combat à cheval et à selle rase, c'est-à-dire sans appui, dans la salle basse du château, éclairée par une soixantaine de torches et où avaient été dressées des tribunes. Philibert rompit une lance avec Jean de Fallerans et trois avec Jean du Vernoy, mais, à la dernière passe, il fut désarçonné. Un des juges, Claude de Salins, âgé de cinquante-sept ans, pour complaire à une dame qui l'en avait prié, n'hésita pas à s'armer de toutes pièces et à entrer en lice avec le vaillant Montferrand.

Au carrousel du 31 prirent part presque tous les gentilshommes. Le chroniqueur est muet sur les prouesses du prince pendant cette seconde soirée, qui fut plus brillante et plus accidentée que la pré-

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