CHAPITRE IN
Si la situation des défenseurs de Fontarabie notait pas enviable, celle de Philibert ne l'était pas toujours à certains égards, malgré ses quelques avantages militaires. Car non seulement il payait de sa personne, ou a pu voir avec quelle ardeur, mais encore de ses deniers* A la date du 1tf mai 1523, il écrivait à sa mère que son expédition de Fontarabie lui avait i costé bon », qu'il avait reçu une lettre de change de 1,000 écus et une autre de 3,000, que le tout était déjà épuisé, que l'empereur lui avait bien promis 24*000 ducals, rrnib iju'il était plus prudent de ny pas coupler. Il ajoutait que le pape essayait de luire conclure une trêve, et que si le résultat poursuivi était obtenu, ce qu'il ne croyait pas d'ailleurs, il ne manquerait pas d'aller la voir (!)♦ Le 3 mai, d'Àrbyé, le gouverneur d'Orange, s'adressait dans le même sens a Philiberte de Luxembourg. Il lui donnait quelques renseignements intéressants sur la cherté des vivres. C'est ainsi qu'il lui apprenait
haque jour, dans la maison du prince, il était dépensé pour la volaille et le gibier 9 ducats, pour trois moutons et deux veaux 5 ducats, pour le pain 2 ducats, pour le vin 3 ducats, pour le bois et le charbon 3 ducats, sans parler de ce que coûtaient les chefs, les valets, l'éclairage, les fruits et autres menus frais. À la vérité, Charles -Quint traitait bien Philibert; quant aux 24.000 ducats, il n'avait pas l'air d'y songer. Ce qui n'avait pas empêché le prince, en dépit de sa détresse, de commander pour sa mère douze pièces de tentures de cuir. La santé de Philibert et de ses troupes était, du reste, aussi bonne que possible (J).
Le !6 août suivant, le prince priait sa mère de faire payera [,von, un mois après présentation, un** lel Ire de change de 5,000 éeus
■U soleil que lui avait avancés Zanobi Martin, marchand
6,009 lansquenet*. — A la date du 9 mars 1523, Jean de Plaine signale au secré-
lei narres, mais sans indiquer ni Le Jour, ni l'endroit, une défaite inni-
pèe à 100 fantassins français par Philibert à la tète d'un dêLaclietiirntde 40 ca-
-, dont « aiilcuDgs jentiJshoniea de l'empereur >. [)® ces derniers, Le sieur
rdit la vie. {Archives du Nord, Lettres missives, portefeuille 47.)
,1 Pièces justificative!, nn 26 ; Archives du Doubs, E Clitilon. supplément iP
J UiUIiothi que de Besançon, collection Duvernoy, copie; flevue d* ta
Qr, t II, p. iifc ; Annuaire du département du Jura pour Î84i, p. 1*9-
Vrrhives du Douhs, E Chalon, supplément 1. <:tioû Duvernoy, copie; Hfvur de ta C'tit'At'Or, l ll>] du Upaïtvmt-nt du Jura pour Î8tl,p. 130
florentin (1). Le lendemain, suivaient deux nouvelles lettres, confirmatives de la première et dont lune lui annonçait que tout espoir de trêve était perdu ; que, à cette heure, la guerre allait être continuée avec plus d'acharnement que par le passé; qu'il venait d'être nommé chef de 10,000 fantassins espagnols, et qu'il pensait bien « lui fere queque bon servyse (2) ». Les lettres patentes de Charles-Quint désignant le prince pour être général de son infanterie sont du 17 octobre 1523 (3).
En attendant que les troupes espagnoles pussent reprendre Fontarabie, l'empereur ordonnait au connétable de Cas tille et à Philibert de s'emparer à tout prix de Bayonne, qui, elle, était la clef de la France. A la tête de troupes fraîches et solides, ils vinrent, par Saint-Jean-de-Luz, mettre le siège devant Bayonne, au milieu de septembre. Lautrec, lieutenant général pour le roi en Guyenne, qui réorganisait l'armée destinée à opérer en Italie, s'était jeté dans la ville avec une poignée de braves résolus à la défendre jusqu'à la dernière extrémité. Elle était bloquée par terre et par mer. Les navires espagnols et basques cherchaient à remonter l'Adour pour pénétrer au cœur de la place; du côté de terre, les assaillants avaient porté leurs efforts vers les Cordeliers, l'endroit le plus vulnérable, parce que les remparts y étaient moins élevés. Pendant trois jours et trois nuits, l'attaque fut poussée avec ardeur; mais, encouragés par l'exemple de Lautrec, qui se multipliait, la garnison et les habitants, parmi lesquels on voyait jusqu'à des femmes et des enfants, opposèrent une résistance si énergique que le connétable et le prince furent contraints de se retirer (4).
Ils retournèrent devant Fontarabie, où Lautrec avait concentré tout ce qu'il avait pu de combattants, de vivres et de munitions.
(1) Pièces justificatives, n« 28; Archives du Doubs. E 1298.
(2) Pièces justificatives, Q0< 29 et 30: Archives du château d'Arlay; Saxdret, p. 93 et 94 ; Archives du Doubs, E Chalon, supplément 1, original; Bibliothèque de Besançon, collection Duveraoy, copie; Revue de la Côte-d'Or, t. II, p. 227.
(3) Pièces justificatives, n° 31 ; Bibliothèque de Besançon, collection Chiflet, ancien n* 51. fol. 21.
(4) Favy.n, loc. cit., p. 723; Potdenot, Récits et légendes relatifs à l'histoire de Bayonne, 2« partie, p. 442-444. — A la suite de la belle défense de leur ville, Louise de Savoie adressa aux habitants de Bayonne une lettre de félicitations (27 septembre 1523). Elle est publiée dans les Délibérations du corps de ville, t. II, p. 391.