‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 31 sur 239 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tard, elle lui réitérait ses regrets; elle députait vers elle Hugues Marinier, sieur de Gâtfey, président du Parlement du Mole, qui était chargé de lui faire part de ses intentions bienveillantes pour

I pour son fils, La lettre de l'archiduchesse a son in loi i amie respire les sentiments les plus élevés; elle est tout 4 fait dïgnc de ces deux femmes, douées d'une intelligence supérieure, qui surent toujours si bien se comprendre et s'apprécier (i),

Le mime jour, Marguerite priait le cardinal Woteey de dénias* I II- nri VIII d'écrire au pape et d'en faire autant de son côté pour solliciter lu délivrance de Philibert, ce qui serait Ins sensible h l'empereur» à couse de l'intérêt qull lui portait (8),

S'il faut en croin indret, « elle s'adressa ensuite au roi

François I*r lui-même, et fit appuyer sa supplique auprès de lui, pnur obtenir la mise en liberté du prince d'Orange, en offrant de r une rançon* Le monarque, toujours irrité contre Philibert de ce qu'il avait abandonné son parti, écouta plutôt son ressentiment que h voixdeiagénérQsité. H refusa d'accorder la délivrance lui qu'il appelait un traître, bien à tort, puisque le jeune leigoônr, n. sujet de l'empereur, n'avait fait, en le quittant, qu'un acte de soumission envers son souverain légitime (3). *

ie mésaventure affecta fort vivement Charles-Quint. Il g'em-

t d'envoyer i la priocâfifte d'Mrange une lettre dans la-

quelle il lui exprimait ses plus sincères condoléances et lui renou-

: I assurance de son affection pour le prisonnier, dont il dit t U n'a jamais espargné travail quelconque pour me faire service et s'acquitter en son honneur et debvoir, comme plusieurs foifl vous * ript » Il était principalement irrité que cette C&ptttre eût « h faiti û*m tel eaux du duc de Savoie, qui était resté neutre daac li guerre entre François l" et lui, car* Ja, par raison et équité,

il P lÛcatlves, u*33; Archives du Doubs, K Chalon, supplément 1 ;

llrvuc éâ tu L'Oir i{'Ort t. M, p, ttl : Annuaire du déptirtemcni du Jura pflur

/ a i / , j> l -t l ■- —Dé» que lu non virile do la captivité de >on \iU lui futpsrv*-

nue, Hiililierte ordonna de faire lever, pour sa rauron, sur tous 1rs sujets

m ►■u ries un*- taille de six livres par feu (Sanurst, p. 30, et Archives

rjo ttovbs, Tonds de Chaton, pmtim La somme <pi'HJe recueillit en Franche-

va à ti,U(Mi rcua d*or (idr, îbi'rf., p. 33i. Voir aui l'iiVes justificatives,

pi'il eu donna à sa mire, le a novembre 1526.

\2 BrSwkr* p. 23â.

Ju, sans indication de sources, J'ignore ai cette démarche a réellement lit* par l'iali^trte de Luxembourg

il debvoit trouver toute sécurité ». Aussi lui écrivait-il de faire les démarches les plus actives pour faciliter l'élargissement de Philibert, s'il voulait que sa neutralité fût respectée. Et comme il ne pouvait pas intercéder auprès de François I" en faveur du prince, il demandait au pape et aux Ligues suisses, aux villes de Zurich, de Berne, de Fribourg, de Soleure et de Bàle d'intervenir à sa place (1). Il n'y avait pas qu'une question de sentiment; il y avait surtout une question de principe. Charles-Quint terminait par cette déclaration énergique : « Soit par le moyen des susdits ou autrement en de (Ta ut d'iceulx, par paix ou p&r irefve, j'entends de ravoir ledit prince, mon cousin, en quelque manière que ce soit. » (Valladolid, le 16 août 4524.)

AnatoileCamelin, un des serviteurs de la maison de Ghalon, fut chargé de porter à Turin au duc de Savoie, sans doute en même temps que les lettres de l'empereur, une réclamation au sujet des bagages du prince d'Orange, qui « avoient esté destroussés... par la bande d'un gros personnaige, subject dudit seigneur duc ». Celui-ci s'engagea, mais beaucoup plus tard, à payer. Ce fut seulement au mois d'avril 4528, par traité conclu à Chambéry, qu'il promit de rendre à Philibert la charge de douze mulets et de verser pour le surplus 23.000 écus d'or. L'histoire, quelquefois indiscrète. nous apprend qu'aucune suite ne fut donnée à ce traité. Les réclamations faites depuis à Turin et à Chambéry furent déclarées nulles par les officiers de justice du duc Charles III, dit le Bon (2), et ses cédules allèrent s'ajouter à celles de François I#r.

Telle était, en Franche-Comté, la popularité du jeune prince que la nouvelle de sa détention y causa un deuil général. De plusieurs

M: Lettre du 16 octobre 152»; Pièces justificatives, n" 40; Archives duDoub?, E li'J8; Bibliothèque de Besancon, collection Du vernoy, copie ; Revue de laCoted'Or, t 11. p. iM : Annuaire du départi mrnt du Jura pour 1841, p. 153.

(i) La Pisk, p l»i.'J; Ci.khc, p. U'.\, Pièces justificatives. III. d'après le document < onservé aux Archives du I)oui>s. K 1303 Rien n'indique que ce document soit, de loi». Si M. Clerc lui assigne cette date, c'est qu'il a eu, pour le faiiv, des ruinons qu'il n'a malheureusement pas indiquées. La question de date a. dans le cas présent, une importance considérable, car elle èclaircirait un point sur lequel je reviendrai plu* loin voir p 104-10.*)}. Jusqu'à preuve du conlraiie, je crois qu'il s'agit ici des ha^u^es personnels du prince, qui auraient été reuvoyés à sa mère, et de présent qu'il lui destinait, comme, par exemple, les tentures d«- cuir qu'il avait commandées pour elle en Kspagne et dont il est fait mention dans la lettre du gouverneur d'Orange, citée plus haut (p. 51).

CHAPITRK III

villes, notamment de Salins, sa mère reçut des marques fie syrn-

olhie et des adresses de condoléance. On alla même jusqu'à faire

i prières publiques et des processions pour obtenir sa mise en

erlé. Les Ligues firent de* démarches auprès de François I*\

ftii ce fut en vain (<). Toul ce que leurs députés, M. de i Melune »

Mùlinen) pour Berne, et les avoyers de lYi bourg et Je Snleure,

rent lui arracher, ce fut un relâchement de sévérité à l'égard

u prisonnier; * néant moings, écrivait sa mère, est bien esltoir-

tementteneu. • Comme il venait d'être assez sérieusement malade,

elle sollicita un sauf-conduit pour aller le voir; il lui fut refusé. Elle

dut confier aux Cantons suisses le soin de s'intéresser à sa

santé (S).

Je ne sais ai, comme le dit La Pise (3), le prince d'Orange fut conduit auprès du roi. Ce qui est certain, c'est que ce dernier, près avoir donné Tordre de le faire interner dans (a grosse tour u château de Bourges, prescrivit de le traiter durement, Philibert arriva dans cette ville le 19 août et s'empressa d'en informer sa mère (4), en même temps que lui était expédiée une lettre de son futur geôlier, Gabriel de la Chaire, qui promettait de se montrer indulgent pour le prisonnier (5) La Châtre eût peut-être tenu ses ro messes, mais le prince, pour recouvrer sa liberté, aurait dû, inon consentir à abandonner le parti de l'empereur, du moins urer de nf1 plus porter les armes contre le roi de France (0), Charles Quinl ne restait pas indifférent. Afin de rassurer Phili*

|) KfociEtlSfi //«ffoip'r tU ta Franthe-Comtt omciêwu rt nt0d*rn44 p, U '-• <*L

> Urc *lu IS septembre 15*4 à rurHiiduchesec Marguerite; Ardme* *lu iirdp Lettres missives» portefeuille ♦ ■'

archives tin Doubs, K Ifïlft; Revue âê la C*I> \ 0\ L II, p \uaifé itti départtmtnt eu Jura pour i84t. p* 153.

du ïiotibe, K iîM; Betiu d? in CàHt. Il, p. i30; Annuaire tin dèp • Jura ptmr 18-1 1, p. 183*191.

ige de l'oraison Funèbre de Mhitth^rt . au* l'iûnjH jtiMiOtatives,

. , il «semble K'vtiUer q*u* tout aurait été nu> en œuvre, promr-

mente «■'.«. pour l> edi' Charles-Quint* nnûi an i tin Quum

r. f rngeutihui pollieiHs et pmjN*îii prouositia solicita re> tir, tilÉ apreta

eUone, îpii âdbtererel, numjuitnj preca, precio ae ottaii, a naotîi

OtlsttlltlMiOTe pr» pQMlo {iiê) diniûveri potuit, * (Coiuahiturkii If GU~

Co itui tt t)util?a* Qrgumrnh ûarw qmrtîam Siyuttiuntli Gthmil,

rrtï Britanni, Hugimù Htt**fU §i U Ludovki fettaumt mine primufl mPtrcuBk, Ba^ilea.1, fol n '.'> S, d.)

berte sur le sort de son enfant, il lui écrivait encore qu'il ferait c en ceste matière autant que sy c'estoit pour son propre filz >, et qu'il agirait de môme en ce qui concernait ses biens confisqués (16 octobre). En effet, par une lettre datée de Bruxelles, le 8 décembre 1524, et comme il ne pouvait pas avoir la procuration du prince, il donnait à sa mère la jouissance du comté de Saint-Pol et de la seigneurie d'Oisy (1), en dédommagement de la principauté d'Orange, des terres et seigneuries de Lambalie, de Montcontour, des ports de Bretagne entre leCouesnon et l'Arguenon (2), des seigneuries d'Orpierre, de Trescléoux, de Montbrison (al. Montvoisin) et de la parerie de Noveysan, situées en Dauphiné.

Malgré toutes ces dispositions bienveillantes, la captivité de Pbilibert se prolongeait. Gabriel de La Châtre s'ingéniait, ainsi que Philibert le faisait plus tard savoir à sa mère, à lui faire subir les plus durs traitements. 11 en était < affolé », écrivait la princesse à l'archiduchesse Marguerite (3). Si on ne dépassait pas à son égard les limites extrêmes de la cruauté, c'était uniquement par crainte de représailles de la part de l'empereur, et la régente ne semblait pas du tout disposée à adoucir ses tortures physiques et morales.

En effet, on venait encore de le séparer de son fidèle Fallerans, qui avait tenu à partager sa prison; on lui avait enlevé son barbier; il était, Philibert, enfermé en une chambre obscure munie d'une cage de fer. Sans doute afin d'ébranler sa fidélité, ses gardiens lui avaient annoncé la mort de Charles-Quint et la lui avaient fait certifier par plusieurs. Il avait été soigneusement entretenu dans cette erreur pendant trois semaines, jusqu'au jour où il fut détrompé par son barbier, qui semble lui avoir été fort attaché, car c'est par lui que Philiberte avait pu dernièrement recevoir une lettre de son fils lui faisant connaître la situation. Cette lettre, elle l'envoyait à l'archiduchesse pour quelle fût transmise à l'empereur;

(1) Les titres relatifs à la seigneurie d'Oisy sont aux Archives du Doubs, E 1229; Pièces justificatives, n° 43; Archives du Doubs, £ 1364; Clerc, Philibert de Chalon% p. 50.

(2) Le 25 mars 1524, Louise, duchesse d'Angouléme, avait donné à M. de Vaudérnont le comté de Penthièvre, et François Ier avait confirmé cette donation le 17 août 1520. (fbid., E 1215.)

(3) Lettre du 3 janvier 1525; Archives du Nord, Lettres missives, portefeuille 49.

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