CHAPITRE III
ine ouverture. Le caveau recevait le jour par un étroit soupilil, pratiqué dans un solide mur de maçonnerie; par la encore toute tentative d'évasion eût semblé vaine. Mais déjà alors le mot impossible n'était pas français. En rubsencr de Philibert, ses serviteurs travaillèrent avec toute sorte de précautions à faire sous son lit un orifice qui mettait en communication la chambre et le caveau.
Van le Éoïr, le prince prît congé de la duchesse d'Àngouléme ci. toujours accompagné de ses gardiens, rentra chez lui pour souper* Il n'avait pas I air plus préoccupe' que de coutume, llien ne faisait deviner un complot.
Les hommes d'armes chargés de le surveiller avaient l'habitude déjouer aux caries pendant la nuit; le temps leur paraissait ainsi [ratas long et leur service moins ennuyeux. Par hasard, ce soir-là, {l'étaient pas à leur j»lace ordinaire. On les chercha, et fournie on ne les trouvait nulle pari, un des soudards accusa le valet de chambre de Philibert de les avoir cachées. Le serviteur avait beau nier, des perquisitions furent faites partout, dans tous les recoins. Enfin il vint à un d'entre eux l'idée de se glisser sous le lit du prioct, a lin de voir si les cartes n'y étaient pas; mais aussitôt il passa par le trou béant et tomba dans le caveau. A >e> rris, le de garde tout entier accourut; le lit fut déplacé, et les préparatifs de fuite furent ainsi découvert**
Dèl le lendemain matin, la régente fut au courant de l'incident. Llh décida que Philibert serait immédiatement envoyé â Vienne, d'où il ne pourrait pas s*évader. et où il serait l'objet de la surveillance la plus étroite. L'auteur anonyme de la lettre en latin qui donne au cardinal Wolsey ces curieux détails dit avoir vu le prince d'Orange à l'église de Vienne, le jour de la CirconciriM 1 1 1
Le £9 décembre, la régente était partie de Lyon» peut-être en même temps ijue Philibert, pour aller à la rencontre de sa fille Marguerite, qai revenait d'Espagne. En route, elle fut atteinte d'un bs go util' et de fièvre et fut forcée de s'arrêter quinze jours
lur la tentative d'évasion de Philibert, cf. Lettre de John Tayler, maître de* rolei et archidiacre de Buckingham, à Lark et a Francis, datée de Lvun. du 31 janvier 1526, dans Baiwia, p. IB7.
à Roussillon, un peu au delà de Vienne (4). Si Philibert apprit cette mésaventure, qui arrivait tellement à propos à son bourreau, il ne manqua pas de s'en réjouir, et il aurait eu bien raison. N'étaitce pas à cette femme néfaste qu'il devait d'avoir subi les rigueurs de sa longue captivité?
Heureusement, l'heure de la délivrance allait sonner pour lui. Le traité de Madrid, conclu quelques jours plus tard (14 janvier), lui rendait la liberté et, en même temps que la liberté, tous les biens, croyait-il, tous les droits dont la politique cauteleuse de François Ier l'avait spolié. Charles-Quint avait tenu sa promesse.
L'article 32 du traité, entièrement relatif à Philibert, est ainsi conçu : « Item que messire Philibert de Chalon, prince d'Orange, outre sa délivrance dont dessus est faite mention, soit restitué et réintégré, en faveur et contemplation de l'empereur, a sa principauté d'Orange, pour en jouir en telle authorité et prééminence et tels droicts et tout ainsi que luy mesme en a joui et possédé depuis le trépas de feu monsieur le prince d'Orange, son père, jusques a l'empeschement cy mis par ledit sieur roy très chrestien avant que ledit sieur prince vint au service de l'empereur. Aussi sont randues (sic) et restituées audit sieur prince les terres et seigneuries d'ûrpierre, Tresclus, Montbrison et la parerie de Noveysan scituees au Dauphiné, ainsi qu'il les tenoit et possedoit avant la guerre. Et quant aux terres et revenus de Succine et Tersou, scituees et assizes au duché de Bretagne, il en sera remis au tel estât qu'il estoit au commencement de ceste guerre, et luy sont réservées et restituées toutes ses actions et droicts, et mesmement des cinquante mil escus qu'il prétend sur lesdites terres et lettres qu'il dit en avoir a son profit, pour poursuivre sesdits droicts et actions en justice, laquelle luy sera faite et administrée sommairement et de plain les tiltres et droicts veus. Et luy sont encor réservés et restitués ce qu'il tenoit avant la guerre, de la comté de Pen-
(1) Champollion-Figeac, loc. cit., p. 460-481, sous la date du 3 janvier 1526. — Cf. Génin, Nouvelle* Lettres de la reine de Navarre adressée* au roi François I«, p. 69. — Marguerite ajoute : « (J')espere demain aller a l'esglise supplier celuy qui a tel jour vous fist sacrer iry et convertit son serviteur Pol, convertir nostre désir au contentement de l'eiîet (la délivrance du roi); ce que jamais j'espère, veu ce que nous a dist le gentil homme de M. le prince d'Orange, qui est venu a bonne heure. »
CHAPITHE III
thievre, asçavoir LambiUe, HûotoOQtoor, les ports et havres de Crevon, et autres terres et droicts en dépendant, ainsi qu'il possédait avant ladite guerre. Et pareillement que ledit seigneur roy face payer audil seigneur prince tout ce qu'il monstre estre deub a feu monsieur le prince, son pm\ et successivement a luy, tant par lettres ducliet feu roy Lu ni s douziesnie que de la feu reine Anne de Bretagne, sa compagne iTh >
Libre, enfin libre, le prince d'Orange partît en toute hâte pour ÎVozer Iprèa quatre m* de dangers, de fatigues, de priva*
sans nombre, de tortures physiques, de souffrances morales, il allait dOBC revoir et embrasser sa mère, dont la vie1 pendant son absence, s'était écoulée dans les angoisses et dans les larmes Il allait revoir Bletterans, Vers, Nozeroy. Lons>le-Saunier, ces lieux herreau de son enfance et témoins de sa première jeu* qui lui semblaient déjà bien lointaines. Il allait revoir ses officiers, ses serviteurs dévoués, ses fidèles et loyaux sujets, ces hommes aux mœurs rudes, mais au cœur chaud, qui se plaisaient à l'appeler ■ leur tant lion seigneur ■,
La nouvelle de son retour s'était répandue dans ses seigneurie? avec la rapidité de l'éclair. Partout où il passait, il était accueilli avec les transports de la joie la plus vive et la plus sincère. Dans les villages ces manifestations revêtaient des formes touchantes; dans les villes, comme Dole, Salins, les réceptions étaient tout à • lennclleset avaient un caractère quasi triomphal. Des cavaliers tllaieol in loin à sa rencontre pour lui faire escorte, mais les
maeorfl officiels qui s'adressaient au gouverneur de la Franche-
mlé étaient peu de chose auprès des témoignages d affection prodigués au prince d'autant plus aimé qu'il avaitété malheureux. Le souvenir de ces réceptions a été conservé dans plusieurs registre- municipaux de la région (3),
| Pur, p- 159-
h i liber i hit mis an liberté au commencement do février. Haas une lettre d* Tb> l'ir au cardinal Wohoy, du Î3 janvier < Lvooj, il est dit qu'un wrviteur prin e e*t venu pour la dV-livraoce de soo maître (B«tw«Bp p* M50) Le
ta Prnei annonce 4 l'empereur son èlar^sse-meat {ibùt.). Selon M San-
trouvé aut archive» du château dWrlay plusieurs actes signes de
«i ilat a de différents jours de mars, il aurait passé à Nozeroy tout ce moi»
1C, Philibert de Chalon, p. 17,
68 PHILIBERT DE GHALON
Que s'était- il passé d'intéressant à Nozeroy depuis le départ du prince pour Fontarabie?
Sa mère, qui, nous l'avons vu, n'avait cessé de croître dans l'estime et la sympathie de l'empereur et de l'archiduchesse Marguerite, avait été, à différentes reprises, investie des plus importantes missions. Elle remplit, une fois de plus, les fonctions de gouvernante du comté de Bourgogne que l'absence de Philibert laissait vacantes. De même qu'elle avait pris une part active aux négociations du pacte de neutralité, en 1508 et en 1512, de même elle fut chargée, par procuration de l'archiduchesse, du 22 avril 1522, et en vertu de ses instructions données le lendemain, de la renouveler avec la France. Lors des négociations qui eurent lieu à cet effet, elle eut pour collaborateurs Jean III de La Palud, abbé de Luxeuil, Hugues Marinier, Simon de Quingey, Antoine de Salives, Nicolas Perrenot, Louis de Marenches et Guillaume de Boisset, qui déjà, moins l'abbé de Luxeuil, avaient assisté au traité de 1512. Du côté du roi, furent désignés Louis de La Trémoïlle, Jacques de Dinteville, Girard de Vienne et Hugues Fournier. La convention intervenue entre les délégués fut, comme les précédentes, conclue à Saint-Jean-de-Losne, le 5 juin. François Ier l'approuva à Lyon, le 21 juillet, et Charles-Ouint à Valladolid (1), le 13 décembre. Ce fat la princesse qui délivra à Louis de La Trémoïlle quittance du texte signé par le roi (2). Grâce à ce pacte, la Bourgogne et la Franche- Comté n'eurent pas trop à souffrir des guerres entre les deux souverains, mais cette dernière province n'en subit pas moins le contrecoup des agitations provoquées en Allemagne par l'introduction de la Réforme et par les doctrines de Munzer, l'apôtre de i'émancipa-
(1) Philibert fut auprès de l'empereur à Valladolid, ainsi qu'il résulte d'une lettre adressée par lui ù sa mère, le 28 décembre; Pièces justificatives, n* 24: Archives du Douhs, E Chalon, supplément 1 : Bibliothèque de Besançon, collection Duvernoy. copie; Revue de. ta Cole-d'Or, t. II, p. 223; Annuaire à* département du Jura pour i813t p. 136.
(2) Archives du Douhs, B 64; Inventaire, par M. Jules Gauthier, t. I, p. 35. — De nombreux documents relatifs à la neutralité et au rôle de Philiberte dans es affaires générales du Comté, sur les États tenus à Nozeroy en 1S24, sont
contenus ibid ., E 1296, H 1314 et Ë Chalon, supplément; Archives du Nord, Lettres missives, reg. 19 et portefeuilles 13, 44, 45, 50 bit et 51. — Cf. aussi Gollut, Le* Mémoires historiques de la République séquanoi$e% éd. Duvernoy, col. 1563-1566; Clkrc, Histoire des États généraux et des libertés publiques 4t la Franche-Comté, t. I. p. 274.