CHAPITRE IV
espérance dont parle Buonaparte avait, dans l'intervalle, fini par faire place à d'autres sentiments, et l'enthousiasme s'était refroidi. Les pluies persistantes rendaient les marches difficiles; les approvisionnements manquaient plus que souvent; enfin, l'argent
il absolument défaut Pour parer aux besoins les plus urgents. Fernand Marin, abbé de iNajera, commissaire général de l'empereur près l'armée, avait décidé le duc de Ferrare a prêter 15,000 ducats • lui seraient répartis entre Ï6i troupes. Ce furent les Allemands qui en profilèrent. Furieux de se voir frustra, lee Btpagnote se précipitèrent dans le camp du connétable et commencèrent, & grands cris, â réclamer leur solde. Le duc de Ferrare prit la faite; il M réfugia auprès de Frundsberg.A leur tournes Allemands qui avaient recevoir frj ,000 ducats se réunirent pour protester. Fis pillèrent la tente de Bourbon , mirent a mort un de ses officiers et nièrent au prince d'Orange pour {00 ducats de vaisselle d'argent. Ces scènes de violence se passaient le 14 mars i 11
Henri Martin en a fait un récit moins dramatique, mais non moins pittoresque, Aux mutins Bourbon aurait répondu qu'il était i mi pauvrecavalier n'ayant pas un denier de plus qu'eux autres •. Il l< ur promettait de les faire tous riches ou de muurir à la peine Et afin «le les ftp&teer et de leur prouver qu'il elait prêt à partager leurs privations, il leur distribua sa vaisselle précieuse, ses bagues.
vaux, ne gardant pour lui que ses vêtements et une casaque
nt pour mettre par-dessus ses armes. Enthousiasmés par Mi»n désintéressement, les soldats jurèrent de suivre Bourbon partout, t fut-ce à tous les diables ■ (â). Quoi qu'il en soit de cet incident, le calme fut rétabli dans Tarée par le capitaine espagnol Jean d'I.'rbina et par te marquis du Gua*t, qui Rengagèrent à payer les troupes, Cette fuis encore, ce
dttC de Ferrare qui fournit la somme nécessaire (3).
RLe 15, Philibert, dont te mobilier de campagne n'avait pas autant p, 90 ut 9t. — L'abbé de Nujera, dans une tettro du 18 mars à nnpereur. donne les détails les plus complets sur cette èehauMourée (Villa, p 76 et 77; liiHN^os, p* 131). Cf aussi la lettre do Fieraaiosca à Ctiaries-Quint, do 4 a* ni, dans Villa, p. Si et 83*
il France, éd. Fume, /ouvèt. t, VIII, p, 98, (S) Bijo*a*aatr, toc. cil., p. 192; Gin chah ni* , 1. XViil, fol. 194; Schïïls, p. H.
souffert que celui de Bourbon, invita celui-ci à dîner. Il est regrettable que le rédacteur du journal, qui a eu soin de nous conserver ce petit détail historique (4), ne nous ait pas fait part des impressions qu'ils échangèrent au cours de ce repas. Il est à peu près sûr qu'ils trouvèrent que ce n'étaient pas toujours fonctions agréables que celles de chefs de retires et de lansquenets. S'ils avaient eu encore des illusions à cet égard, elles n'auraient pas été de longue durée. Car, le lendemain même, une violente émeute éclata. Allemands et Espagnols, réunis cette fois, exigèrent une somme plus forte, d'abord dès que l'armée serait parvenue devant Florence, et ensuite, pour le 21 avril, le payement de l'arriéré de leur solde qui s'élèverait à 150,000 ducats. Rien ne put leur faire abandonner leurs revendications et les ramener à l'obéissance ; ils ne reconnaissaient aucune autorité. Seul peut-être, Frundsberg, c le Père » (2), comme l'appelaient les lansquenets, eût su rétablir la discipline; mais une attaque d'apoplexie lui enleva l'usage de la parole et l'obligea d'attendre à Ferrare sa guérison et le moment de retourner en Allemagne. Il eut pour successeur Conrad de Bemelberg, c le petit Hess », son lieutenant. L'accident survenu à Frundsberg fit une telle impression sur les révoltés qu'ils rentrèrent dans leur camp (3).
La persistance des pluies qui grossissaient les cours d'eau et rendaient les chemins impraticables força l'armée à rester encore pendant quelque temps dans l'inaction. Le duc de Ferrare, qui semble avoir été pour elle une providence, dut pourvoir à son approvisionnement (4). Afin de tromper l'ennui ou défaire diversion
(1) Le 45, m Monsieur de Bourbon digna au logis ». Journal, dans Clbbc, p. 62.
(2) Pour le distinguer de son fils Georges.
(3) Buonaparte. loc. cit., p. 293; Gayanoos, p. 132; Villa, p. 77; Scotlx. p. 91. Selon Guichardin, 1. XVIII. fol. 292 v% cette révolte eut lieu le 17. — Georges Frundsberg mourut à l'âge de cinquante-trois ans, le 20 octobre 1528, & Mindclheim, sa ville natale. Un de ses biographes rapporte que, se voyant perdu, Frundsberg aurait dit a un de ses amis : « Voila dans quel état m'ont mis les hasards de la guerre. Trois choses nous devraient éloigner de cette sanglante carrière : le ravage et l'oppression portés au sein des populations innocentes, l'indiscipline des gens de guerre, enfin l'ingratitude des princes qui élèvent les serviteurs peu méritants et laissent les plus dignes sans récompense. » (Biographie Didot, t. XVIII, col. 958, v° Frundsberg, d'après Barthold, Georg von Frundsberg oder da$ deutsche Kriegskandwerk zur Zeit der Re formation.)
(4) Dans la lettre de l'abbé de Najera a Charles-Quint, en date du 28 mars.