CHAPITRE IV
as
à ses préoccupations, Philibert jouait aux tarots, une de ses dj*
tractions favorites II aimait aussi la musique. Les dépenses qu'il faisait pour le jeu, les musiciens, chanteurs, tambourina, etc., tii^urent tre* fréquemment dans son journal. Nous y voyons, par exemple, qu'eu ce» moments-là il donna dix écusà huit trompettes du duc de Ferrare qui avaient exécuté quelques airs devant lui (1 ,
Pendant que ces événements se passaient, le pape, de plus en plus abandonné par ses alliés, effrayé des progrès des Impériaux,
percevant, mais un peu tard, qu'il était allé trop loin en déliant François I#f de sa parole, trop loin surtout en acceptant d'être, sinon le chef réel, du moins le chef nominal de la ligue, redoutant pour Home et Florence, sa patrie, où il était d'ailleurs détesté, les résultats d'une invasion qui! prévoyait désastreuse, le pape corn* prit tous les dangers de *a situation, 11 songea de nouveau à entrer en pourparlers avec Lannoy pour la conclusion d'une trêve. Il y était d autant plus disposé qui! venait de recevoir le frire François Ouinones, générai des Franciscains et confesseur de l'empereur* qu* lui apportait de sa part de* propositions de paix. Presque en PltaK temps, César Fieramosca, chambellan de Charles-UuinL était arrivé à Rome, afin de lui faire de semblables propositions La lettre di I empereur qui l'accréditait auprès de Clément VII était de nature à lever les dernières hésitations que celui-ci aurait encore, pu avoir. Le 15 mars, une trêve fut décidée aux conditions suivantes : suspension d'armes pendant huit mois, payement par le pape à l'armée impériale de 60,000 écus, restitution des territoires enlevés, réintégration de Pompée Colon na dans la
- ni lé cardinalice et absolution de la censure prononcée contre lui, venue de Lannoy à Home, ce qui paraissait être pour le pape une garantie contre une invasion de Bourbon. Le vice-roi de Naples se rendit à Rome, la convention fut signée, Clément licencia
on peut voir le détail de» approvisionnements et des munitions de taule sorte qpt Ifl tofl de Ferrare avait fournis aux Impériaux (Gâtants, p, 130; Villa,
It) Li- "î, « 6 escus a Monsieur pour jouer au tarau »; — te a, * iQ eteufl I Monteur pour jouer »; — le 26, ■ 16 escusa Monsieur pour jouer au torau -, — ■ 10 e*cua a huit trompettes du duc de Ferrare qui ont joué devant MonftMHir * {Journal, dans Clehc, p. 63 ï
86 PHILIBERT DE GHALON
troupes, ne conservant que 400 cavaliers et 2,000 hommes de pied (1). Fieramosca retourna auprès du connétable lui faire part de Taccord intervenu.
Le 25 mars, Bourbon réunit un conseil de guerre, composé du prince d'Orange, du marquis du Guast, de Fernand de Gonzague et de tous les capitaines sans exception. L'abbé de Najera y assistait en sa qualité de commissaire général. Fieramosca parla longuement ; il Gt connaître les conditions de la trêve, exposa la situation, montra les difficultés du ravitaillement et indiqua les dispositions prises par l'ennemi pour mettre Florence en état de résister; l'empereur ordonnait d'observer la trêve. Les officiers furent invités à en informer les troupes et à saisir le conseil de leur détermination (2).
Leurs réponses furent communiquées le lendemain. Les Espagnols refusaient de rétrograder si leur solde ne leur était délivrée. Pour échapper à leur fureur, Fieramosca avait été obligé de s'enfuir précipitamment auprès de Fernand de Gonzague, qui était campé à deux lieues de San Giovanni. Les Allemands, à qui Bourbon avait promis de payer, le 20 avril (3;, l'arriéré de ce qui leur était dû, semblèrent d'abord plus traitables et témoignèrent leur intention de regagner les bords du Pô. Mais ils finirent par se laisser persuader par les Espagnols que leur intérêt commun était de marcher sur Rome ; ils déclarèrent donc qu'ils suivraient les Espagnols. Une députation de l'armée se rendit même vers le connétable afin de lui notifier cette résolution. Il répondit : c J'irai avec vous. » Bourbon prévint Fieramosca qu'il n'eût pas demandé mieux que d'obéir à l'empereur et d'observer la trêve, mais qu'il avait été forcé par son armée de continuer sa marche en avant. Il écrivit dans le même sens au pape (4).
Plutôt que de suivre Bourbon dans cette voie et d'enfreindre la volonté de Charles-Quint, le marquis du Guast préféra résigner son
(1) Buon aparté, loc. cit., p. â93-297; Guichardin, 1. XVIII, fol: Î96 v«.
(2) Villa, p. 79.
(3) Plus haut, c'est la date du 21 qui est fixée. (Voir Villa, p. 77; Gayakms, p. 132.)
(f) CnicHARDiN, 1. XVIII, fol. 296 v-297; Villa, p. 79-85, d'après la dépêche de l'abbé de Najera à l'empereur, du 28 mars, et celle de Fieramosca, da 4 avril, et p. 411 ; Schulz, p. 92 et 173. •'