‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 50 sur 239 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

«Tj

ment un grand coup, de prendre Rome d'assaut pendant que le pape et la population ne s'y attendaient pas, et de s'emparer des immenses richesses qifelle renfermait. Comme les troupes étai^nl fatiguées par les marches forcées qu'elles avaient dû faire, la proposition du connétable souleva des objections. A la fin, il fut convenu que l'arasée passerait la nuit à se reposer, et que l'attaque aurait lieu le lendemain limai, » la première heure | I

L'elfe ri ne devait pas porter sur la partie de la ville située sur la rive gauche du Tibre, mais sur la rite Léonine, le \ 'aliran. Saint- Pierre et le Transtevere, fortifiés, il est vrai, et reliés à lUoiiepri"prement dite par le pont Saint-Ange, le pont Sixte et les deux autres jetés sur le fleuve. Celui-ci n'était que peu délendu par Parti! h' rie du eh rit eau Saint-Ange. Bourbon disposa ses troupes dût* znes près de Saint-Pierre, au rad de la cilé Léonine,

drpme l-« couvent de Saint-Pancrace jusqu'à la porte du Saint- Esprit, et sur le versant du Janieule. Elles étaient entre le Borgo al le franatevere* Le prinee d'Orange, avec ses chevau- légers et quelques fantassins, eut pour mission de surveiller le ponl Mulh

À quatre heures du matin, le lundi, l'action commença. La relation de M<>nh irhard dit que. auparavant, Bourbon - se confessa et ouyt la messe avec grande dévotion, comme il avoit de bonne cou Seiarra Colonna, qui avait Bou&aea ordres un parti

de cavalerie et deux compagnies d'infanterie italienne, attaqua le ponl Molle. Le gros de Tannée combattait du Belvédère à la porte du Saint-Esprit. Melehior de Erundsherg, avec cinq compagnies, l Lut chargé de contenir la garnison du Translevere. Les Espagnols qui étaient au Belvédère avaient pour consigne d'attirer les Romains &ur ce point, afin d'éparpiller leurs forces. Le prince d'Orange cernait ta i porta Periusa », Il avait à sa droite les Espagnols jusqu'à la porte Torrione; les lansquenets composaient Taile droite San* artillerie, armées seulement de piques, d épees et d'arquebuses, les troupes marchaient en silence dans la bruni

fi) Kiowumi . Itïr rtt , p, 3l8-3âl

\t) ln*trurtiôn de Luunox L son *er:rétarre Durand, du J7 mai, daJM Ym *. p- 171; Schuli, p, 103-104 (3) Bultetmt dâ tAcadémte royale tU BruxetUt t X. î' partie, fi,

9ft PHILIBERT DE CHÀLON

au milieu d'un brouillard si épais qu'il était impossible de distinguer amis et ennemis.

Munies d'échelles, elles s'élancèrent à l'assaut, mais le feu des Romains, qui, dans la demi-obscurité, tiraient au hasard, leur fit éprouver des pertes assez sérieuses ; deux fois elles furent repoussées (4). Leur ardeur semblait fléchir. Bourbon s'en aperçut. Descendant de cheval, il leur dit : « Gompaignons, aïons bon coraige, car aujourd'hui nous ferons, se Dieu plaist, bonne journée. • Puis, pour leur donner l'exemple, il accourut au pied de la muraille, prêt à tenter l'escalade. Mais, en ce moment même, il reçut dans l'aine un coup d'arquebuse. Il ne put que prononcer ces mots : « Ha, Nostre Dame, je suis mort! > tomba dans les bras d'un de ses officiers, nommé Le Lorain, et rendit le dernier soupir (2).

Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, un des acteurs du drame du 6 mai. écrivait à l'amiral Ghabot que le prince d'Orange et son cheval furent « estourdiz et abbatuz de la terre du bond d'ung boulet de canon > (3). Philibert était alors à peu de distance du connétable. Graignant que la perte de leur chef ne provoquât la panique parmi les assiégeants, il eut la présence d'esprit de couvrir le corps de Bourbon et de leur dire : c Messieurs, ce n'est riens, ce n'est riens, car il n'a garde de la mort et sy n'est que ung peu blechié », puis il le fit porter dans une chapelle voisine (4).

La mort du connétable ne demeura pas inaperçue du côté des Romains. Ils se mirent à pousser des cris de joie. Aussitôt le bruit se répandit dans la ville que le duc d'Urbin, à la tète de l'armée de la ligue, était déjà au pont Molle et qu'il allait bientôt entrer par la porte del Popolo. Quant aux capitaines des Impériaux, dès qu'ils furent prévenus que Bourbon était tué, ils s'empressèrent d'expédier un messager à Lannoy, alors à Sienne, pour le prier de venir; mais le messager fut pris à Viterbe par les ligueurs (5).

Philibert, de son côté, ne négligea rien pour remonter le moral

(1) SciIULZ, p. 105.

(2) Relation de Montricliard, dans Bulletins de l'Académie royale de Bruxelles* t. X, 2e partie, p. 478.

(3) Lettre publiée par M. Léon Dorez, Le tac de Rome, p. 61.

(4) Schulz, p. lOo. — Dans la Relation de Moatrichard, p. 479, loc.cit^'û est dit que ce fut dans la chapelle du pape.

(5) Schulz, ibid.

Page 1