‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 54 sur 239 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Philibert douze chasubles de drap d'or, d'argent et de velours de diverses couleurs ayant appartenu à des églises de Rome (1). Si ces assertions sont exactes, on pourrait tout au plus admettre, — ce qui ne serait pas une excuse, — que ces objets lui vinrent de gens trop zélés, de serviteurs trop complaisants, ou qu'ils furent peut-être acquis par lui; mais cette dernière hypothèse doit être écartée. Son journal en ferait mention et porterait les sommes dépensées pour cela.

C'est à ce même journal que j'emprunterai la certitude quasi morale, s'il n'en existait pas d'autres témoignages, que Philibert, à qui il manqua l'autorité nécessaire pour empêcher le sac de Rome (2), en sortit les mains nettes. Dans les comptes du mois de mai notamment, on voit qu'il avait rendu à Régis, un de ses serviteurs, 3 sous pour sept * gelines > ou poules que celui-ci avait payées à un prêtre attaché à la personne du cardinal Pisani, dont il occupait le palais. Dans ceux du mois de juin, nous trouvons que, le 3, Nicolas, boulanger du connétable, eut 10 écus « pour dix-sept demi lards, un tonneau de tonine (chair de thon), un tonnelet de champignons confiz, un sac d'amandes, de la chandelle de cire, du pain qui furent achetés de lui et de ses compaignons du sac de Rome, le tout despensé dès l'entrée de Rome jusqu'à ceste heure (3) ». J'ai soigneusement parcouru le journal pour toute cette période, et j'ai constaté que, si le pain et le vin lui étaient fournis, à lui et à sa maison, sur les approvisionnements généraux de l'armée, il payait à Guillaume Grelier ou à Jean le boucher les deux moutons, les huit poulets et les deux quartiers de génisse, etc., etc., qu'il s'était procurés auprès deux (4).

Ses dépenses somptuaires, depuis le mois de mai jusqu'à la fin de Tannée, se réduisent à 14 ducals 15 écus et une somme non

(i) Bastet, Histoire de la ville et principauté d'Orange, p. 110, signale aussi, sans doute d'après La Pise. ce prétendu envoi de chasubles.

(t) Dans une lettre du 21 juin à l'empereur, Philibert déclare que ses efforts demeurèrent impuissants : « ... Corne dapoi la prehesa et sacho di Roma. al quai non fuo possibile remediare. benche havessimo falto ogni cogna (o possibile... » Pièces justificatives, n»70; Archives impériales à Vienne, P A 91, original *i#n**r Couina son témuifupitigo pourrait parullrc tnUicsté, je Je cite fceuleraenl pour mémoire. Il en sera donoû> plus Joui, du très probant*.

r 3) Journal, diuiâ Cleuc, p. 64,

(i) J6ui.t journée du 7 mai, etc.

indiquée donnés, à différentes reprises, à des chanteurs, musiciens et tambourins; à 65 écus ou ducats pour le jeu; à Tachât d'une « ymaijre » et dune fiole d'eau de rose. Peu de jours après la prise de Rome, le 22 mai, il était obligé d'emprunter 1,800 ducats à Georges Henrich, d'Anvers. Les comptes de son argentier, Odot Roy. qui, à partir du 25 juin, remplaça Mon tanet, mort de la peste, nous le montrent s'adressant à toutes les bourses, à celles de marchands florentins, de l'ambassadeur de Sienne, de capitaines allemands, de du Vernoy le jeune, un de ses officiers, jusqu'à celles de Nicolas, son boulanger, et de Marguerite, sa lavandière, qui était à son service à raison de 2 écus et demi par mois (1)! Aussi écrivaitil à sa mère de lui envoyer d'urgence une somme de 6,000 écus, parce qu'il vivait depuis longtemps « de la miséricorde de Dieu (2) ». S'il s'était gorgé des dépouilles des c irdinaux et des nobles romains, eût-il eu recours à de pareilles extrémités ? Peut-être répondrat-on que c'est précisément cette situation précaire qui le poussa aui actes délictueux auxquels La Pisefait allusion.

Un autre témoignage, bon à invoquer, parce qu'il émane d'un personnage qui ne paratt pas avoir eu beaucoup de sympathies pour Philibert, est celui du cardinal Scaramuccia Trivulce, évèque de Came. Dans sa lettre du 24 mai à son secrétaire, il dit que beaucoup de simples soldats eurent, chacun pour leur part dans le sac de Rome. 25, 30 et même 40,000 ducats. Et il ajoute : « Imaginez quel dut être le butin des capitaines ! Mais le prince d Orange nen a rien retiré et n'a pas eu un quattrino. Ce n'est pas, je crois, par honnêteté qu'il n'en a pas profité, mais, sans doute, il n'a pas pu faire autrement (3). »

(1) 12 juillet 1527. « Dix escuz 20 solz que Jenin a preste a mondit sieur. » — 28 juillet. « Dix escuz d'or que m* i\> colas, boulaagier, prestaa Monsieur* Home. — 15 escuz d'or, 10 solz tournois que moasieurdu Vornoy le jeune prettt a Monsieur. » — 12 novembre. « 500 escuz d'or provenant des 1,000 eaeus d'or que les marchands florentins ont preste a Monsieur. » — 23 nûvcmbrt. « 400 escuz prestes par M. Charles, ambassadeur de Senes. » — i9 jmrnmtr 1528 « 1,200 escuz d'or que les capitaines EU et Kssen, allera&ns. ont prWté a Monsieur. » (Archives du Doubs, E 1295 ) — Cf. Journal, dans Cutttt, p. H. et paxtim.

(i) Lettre datée de Sienne, du 9 novembre 15S7; Pièces justifleaitats, W •« Bibliothèque de Besançon, collection buvernoy, copie; AnnumJr* à ment du Jura pour 1843, p. 137-138.

(3) Keeueil Mii.axem, p. 490.

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