‹ Philibert de Chalon, prince d'Orange, vice-roi de NaplesChapitre 94 sur 239 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

des Gascons et des Basques, sur les collines non loin du mont San Martino; d'Aigremont était vis-à-vis la porte Saint- Janvier; Rangone et le marquis de Saluces, séparés par un espace suffisant pour permettre à la cavalerie d'évoluer, étaient du côté de la porte de Nola (1).

Profitant des lenteurs de Lautrec, les Impériaux s'étaient solidement fortifiés à Sant'Ermo et sur tout le mont San Martino (2). Le prince avait, pour les besoins de la défense, fait raser la villa de Mergoglina dont le roi Frédéric III avait fait présent au poète Jacques Sannazar. Celui-ci en mourut de chagrin peu de temps après, non sans avoir maudit Philibert (3). C'est pour la même raison que le prince avait fait évacuer le couvent des Dominicaines de Saint-Sébastien, contigu aux murs de la ville; de cet édifice, les assiégés pouvaient efficacement protéger les remparts. Les religieuses se retirèrent au monastère de Sainte-Marie « donna Romita (4) ». Un certain nombre de Napolitains avaient été enrôlés dans l'armée (5).

Dans l'intervalle, il s'était passé un fait qui mérite d'être rapporté, mais il n'est pas de la fin du mois de mai, comme l'a écrit Rosso ; il est du commencement d'avril. (6) 11 est relatif à l'aventure de du Guast avec le comte de Potenza.

Un jour, du Guast rencontra près de San Lorenzo le comte

(1) Rosso, p. 16-17; Sa.ntoho, p. 50; Guichardix, 1. XVIII, fol. 329; Giannone, t. IV, 1. XXXI, p. 36; La Pise, p. 168.

(2) D'après Summonte (1. VII, p. 58), la défense de Sant'Ermo fat confiée à Maramaldo, avec 800 fantassins italiens ; les Espagnols furent logés dans le quartier de l'Incoronata; les Allemands, depuis la porte Saint-Janvier jusqu'aux portes de Nola et du Marché ; les gens d'armes et les chevau-légers, sur la place de l'Orme et dans les environs ; Louis Hixar occupait Castelnuovo avec 300 hommes d'élite.

(3) Rosso, p. 17. — D'après une légende, rapportée notamment par Parrino, t. I, p. 136-137, Sannazar serait mort de joie en apprenant que Philibert avait bU- tué, et il aurait fait ce vers, le dernier :

La vendetta d' A polio ha fatto Marte.

Il y a à cela une impossibilité : Sannazar mourut le 27 avril 1530: le prince ne >erdit la vie que le 3 août suivant. Giannone, t. IV, 1. XXXI, p. 37.

(4) Rosso, p. 18.

(5) Ibid., p. 19.

(6) Perez, dans sa lettre a l'empereur, du 6 avril, mentionne cet incident. Cf. Gayangos, p. 645.

dePotenza, avec lequel il était brouillé. Celui-ci ne lui rendit pas le salut que le comte avait adressé à des personnages de sa compagnie; bien plus, il se livra sur lui à des voies de fait et frappa d'un coup d'épée, dont il mourut deux jours après, son fils venu pour le secourir (4). Ce meurtre fut aussi attribué à un des gens de du Guast, Marc-Antoine Galiciano, qui fut, à son tour, tué à l'instigation de la mère de la victime.

Moncade voulait faire arrêter du Guast, qui l'apprit ; en même temps, il était informé que ses Espagnols prenaient les armes afin de le défendre. Le 26 (2), il gagna Ischia dans, une légère embarcation. Mais comme, en son absence, ses troupes se livraient à des actes d'indiscipline et causaient de graves dommages aux Napolitains, le vice-roi le fit bientôt rappeler. Il a été donné plusieurs raisons de cette mesure de clémence : d'abord la nécessité de la présence de du Guast à l'armée, son intimité avec Moncade, puis le besoin pour le vice-roi d'avoir quelqu'un assez influent pour le soutenir dans sa rivalité sourde avec Philibert; or, du Guast était cet'homme, et s'il y avait deux partis dans l'armée, l'un favorable à Moncade, l'autre au prince, il n'y était pas étranger (3).

Cette rivalité ne tarda pas à être à l'état aigu. Pendant que Lautrec se disposait à réduire la ville par terre, Philippin Doria la menaçait par mer. Avec huit galères et en attendant l'arrivée de la flotte vénitienne qui devait venir se joindre à lui, il surveillait les côtes, afin d'empêcher le ravitaillement de l'ennemi. Il y réussit en capturant, en deux fois, trois navires chargés de grains, et. s'il n'osait pas forcer le port, il s'approchait su Ifisam ment pour déloger avec son artillerie des détachements campés à la Madalena Dans l'intérêt de la défense, il s'agissait de prévenir un blocus. Sur ce point, tout le monde était d'accord, mais il y avait divergence sur le choix des personnes. Philibert prétendait que, comme chef de l'armée, il avait, de droit, le commandement de la flotte; Moncade le réclamait en sa qualité de vice-roi et d'amiral. A la lin, il fut décidé que du Guast et Gobbo Giustiniano en seraient investis.

(1) Rosso. p 26; Gcichardin, 1. XVIII, fol. 328 v».

(i) Selon Hosso, mais plutôt le 6 (?). Cf. lettre de Pères à l'empereur, du 6 avril, dans Gayangos. p. 645.

(3) Rosso, p. 26.

CHAPITHK X

cade, Ascanio et Camille Colonne, César Fieramosca, Conraijin illornio. Jt^tu d'Obina. efec larérent prêts à servir sous

leurs ordres i 1 1.

H y avait alors dans le port de Naples six galères, deux vaisseaux légers, trois brtgantinB (S) et sept ou huit barques plates. BUts hommes d'élite (3) furent désignés pour faire partie de cette Ilot tille. Elle quitta les eaux de Naples dans la nuit du 27 et se dirigea vers Capri, de façon à y être au point du jour. Selon on ermite portugais assez connu. Gonzulve Barretta. qui avait abandonné la profession des armes pour se 4 Dieu, voyant s'avancer les galères impériales, leur donna sa bénédiction et dît à haute voix aux équipages: i Soyez heureux, hommes vaillants: combattez hardiment, Celte nuit, j'ai que vrnjv détruiriez ta flotte des ennemis, que vous en extermineriez un grand nombre et que vous délivreriez Naples. » Les Impériaux en acceptèrent l'augure, et, praque iân de la victoire, mirent A pousser des cria de joie. Un gentilhomme napolitain, Boorda \gnese, qui <;lait sur une felouque, les aperçut. Par haine de* Ëtpagooll, il avertit Philippin Doria qu'ils étaient à apn. Aussitôt celui-ci, du cap d'Orso. dans Je golfe de Salerne où il était, demanda à Laulrec de lui envoyer 400 arquebusiers^), puis il prit ses dispositions pour la bataille. Se réservant le cornsèment de cinq galères, avec lesquelles il engagerait l'action, iléon lia celui des trois autres à son lieutenant Nicolas Louiellino adrait en réserve et se portrait à son secours, s'il en tait besoin.

s dernières se retirant, tfoncada crut qu'elles refusaient le ai. tl fit faire voile droit sur les galères françaises et ordonna i des siennes, qui avaient pour chefs Garcia Maurique f» et rançois de Soria, de simuler une attaque, mais de feindre de fuir

Hosso, p 27-23.

(2 lu-nx briguriSot seulement et quatre fuste*. selon Là PHI, p. 170; six galère» tfi- deui fuslea. selon SutiHorcTE» t. IV, I. VII, p :*!); six galères, quatre et deux briguntin*, -elim Unh hakûix, I XIX, fol. 321 3 Mille arquebusiers ospugnols, aeJan Gl'jchmimn, I. XIX* p, 331, et La

(4 Roato, p. tôiSAJfToio.p. Tu. Gcïcbàamk, I. XIX, fol. 331, 5, Trofeaeati, selon GuicMAanix, 1. XIX. fol. 331.

irem M&nrique fui ou était alors gouverneur de GaOle.

lorsqu'elles seraient assaillies. Du Guast conseillait à Noncade d'ouvrir le feu, afin de se mettre hors de la vue de l'ennemi par la fumée de son artillerie et de lui cacher ainsi le point de mire; le vice-roi n'en fit rien. Doria profita de cette faute; il tira le premier; son canon était si bien pointé que le boulet tomba au milieu de la capitane. Il causa des dégâts effroyables; 30 hommes, parmi lesquels le capitaine et plusieurs officiers, tels que Pierre Cardona. parent de du Guast, et Léon Tassino, furent tués ou blessés. Moncade et du Guast étaient tout couverts de sang. Leur artillerie riposta et frappa mortellement le commandant de la galère que montait Doria, tandis que le patron recevait de graves blessures.

Puis ce fut. entre les deux galères, la lutte à l'abordage. De part et d'autre, des assauts furieux furent livrés, d'autant plus acharnés que trois de celles du vice-roi allaient en capturer ou en détruire deux des ennemis; mais la réserve de Doria arriva, et le combat, commencé à la vingtième heure, continua jusqu'à la nuit. Le feu, l'artillerie, la mousqueterie, les piques, tout ce qui pouvait servir d'armes fut employé à cette œuvre de dévastation. La flotte des Impériaux fut incendiée ou coulée, à l'exception de deux galères qui, à demi brisées, parvinrent péniblement à gagner Naples. La plupart de ceux des combattants qui n'avaient pas été tués pendant l'action périrent dans les flammes ou dans les flots (1). Les esclaves turcs et maures de Doria se signalèrent par leur courage féroce. La liberté leur avait été promise; ils la méritèrent.

Moncade, qui s'était battu l'épée nue, eut le bras droit et la cuisse gauche traversés par un boulet de fauconneau; il ne tarda pas à succomber. Selon Rosso. il fut inhumé à Naples; selon Santoro, à Melfi; selon Guichardin, il fut jeté à la mer. Parmi les morts de marque, on comptait César Fieramosca, Marin Daia, Jean Biscaino, Zambroni et Baredo. Peu d'hommes échappèrent au mas-

1) Dans une lettre, du 5 mai. à Anne de Montmorency, le comte de Vaudémont évalue à 7 ou 800 le nombre des morts de la Hotte impériale. Ce chiure est quelque peu exagéré. II ajoute : « Nous sommes icy devant Naples, tous jours en bonne force, faisans grant chère et ayans bonne espérance d'entrer dedans, et croy que ce sera bien tost, pour les apparances que je y voy... et croy que la fin en (de cette guerre) sera briefvement bonne pour nous...» (Ms. fr. 3040 de la Bibliothèque nationale, fol. 46.) — Il est a remarquer que toutes les correspondances d'origine française sont aussi optimistes que celles de Philibert le sont peu.

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