Cf. chap. v, p
GALERIE BULLIOUD A LYON.
mena de front les fonctions d’architecte et de maître de l’œuvre, aidé peut-être, dès cette époque, par Jean II, l’homme de la pratique et de l’exécution dans cette association fraternelle que la mort seule devait délier. Il put appliquer à son aise ses théories d’antiquité rénovée, et mettre sur pied un édifice entièrement conçu dans les principes de la « vraie architecture ». Il y gagna une réputation de savant et de novateur qui le fit mettre par ses contemporains au rang des premiers architectes de son temps, et lui valut ce bel éloge de J ean Goujon :
Pour ce jourdhuy avons nous en ce royaume de France un messire Sébastian Serlio, lequel a assez diligemment escrit et figuré beaucoup de choses selon les règles de Vitruve, et a esté le commencement de mettre telles doctrines en lumière au royaume. Toutes fois, j?en congnois plusieurs aultres qui sont capables de ce faire, néantmoins ilz ne s’en sont encores mis en peine, et pourtant ne sont dignes de petite louenge. Entre ceux-ci ce peut compter le seigneur de Clagny, Parisien (P. Lèsent); si faict aussi maître Philibert de l’Orme, lequel assez suffisamment a conduit un édifice que monseigneur le cardinal de Bellay a faict faire en son lieu de Sainct-Mor des Fossez lez Paris ’.
La gloire ne fut pas le seul profit que Philibert retira de son œuvre. Outre les libéralités du çardi-
I. Vitruve. Architecture, trad. par Jean Martin, 1547. A la suite figure le discours de Jean Goujon intitulé : « Jean Goujon, studieux d’ architecture , aux lecteurs salut. »
LES MAITRES DE L’ART
nal, qui lui permirent sans doute d’acquérir « les maisons, lieux et jardins » qu’il possédait lors de sa mort à Saint-Maur-les-Fossés l, il y gagna de précieuses protections dans l’entourage des du Bellay. C’est certainement le prélat qui l’inféoda à la coterie du connétable de Montmorency, de la duchesse de Valentinois et du Dauphin, et lui ménagea pour le règne à venir une faveur sans pareille.
En attendant, François Ier, reconnaissant de la gracieuse dédicace de Saint-Maur et peut-être désireux de récompenser le défenseur des places fortes du Piémont, nomma de l’Orme inspecteur des côtes de Bretagne. C’était la province dont Antoine Bullioud était trésorier. L’intervention du général des finances ne fut sans doute pas étrangère au choix du roi.
Nous n’avons malheureusement pas le texte de la commission, et il est assez difficile, dans les explications un peu confuses du titulaire, d’établir son véritable rôle. Mais comme les formules des ordonnances se répétaient presque textuellement, celle de 1544, nous pouvons le croire, ne différait pas sensiblement de celle de 1554, que nous possédons, et qui concerne le même objet. Il est probable que François Ier, comme plus tard Henri II, nomma l’architecte de Saint-Maur « visiteur des places fortes, places et chasteaux, ports