I. Architecture y fol. 136 v
LES MAITRES DE L’ART
Des deux côtés du talent de Philibert de l’Orme, nous croyons inutile de dire vers lequel vont nos préférences. Certes nous comprenons l’enthousiasme des hommes du seizième siècle pour cette antiquité retrouvée, qui avait pour eux l’attrait d’une nouveauté. Mais trois siècles ont passé sur l’architecture classique rénovée, et l’ont rendue à son tour plus vieille que l’ancienne tradition française qu’elle entendait détrôner. Rendons seulement cette justice à notre auteur qu’aucun architecte de son temps n’a mieux que lui décrit les ordres. Il les dissèque, il les toise, il les figure en plus de cent dessins rapportés de Rome. Il les étudie dans leurs « proportions et mesures » , c’est-àdire dans leurs relations avec l’ensemble des monuments. C’est le coup de grâce donné à la Renaissance instinctive qui amalgamait les ordres sans tenir compte des proportions et croyait faire du classique dès qu’elle introduisait des chapiteaux gréco-romains1. « J’ay veu plusieurs fois, dit de l’Orme, qu’aucuns qui veulent faire profession d’architecture, se sont abusez grandement quand ils ont voulu mettre en œuvre les ordres des colomnes ensuivant celles qu’ils avoient mesurées à Rome ou ailleurs, pour autant que leurs œuvres estoient beaucoup plus petites... Nul architecte quel qu’il soit [ne] peult faire une belle œuvre en prenant
i. H. Lemonnier, loc. cit.y p. 554.
ses mesures proportionnément à celles des anciens, s’il n’accommode sa dicte œuvre à la mesme grandeur, largeur, mesures, ordres... 1 »
Et nous arrivons ainsi à une des qualités maîtresses que Philibert exige de l’architecte : la connaissance des sciences, et en particulier des mathématiques, aussi indispensable pour tracer une volute dans le style exact que pour dresser le plan d’une trompe ou d’une voûte en cul-de-four : « Étudiez, dit-il à son architecte expert, la géométrie dans Euclide, naguères doctement interprété et documenté, illustré et mis en lumière par monsieur F rançois de Candale, et publiquement leu et exposé par les professeurs du roy en ceste docte université de Paris, messieurs de la Ramée, Charpentier et Forcadel, comme aussi tous autres bons livres et auteurs qui traictent et enseignent les mathématiques. » Ceux qui négligeront de s’en instruire n’auront aucune excuse, puisque le dit Forcadel les « lit en langage françois » 2.
Tout autant que l’arithmétique et la géométrie, l’architecte étudiera la philosophie — lisez les sciences naturelles — pour discerner la nature des terrains, la qualité des eaux, l’orientation des vents, la valeur des matériaux, sables, bois, ou pierres. 11 devra — Vitruve l’avait déjà dit — pos-