Jamot, Inventaire général du vieux Lyon, p
pas peut-être de plus gracieux ni de plus harmonieux.
Jean du Bellay, qui se souvenait des « vignes » étagées sur les collines romaines, avait choisi pour son château, au nord de son abbaye, une légère éminence d’où la vue s’étendait sur toute la boucle de la Marne. Au seizième siècle, on faisait généralement assez bon compte de la beauté des sites. De somptueux châteaux, Fontainebleau, Chambord, Bonnivet, voire même Madrid, occupaient des lieux bas et sans horizon.
Le choix du cardinal pouvait donc passer pour une innovation esthétique, mais il allait forcer l’architecte à affronter un sol peu résistant, sur d’anciennes carrières, comblées par les terres enlevées aux fossés de l’abbaye. De l’Orme se tira de cette première difficulté en établissant ses fondations sur des puits, creusés jusqu’au sol résistant, remplis ensuite de maçonnerie et reliés par des arcs de décharge, comme les architectes de nos jours en ont imaginé sur la colline de Montmartre pour l’église du Sacré-Cœur.
Un autre problème, moins aisé à résoudre, consistait à construire une brillante résidence sans faire de grands frais, car « le seigneur cardinal n’avait pour lors beaucoup d’écus de reste ». Philibert avait rêvé un plan magnifique. Quatre corps de bâtiments, disposés autour d’une cour carrée, dont il a donné le dessin dans son Premier tome
LES MAITRES DE L’ART
dJ Architecture1 ) promettaient au prélat un véritable palais. L'entrée principale, « accompagnée de colomnes et pilastres, avec leurs ornements, ainsi que telle chose le requiert », s’ouvrait dans le premier corps de bâtiment, du côté du village. On y accédait par une terrasse élevée de sept à huit marches, régnant sur toute la longueur de la façade. Deux corps de logis, en équerre, venaient se souder au logis principal par deux pavillons carrés, formant saillie, plus élevés que le reste de l’édifice. La façade — un rez-de-chaussée surélevé - — ne présentait que deux fenêtres de chaque côté de l’entrée, mais l’architecte, avec la belle intransigeance d’un néophyte, avait terminé sa construction en attique, sans lucarnes, ni toitures pyramidales 2 (fig. 2).
Ce beau plan resta sur le papier, par suite de cette maladie de faute d’argent, qui fit tant souffrir Panurge, et que connaissait aussi trop bien Jean du Bellay. De l’Orme dut se contenter d’achever un seul corps de bâtiment, le quatrième, celui du midi. Il le fit du moins de façon à contenter les plus difficiles (pl. XV).
Rien de plus harmonieux que cette façade sur la cour3, avec ses gracieux pilastres corinthiens, encadrant fenêtres et panneaux, son stylobate aux