‹ Philibert de l'OrmeChapitre 57 sur 93 · PLAN DE SAINT-MAUR · texte numérisé non relu

PLAN DE SAINT-MAUR

trée. Tout cela était si élégant, si parfait de goût, que le cardinal ne craignit pas d’y faire figurer « les Charités, ou si vous voulez les trois Grâces » et Diane, avec les neuf Muses « insculpées en basse

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taille de figure » au-dessus de la porte. Elles présentaient Saint-Maur à François Ier, dont le buste de bronze « au plus près du naturel » décorait le fronton, tandis que sur une table de marbre on lisait ces trois vers, de l’invention de du Bellay :

Hune tibi, Francisée , assertas ob Palladis arteis,

Secessum, vitas si forte palatia, gratæ

Diana , et Charités , et sacravere Camoenæ.

La mort de François Ier et la faveur du nouveau roi vinrent permettre à l’architecte de cet aimable asile d’appliquer ses doctrines à un monument plus en vue, bien que dans un genre tout différent. Henri II lui confia la sépulture du vainqueur de Marignan dans la basilique de Saint-Denis l.

Le tombeau de Louis XII avait inauguré les sépultures monumentales. De l’Orme ne pouvait rester au-dessous de ses devanciers, mais il voulut faire autrement. Son œuvre est un véritable arc de triomphe, du style antique le plus pur. Une grande arcade centrale, formant voûte, abrite les statues des gisants. Deux arcades basses en retrait servent de passages. Sur chaque face, huit colonnes cannelées, aux chapiteaux ioniques, supportent un entablement et une corniche décorée d’ornements

i . De l’Orme eut à construire en 1 549 une salle dans le parc des Tournelles pour l’entrée d’Henri II. Nous n’avons aucun renseignement sur l’édifice. G. Rondel et Baptiste Pellerin furent chargés de la décoration ( Catalogue ‘Joursanvault, I, p. 193).

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FAÇADE DE SAINT-MAUR AYANT I 5 6 D’après du Cerceau,

classiques. Pas de grandes figures assises aux angles, pas de statuettes, ni de petits personnages, rien qui puisse nuire à l’ampleur architecturale. La seule concession à la mode française, ce sont les statues de priants sur la plate-forme : l’emploi des bas-reliefs courant sur le stylobate, c’est encore de l’antiquité rénovée (pl. XVI).

Tel qu’il est dans sa perfection de dessin et d’exécution, le tombeau de François Ier est un des plus beaux de Saint-Denis, on pourrait même dire le plus beau, si la sépulture d’Henri II ne le surpassait encore pour la pureté de goût 1 et la richesse de décoration sculpturale. Mais de l’Orme, maître d’une entreprise dont il faisait tailler les marbres sous ses yeux, à l’hôtel d’Étampes, écarta de parti pris tout ce qui pouvait amoindrir la prépondérance de la ligne architecturale. La sculpture, dans son monument, est un accessoire dont il eût pu à la rigueur se passer. Tout au moins faut-il le louer, puisqu’il réduisait au strict nécessaire l’œuvre des imagiers, d’avoir fait appel à des artistes vraiment dignes de le seconder et qui nous ont laissé des œuvres d’un indiscutable talent.

Fait curieux, et qui prouve combien depuis ses

i. La faute de goût des statues sur l’acrotère n’a pas dû être imposée à de l’Orme. Elle était si bien dans sa manière qu’il la renouvela à Anet, au-dessus du portail, et aux Tournelles, sur l’arc de triomphe dédié à Henri II.

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premiers pas « messere » Philibert marchait d’accord avec les éléments ultramontains : c’est dans les ateliers franco-italiens de Fontainebleau, parmi les collaborateurs de Rosso et du Primatice qu’il choisit ses sculpteurs, François Charmoy, Pierre Bontemps, François Marchant.

Le premier eut à tailler les priants de la plateforme. Le 15 mai 1548, de l’Orme lui envoya un homme de confiance, à Orléans, pour prendre livraison des marbres, et les faire charger sur voiture à destination de Paris. Il y en avait cinq : le roi, la reine Claude, les deux dauphins François de Bretagne et Charles d’Orléans, la reine régente Louise de Savoie. Les statues n’étaient qu’ébauchées, sans doute pour les mettre à l’abri des accidents dans le transport par terre \

Pour quelles raisons Charmoy n’acheva-t-il pas le travail? nous l’ignorons. Peut-être la maladie ou toute autre cause l’empêchèrent-elles de quitter Orléans pour poursuivre son œuvre à l’hôtel d’Étampes. En tout cas, c’est François Marchant et Pierre Bontemps qui touchèrent le prix des statues du roi et de la reine Claude (1550); Pierre Bontemps tout seul, celui de la régente et des deux dauphins (1552-1559)1 2.

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