‹ Philibert de l'OrmeChapitre 59 sur 93 · Marché du 6 octobre 1552. Comptes des bâtiments, I · texte numérisé non relu

Marché du 6 octobre 1552. Comptes des bâtiments, I

2. Vitry et B ri ère, V Église abbatiale et les tombeaux de Saint-Denis , p. 147 à 151.

lotte de France, morte en 1524 à l’âge de huit ans L

Tombeau de François Ier, château de Saint- Maur, galerie Bullioud, ces trois œuvres de genres si différents, présentent cependant un trait de caractère commun : leur classicisme intransigeant, leur absence de toute concession à la mode française. L’architecte, laissé libre de ses plans, n’eut pas à faire plier sa doctrine devant la tradition ou le goût du jour, ni à la mettre à l’unisson de constructions déjà commencées. Il put présenter dans son intégrité cette architecture nouvelle, dont l’ardeur de sa jeunesse le portait à exagérer l’application rigoureuse. Après son entrée à la surintendance des bâtiments, en avril 1548, il lui faudra compter avec l’œuvre de ses devanciers, et, pour faire prévaloir ses idées, nous le verrons plus d’une fois user d’un pouvoir arbitraire et souvent injuste.

En 1548, la fièvre des grandes constructions est calmée. On poursuit les entreprises commencées, on n’en projette pas de nouvelles. Le roi, tout occupé de la duchesse de Valentinois, semble prendre plus de plaisir à faire édifier Anet qu’à augmenter le nombre des chantiers que lui a

1. Il faut sans doute faire honneur à de l’Orme du dessin du monument du cœur de François Ier à l’abbaye des Hautes- Bruyères (aujourd’hui à Saint-Denis). En tout cas il avait la direction de l’œuvre, et le paiement du sculpteur Pierre Bontemps figure sur les comptes de la sépulture de François Ier en 1556* Comptes des bâtiments , I, 329.

LES MAITRES DE L’ART

légués son père. Sous son règne, on achève, on modifie, on décore. De l’Orme ne trouve aucune création véritablement importante à mettre sur pied dans les bâtiments royaux. A Fontainebleau, où sous François Ier avait régné une activité si féconde, sa plus grande entreprise se borne à la construction ou plutôt à l'achèvement d’une salle de bal.

Le feu roi avait trouvé la galerie de Rosso trop exiguë : il avait fait abattre le bâtiment, à peine élevé depuis dix ans, qui reliait sur la cour ovale la Porte Dorée et les chapelles. A la place, Gilles le Breton avait édifié une salle de plus du double de largeur, sans que Serlio, qui se trouvait là, fût même consulté (1543). On allait commencer les voûtes, et les consoles de pierre étaient même posées, lorsque François Ier mourut.

Le surintendant trouva-t-il que la voûte projetée sur une telle envolée offrirait peu de chances de solidité? Craignit-il qu’elle ne vînt à produire un fâcheux effet en écrasant la décoration ? Voulut-il simplement affirmer le principe de son autorité et « faire un exemple »? Toujours est-il qu’il fit arrêter les travaux, sous le mauvais prétexte que des murs tout neufs, de trois mètres d’épaisseur, menaçaient ruine, et substitua un plafond plat en bois à la voûte de pierre que voulait faire le Breton. Le maître maçon n’y trouva pas son compte, mais le Primatice n’eut qu’à s’en louer pour ses peintures :

Phot. A. Giraudon.

Planche XVI.

TOMBEAU DE FRANÇOIS Ier A SAINT-DENIS

« A Fontaynebleau, dit de l’Orme, la grande salle du bal qui tomboyt n’est elle pas bien accoustrée, tant de lambris que de la chemynée et massonnerye et entrée de peintures? Je n’en parle poinct : Monsieur de Saint-Martin (le Primatice) sçait son estât1 ».

Les peintures de l’abbé de Saint-Martin ont disparu sous le pinceau des restaurateurs, mais l’œuvre de son illustre collaborateur a survécu. On peut encore admirer le plafond, la porte d’entrée sur le vestibule, les lambris décorés de pilastres et de moulures très simples mais d’un goût parfait, et surtout la grande cheminée d’ordre ionique, élevée en 1552, où, comme à Saint-Maur, les éléments architectoniques purs se substituent à la profusion et au caprice d’ornements du début du siècle. Rien de plus élégant ni de plus pur, bien que les peintures de Guillaume Rondel aient disparu, et que de lourdes colonnes doriques, imaginées sous l’Empire, aient fâcheusement remplacé les fontes du Primatice, ces superbes satyres canéphores qui, après avoir orné l’orchestre du théâtre de Pompée, étaient allés au seizième siècle prendre place dans le palais délia Valle (pl. VII).

Les autres travaux de Philibert de l’Orme à Fontainebleau sont de moindre importance. C’est un

1. Instruction, p. 54. Le marché pour la charpenterie de la salle de bal (planchers et couvertures), est du 13 juillet 1548.

pavillon pour la reine, en saillie sur le jardin de la Conciergerie et s’appuyant sur la Tour ronde (juillet 1548) L C’est, à la chapelle haute, une couverture en plomberie, un « polpitre et coulompne de marbre » — lisez tribune — d’une élégance parfaite 1 2. C’est un autel de menuiserie à Saint-Saturnin, un perron dans la cour du Cheval-Blanc avec voûtes visibles par dessous les marches rampantes en forme de vis de Saint-Gilles, mais d’un dessin encore plus difficile 3. C’est surtout le pavillon de l’Étang ou des Poêles, aménagé pour servir de résidence au roi.

Vers 1556, Henri II décida de quitter l’appartement de saint Louis, dans la Grosse Tour, et de transporter son logis sur le bord de l’étang, dans le pavillon où avait couché Charles-Quint. Il y avait là une salle décorée de stucs, comme le reste du château, sans doute par les soins de Rosso. Mais les poutres, sous les lambris, avaient fortement souffert de l’humidité. Il fallut les remplacer pour la sécurité du roi. Encore, dit de l’Orme, étaient-elles « si fort gastées, que quand il les falloit descendre, elles nepouvoient si bien tenir au cable de l’engin

1. Herbet, les Travaux de Philibert Delorme a Fontainebleau, p. 6 et suiv.

2. Architecture, fol. 300. — Instruction, p. 54. Cette tribune est encore en place, mais l’escalier a été refait par Androuet du Cerceau.

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