CHATEAU ET V ONT DE CHENONCEAUX AVANT
Thiver, et il fallut songer à trouver d’autres entrepreneurs. En juillet 1557 de l’Orme fit marché avec Claude Lenfant, de Blois, et Jacques le Blanc, de Paris, remplacé bientôt pour une raison inconnue par Jacques Chanterel, le praticien du tombeau de François Ier. Ce dernier, à son tour, ne put terminer les travaux, et à sa mort, Jean Norays ou Noirays de Beaulieu prit la direction de l’entreprise qu’il mena cette fois à bon terme. Le pont seul fut bâti, avec ses cinq arches fondées sur le roc et son pont-levis du côté de la rive gauche. La galerie à un étage, avec ses fenêtres au levant sur la rivière, ses tourelles au couchant, à l’aplomb des piles, son vaste balcon au midi, ses cheminées, ses cabinets, bref le meilleur de l’œuvre de l’abbé d’Ivry resta à l’état de projet (pl. XX).
Faut-il voir dans cet abandon du plan primitif la raison du silence de l’auteur? C’est fort possible, bien que semblable mésaventure lui fût déjà advenue pour Saint-Maur et dût encore lui arriver pour les Tuileries. Mais le fait est que de l’Orme, si prolixe d’ordinaire quand il s’agit de ses œuvres, ne dit pas un mot de ses travaux à Chenonceaux. Il s’étend au contraire complaisamment sur la toiture qu’il fit dresser pour Diane de Poitiers à son château de Limours, où l’on s’apprêtait à couvrir une salle de quatorze toises de longueur sur trente et un pieds de largeur : « Toute la charpenterie... estoit faicte et taillée à poinct de poser et mettre en
LES MAITRES DE L’ART
œuvre, et coustoit trois mille et tant de livres1 ». L’auteur des Nouvelles inventions ne perdit pas une si bonne occasion de placer son système. Sous prétexte que les poutres ne pourraient souffrir une si longue portée sans se rompre, et qu’un toit trop élevé enlèverait toute clarté à la cour du château, il fit mettre en pièces la belle charpente, employa seulement le quart du bois d’œuvre, et édifia une toiture de son goût revenant à mille livres au lieu des trois mille prévues.
Tant de travaux et de services prodigués aux intérêts de la favorite auraient dû aliéner à Philibert de l’Orme les bonnes grâces de la reine. Nous avons vu qu’il n’en fut rien, et qu’en dépit de la légende, Catherine de Médicis ne garda pas rancune à l’architecte d’Anet. Son premier soin, au contraire, en arrivant au pouvoir après la mort de François II, fut de s’attacher le grand premier rôle qu’elle avait envié, sans nul doute, si longtemps à sa rivale, et de lui confier l’exécution de ses vastes projets. Seulement, tandis que la duchesse de Valentinois s’en remettait entièrement au bon goût de l’artiste, Catherine de Médicis, moins confiante, lui imposa des plans et une direction : le maître après Dieu des maçons ne passa plus qu’après la reine.
De l’Orme — on n’en a pas assez tenu compte —