SAINT - MAUR, ACHEVÉ POUR CATHERINE DE MEDICIS
pavillons sont dédoublés sur chaque face, ce qui amoindrit les lignes et donne à l’ensemble un air absolument mesquin. Quant à la triple loggia courant d’un côté à l’autre, on l’eût mieux comprise si au lieu de donner sur la campagne, elle se fût déployée autour d’une cour intérieure 1 . »
A Chenonceaux, les agrandissements de la reine mère restèrent sur le papier. Mais il est peutêtre, cette fois, permis de le regretter. Le plan de Philibert, tel que nous l’a transmis du Cerceau, était vraiment grandiose. Exécuté, il eût donné à Catherine, dans ce site enchanteur du Cher, un palais surpassant en splendeur Chambord ou Fontainebleau. Quel château des Mille et une Nuits que ces deux ailes s’élevant à droite et à gauche, dans le lit même du fleuve, cette terrasse complétée au couchant par deux corps de logis en pendant de la chapelle et de la librairie, cette galerie à double étage recouvrant le pont sur le Cher, cette cour d’honneur entourée d’une colonnade circulaire comme la place Saint-Pierre à Rome, cette avantcour flanquée de deux ailes, et fermée au nord par un corps de logis à pavillons s’ouvrant sur l’avenue principale par un double portique à colonnades (fig. 5) 1
Ce beau projet, pas plus que l’abbaye de Thélème, pas plus que tant d’autres châteaux en Espa-
i. Palustre, Renaissance, II, p. 70.
LES MAITRES DE L’ART
gne, ne put passer du rêve à l’exécution. De l’Orme était mort depuis quatre ans lorsque la reine mère mit les maçons à Chenonceaux. De 1564 à 1570, elle occupa uniquement son architecte à la construction des Tuileries.
On a beaucoup discuté sur la part prise par Catherine aux plans de ce palais. 11 est certain qu’on ne connaîtra jamais la vérité tout entière. Cependant, dirons-nous avec M. Marius Vachon,
« quelques réserves que l’on doive faire sur l’importance de la collaboration que Philibert de l’Orme prête à sa puissante protectrice par un sentiment de flatterie excusable, il est certain que la reine mère, qui tenait de sa famille et de ses origines florentines des goûts artistiques, s’intéressa à la construction d’une manière plus assidue et plus sérieuse qu’il n’est coutume aux femmes en pareilles matières et circonstances 1 ».
Comment expliquer autrement que Catherine ait laissé écrire par son architecte, dans son épître dédicatoire : « Vous-mesme prenez la peine de protraire et esquicher les bastiments ... sans y omettre les mesures de longueurs et largeurs, avec le départiment des logis », et dans le livre luimême : « La royne mère... a voulu prendre la peine... d’ordonner le départiment de son dit palais pour le logis et lieux des salles, antichambres,