III
LES MAITRES DE L’ART
Le temps n’a pas non plus fait grâce au propre logis de Philibert, rue de la Cerisaie, n° 22. Ce n’était pas, tant s’en faut, un chef-d’œuvre de composition, mais son docte et expert auteur l’estimait « d’aussi bonne grâce et d’aussi bonne façon que d’autres édifices plus riches1. » Un simple corps de bâtiment à unique étage, surmonté d’une toiture élevée, et flanqué de deux pavillons carrés en retour, se présentait en façade du côté de la cour. Pour tout ornement une chaîne de pierre en bossages séparait les trois fenêtres du premier étage et décorait les encoignures des pavillons. Les toitures, à grandes lucarnes, étaient disposées en encorbellement. Deux portiques à arcades, surmontés d’une galerie, se faisaient vis-à-vis en prolongement des pavillons, de chaque côté de la cour.
Sur l’autre façade, du côté du jardin, s’adossait bizarrement une sorte de tour ou rotonde, entre deux galeries en avant-corps, éclairées par de larges baies à plein cintre, et formant terrasse à la hauteur du premier étage. Le rez-de-chaussée de cette rotonde servait de chapelle à l’architecte : le premier étage, voûté en pierre et grillagé, lui
I. Architecture, fol. 252 v° et 254 V0. — Berty, Grands architectes, p. 34. — Dans l’exemplaire de Ph. de l’Orme conservé à la bibliothèque de l’Institut, est intercalé un plan de la maison, dressé par Vaudoyer en 1840 (renseignement de M. Jules Guiffrey).
tenait lieu de cabinet. On pénétrait dans la maison sur le côté par des portes minuscules, moins larges de moitié que les fenêtres (pl. XXIII).
Tout cela pouvait être commode à habiter. Ce n’était pas beau. De l’Orme réservait sans doute les trésors de son architecture pour le corps d’hôtel qu’il rêvait d’élever en façade sur la rue et que la mort d’Henri II lui fit laisser à l’état de projet *.
1. Les constructions attribuées à de l’Orme sans aucune preuve sont fort nombreuses : mausolée de Montmorency à l’Oratoire; chapelle des orfèvres, rue des Orfèvres; toiture de la galerie d’Écouen ; mausolée de Langey au Mans ; grotte de Meudon ; chœur de la Ferté-Milon. En revanche on a la preuve de sa collaboration à Notre-Dame de Paris. Le 4 mai 1568, les chanoines de Notre-Dame ordonnèrent que certaines réparations à la cathédrale auraient lieu suivant le devis qui en serait dressé par de l’Orme : ujuxta memoriale per dictum dominum De l'Orme conjicienduvi ». Berty, Grands architectes , p. 35, d’après Arch. nat. LL. 258, p. 719.