‹ PhiliberteChapitre 4 sur 71 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Je démêle mon fil.

JULIE

Le fil de ta pensée?

Les premiers compliments Temmèlent en effet; Mais en très-peu de temps, tu verras, on s'y fait.

Tu veux me consoler : je ne prends pas le change. Je reconnais bien là ta chère amitié d'ange. Mais si c'était réel ce que tu prétends voir, Tu ne serais pas seule à t'en apercevoir.

JULIE

Bah! l'on te trouve laide ici de confiance ;

Tu l'étais, en effet , dans ta première enfance,

Et personne depuis ne t'observant , que moi ,

Ta laideur est passée en article de foi.

De plus je suis la seule encor dont la présence

Laisse à tes mouvements leur charme et leur aisance

Trop de timidité près des autres te nuit,

Car ta grâce ressemble à ces Belles de nuit

Que le bruyant éclat du soleil importune,

Et qui n'osent s'ouvrir qu'aux douceurs de la lune.

Mais sois un peu toi-même à la barbe des gens,

Et tu plairas bientôt même aux moins indulgents.

Merci. Pour ma laideur ta tendresse qui plaide M'adoucit en effet le chagrin d'être laide. Mais, ma sœur, le plus clair, d'après ton propre aveu, C'est que je parais gauche...

JULIE

A qui te connaît peu.

Nul ne me connaissant , excepté toi , chérie, Je reste aux yeux du monde avec ma gaucherie.

JULIE

Laisse-moi cependant finir mon plaidoyer ; Mon second argument confirme le premier.

Voyons, puisqu'il le faut.

Je sais quelqu'un qui t'aime.

Oui , toi.

JULIE

Bien plus que moi peut-être, et pas de même En tous cas.

Et quel est ce mortel surprenant ?

JULIE

Notre pauvre voisin , Raymond de Taulignan.

Lui?

JULIE

Lui. Cette nouvelle est-elle bien venue?

Est-ce qu'il te l'a dit?

JULIE

Question ingénue !

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