MORT 08 SINON DE MONTFOKT
méridionale en laveur du comte Raymond lui avait fait perdre, eut été tué d'un coup de pierre pendant l'assaut (1218), le roi de France laissa son fils faire une seconde expédition contre les Albigeois (4219). Mais quant à lui personnellement, il résista encore une fois aux sollicitations du légat du pape, qui l'engageait, par l'organe de Thibaud, comte de Champagne, à se charger de l'affaire des Albigeois : « Il ne s'oppose pas à ce projet, il se réserve le droit d'exiger, quand il le voudra, les services qui lui sont dus. Il ne veut pas se lier, parce que la trêve conclue avec le roi d'Angleterre expire dans un an, à partir de la prochaine fêle de Pâques (charte de 1218 ou 1219). »
En 1222, le résultat qu'avait peut-être prévu Phi- . lippe- Auguste, se produisit. Le successeur de Simon de Montfort, Amauri, hors d'état de soutenir avec ses seules forces le fardeau d'une lutte qui s'éternisait, songeait déjà à résigner ses droits et ses terres aux mains du prince français. Cette transmission ne put se faire du vivant de Philippe, car le vieux roi, toujours fidèle à sa politique, tout en promettant au légat Conrad, évêque de Porto, « de prendre des mesures efficaces pour extirper l'hérésie » (charte de 1223), refusa de recueillir la succession de Montfort et d'assumer une si lourde responsabilité. C'est ce qu'affirme du moins le chroniqueur Guillaume de Puy Laurens : « A ce sujet, dit-il, voici ce que disait le seigneur évêque Foulques, qui affirmait l'avoir entendu de la propre bouche du roi Philippe : t Je sais » qu'après ma mort les clercs feront tous leurs efforts î pour que mon fils Louis se mêle des affaires des Al- » bigeois ; mais comme il est de santé frêle et débile, » il ne pourra porter cette charge accablante, il mourra
* bientôt, et alors le royaume restera aux mains d'une » femme et de jeunes enfants, de sorte que les périls
* ne lui manqueront pas. » / Devons-nous récuser le témoignage de l'évêque et
ne voir dans ce propos attribué à Philippe-Auguste qu'une prophétie faite après coup? Il semble tout au moins que l'abstention du roi de France n'ait pas été aussi rigoureuse que l'insinue ici la chronique, puisque en 1224 Guillaume le Breton nous le montre envoyant un corps de 200 chevaliers et de 40000 fantassins au secours d'Amauri de Montfort, sous la conduite de l'archevêque de Bourges et du comte de la Marche. Toujours est-il qu'à sa mort, survenue le 23 juillet 4223, la transmission du comté de Toulouse à la maison de France était chose décidée dans l'esprit d'Amauri de Montfort et fut effectuée en 4224. Louis VIII, activement secondé par les efforts du clergé méridional, qui livrera le Languedoc à ce roi très chrétien, comme les évêques du vi - siècle avaient livré le Midi à l'orthodoxe Clovis, cédera, dès son avènement, aux instances de la papauté, et ira prendre possession de ces belles provinces que le traité de Meaux fera à tout jamais françaises.
Ainsi les deux grands résultats politiques du règne de Philippe-Auguste étaient obtenus : d'une part, le vaste groupe féodal constitué par la maison d'Anjou et qui avait compris tout l'ouest de la France avait cessé d'exister; d'autre part, les pays de langue d'oc s'étaient enfin ouverts à la domination des hommes du nord, et la royauté capétienne, profitant de la ruine irrémédiable des comtes de Toulouse, avait pour la première fois posé le pied sur le territoire languedocien.