CHAPITRE III
LES FÊTES DE VILLERS«-COTTERETS — LA MARQUISE DE MONTESSON. — LA MAISON DE LA DUCHESSE DE CHARTRES ET LA SOCIÉTÉ DU PALAIS I^OYAL.
Ce mariage eût des lendemains féeriques.
A peine fit*-on halte au Palais-Royal» et tout aussitôt commença une série de fétes inou-^ bliables. Ce fut d'abord un grand diner à rhôtel de Toulouse, que le duc de Penthièure n'avait point out>ert au public depuis le t)oyage du roi de Danemark en France.
De cette soirée» quelques intimes» qui assistèrent aux premières effusions du duc et de sa fille» rapportèrent un soui>enir ému. La duchesse de Chartres» oubliant son titre tout neuf de premièrit princesse du sang»
aioait t^nu» ainsi qu'elle en avait coutume, à baiser la main du duc de Penthiè\)re, le duc s'y était opposé, faisant taire ses sentiments paternels par respect pour le rang qu'occu-»
patt désormais sa fille, et il avait fallut Taffec*tueuse intervention du duc d'Orléans pour l'y décider. Cette scène, qui avait fini par des baisers et de ce douces larmes, m avait délicieusement ému le duc d'Orléans, mari trompé et débonnaire, qui n'avait connu aucune des joies de la famille. Assuré d'avoir désormais une fille très douce et affectueuse il lui voua une manière de culte, inexpérimenté et maladroit souvent, mais très profond.
Dès l'abord, il tint à marquer toute la joie qu'il éprouvait d'un tel mariage. Les fêtes données au Palais-^Royal avaient été fort simples et bien loin d'égaler celles offertes par If s Conti à risle*-Adam et par les Condé à Chantilly. Dès le mois de mai, le duc partit pour son château de Villers<*Cotterets, dans le dessein d'organiser la royale réception qu'il ré9ervait k la jeune duchesse.
Quand, par une belle apris-midi de juin, la duchesse de Chartres arriva à Villers, elle trouva pour l'accueillir une théorie de vingtquatre villageoises o^tues de blanc ou habillées de rose qui, dans tout l'éclat de leur quinze ans et houlettes en main, lui firent corti.ge. Et aussitôt sur les pelouses du château s'étalèrent les grâces apprêtées d'une fête champêtre organisée par Carmontetle, coupée de chansons puériles et tendres écrites par Monsigny sur des paroles de Collé. Il y eut le soir un dîner de cent cinquante couverts.
Le château était plein d'un bourdonnement de foule, car tout ce qui tenait au Palais-Royal avait été prié. Tel était le nombre des invités que les gentilhommes de la maison des princes durent se pourvoir de logis de fortune.
Il semblaitqu'on eût voulu épuiser d'un coup tous les plaisirs, chasses & courre, réceptions des députés envoyés par les apanages, diners de gala, bals, concerts donnés par des musiciens prêtés par le prince de Conti.Les journées devinrent trop courtes. Ce fut bien
autre chose quand \)int à Tesprit de la mar-* quisedeMontesson Tidée de jouer la comédie.
Comment trouY)er le temps des répétitions I On le trouY^a, car il ne con\)enait point che; le duc d'Orléans de ne pas souscrire aux désirs de la marquise.
Spirituelle et jolie et ayant laissé à des mains domestiques le soin d'accommoder les derniers jours d'un Y)ieux mari. Madame de Montesson tenait depuis près de trois ans auprès du duc d'Orléans un personnage particulier. Elle aidait été et demeurait le seul roman d'amour de ce gros homme, fort timide dans le commerce amoureux dès qu'il n'a\)ait point affaire à des filles. A trente ans, mince et blonde, mariée, si peu, à un mari podagre, Madame de Montesson a\)ait, par son enjouement, par une manière de grâce bon enfant qu'elle jouait en perfection, séduit le duc. Puis, doucement, elle ra\)ait arraché aux bras de M"^ Marquise, ancienne dan-seuse d'opéra qui lui a\)ait donné deux fils. M"** de Montesson a\)ait trou\)é dans l'entou*-
rage même du duc des appuis pricieux.
Madame de Puysieux, Mesdames de Beauveau et de Grammont» la présidente Séguier»
Madame de Gourgues» tout le bataillon jadis brillant de l'ancien Palais-Royal que tenait éloigné Tex-danseuse, convinrent que le duc ne pouvait faire un meilleur choix.
Puisqu'il fallait une maitresse à ce prince apoplectique que les Parisiens nommaient plaisamment la cathédrale de Reims, au moins depait*^lle avoir du monde.
Madame de Montesson était devenue la maîtresse» le duc le très humble esclave.
Charmé par deux grands yeux d'un bleu pro*^ fond» il n'avait point pris garde au menton volontaire» h ce sourire d'intelligence ironique à fleur de l^vr^^s qi|i éclairait l'ovale menu du visage de la marquise. M^idame d^ Monr tesson avait de plus grandes ambitions :
derrière son front, soqs la mousse blonde de^ chevftpx, cette idée était née, étant la maîtresse, dp devenir Tipouse. Elle en pour« snmit Ip r^^lif^tjQn dan^ Te^poir d'un pro-
chatn t>eu\)age. Au reste, comme à Villers elle se trou\)ait pour la première fois, officiellement, en présence de la duchesse de Chartres, elle s'efforçait à plaire. Tâche aisée pour une femme d'esprit averti que de séduire une princesse de dix-sept ans, mariée de la loeille^ naturellement ingénue et douce. Donc, entre uhê chasse à courre, un concert et une grande i*et)ue au camp de Verberie, où seule né suit)irent point quelques duègnes. Madame de Puysieux ou Madame de Rochambeau, et quelques grais)es personnes, Tabbé Coyer ou le docteur Tronchin, eurent lieu les premières répétitions. Foin de la fatigue 1 n'estce pas sur la scène que Madame de Montesson est particulièrement séduisante et le duc, qui ne s'était plu jusque là qu'à des farces de Collé où il tenait au naturel les rôles de paysan balourd, n'en est-il pas \>znu à s'essayer au madrigal I Le choix de la marquise, en dépit de l'opposition de M. de Pons, s'était fixé sur une comédie de Sau\)igny.
Gabrielle d'Estrées^ pièce à sous-entendus,
spectacle au moins itrange à donner à une petite fille de Henri IV.
C'est dans la fièvre des ripititions que parvint la nouvelle de la mort de M. de Montesson, et l'on eut ce spectacle {que les fêtes finirent comme si quelque invisible main en eut éteint les lampions. Chacun s'en futetVillers redevint disert, car, bien que cette mort fut pour la marauise une délivrance et un espoir, il convenait de donner au monde le spectacle d'un deui) attendri.
Le duc et la duchesse de Chartres rentrèrent au Palais-Soyal, leur maison désormais, puisque, par contrat, le duc d'Orlians leur en avait abandonné la jouissance.
Depuis l'incendie de 176$, le Palais-Royal, en partie rebâti par Contant d'Ivry et Cartaud, avait pris & peu pris l'aspect qu'il a gardé. Sous la voûte d'entrée on avait construit le grand escalier qui subsiste, desservant la partie centrale du palais. Les marches gravies, on trouvait au premier étage trois portes, commandant trois
appartements : à droite les antichambres et les pièces résert^ées au duc d'Orléans et à sa maison; à gauche l'appartement du duc de Chartres; au milieu celui de la duchesse.
Pour la maison des jeunes princes, on avait aménagé sur les côtés de la grande galerie qui régnait jusqu'à la rue de Richelieu une suite de logements. Les antichambres des valets, de la livrée, des officiers et des pages, la grande salle à manger, le salon de l'apothéose de Psyché, les pièces d'apparat que décoraient les peintures de Pierre, de de Leuse et des bas-reliefs de Coustou, pièces en glaces et à crépines d'or, demeurèrent communes. Il y eût ainsi deux maisons des princes d'Orléans, distinctes et cependant communes. Mais, durantque la jeune duchesse de Chartres s'installait, tout au bout de l'appartement du duc d'Orléans une porte s'ouvrait qui reliait le Palais-Royal à l'hôtel voisin du Plessis-Châtillon, maison discrète où Madame de Montesson cachait son récent veuvage, porte bien étroite, et par où passe-
ront les premiei^s chagrins de la du^chesse.
Pour rheurC) et achetées quelques \)oyages indispensables dans les apanages de la maison d'Orléans^ Madame de Chartres était toute à la joie de son nou\)êau foyer. Étant de goûts domestiques, elle ne tenait salon qu'autant que son rang Ty contraignait, préférant à tout apparat Tintimité, les causeries, les lectures et ces longues séances de parfilage alors à la mode qui permettent le recueillement et laissent l'esprit \)agabbnder en liberté. Elle a\)ait au reste autour d'elle quelques charmants esprits et, quand il lui plaisait, réunissait à sa maison fort nombreuse Compagnie. C'était d'abord le t)ieil escadron des dames de feu la duchesse, dont les grâces un peu surannées gardaient quelque chose dé la cour du grand roi : la marquise de Barbentane» ancienne gou\)ernante de Mademoiselle d'Orléans, à qui l'on pardonnait son ne^; rouge et son Y)erbe éclatant pour sa stricte toertu, la comtesse de Rochambeau
attachée depuis cinquante ans à U maison des enfants d'Orléans, pieuse et grat)e, la marquise de Polignac dont la \)ieillesse at)ait gardé une actit)ité remuante et qui» malicieuse» se plaisait à rire des autres et de soi» la comtesse de Montauban qui depuis un demisiècle occupait le salon du Palais-^Royal de ses distractions» de ses étonnements et depuis peu de son admiration pour son fils»
Tabbé» dont elle \)antait à chacun l'esprit et la t>ert)e enjouée. Au milieu de ces grâces fannées» le comte de Pons Saint<-Maurice»
ancien gout)erneur du duc de Chartres et premier gentilhomme de la chambre» promenait l'orgueil d'une tête jadis belle et restée t)ide» masquant sa nullité grande par de la majesté et un souci constant de l'étiquette»
digne toujours» même aux heures où la comtesse sa femme» restée jalouse après cinquante ans» se montrait le plus agress{t)e. Mais ceux-là» et l'excellent et optimiste baron de Poudens» premier maître d'hôtel du duc d'Orléans et le marquis de Barbentane» per-
sificur et caustique n'étaient point de la société intime de la duchesse. En dehors de la comtesse de Blot, sa dame d'honneur, qui bien qu'elle eût en public les allures distantes qu'elle croyait det^oir à l'éclat de sa charge, était dans le pri\)é simple et gaie, la duchesse a\)ait une compagnie plus aimable et plus jeune : c'était la Y)icontesse de Clermont- Gallerande qui, fort belle et épousée par amour, malgré les tristesses de son mariage, la déchéance de sa beauté fort épaissie, était demeurée spontanée et affectueuse, la corn-tesse de Polignac, une \)euY)e enfant, si jolie aY)ec ses airs menu^ de poupée et ses grâces puériles. Madame de Saluées enfin, ancienne dame de la duchesse au temps où elle n'était que Mademoiselle de Penthièt^re, la conseil^- 1ère et l'amie déjà ancienne. Puis tout le personnel des officiers du duc de Chartres, le spirituel comte de Thiars, qui faisait oublier sa laideur par le charme d'un esprit mous^seux, la gaité de ses petits \)ers et de ses chansons badines, le chet^alier de Durfort
dont la forte culture rendait pardonnable Temphase, le comte de Schomberg qui jadis soldat et d'une brat^oure enflammée, maintenant retiré des camps at)ait changé de passion, toujours épris, de toutes les femmes mais condamné à n'être que le confident discret des amours des autres. Peut-être Schomberg était-il pédant, Durfort exagéré, le tîicomte de Clermont fâcheux par son besoin de citer, le \)icomte de la Tour-du-Pin et le comte de Valencay plaisants qui jouaient à la ville les rôles d'amoureux du répertoire, mais comme tout ce monde était jeune, gai et heureux de \)i\)re. Et [quand la duchesse, se rappelant son enfance un peu solitaire au couvent de Montmartre, les tristesses de Thôtel de Toulouse et les pauvres joies de la petite maison de Passy où, dans la seule compagnie de Madame de Lamballe, de Marie la Folle comme l'appelait le vieux duc de Penthièvre, elle dansait d'interminables contredanses, avec l'inquiétude d'être surprise et réprimandée, sans doute songeait-elle
que la vie était belle, et qu'elle n'at)ait point fait un maut)ais rê\)e.
Élevée simplement et d'âme un peu bourgeoise^ le mariage n'avait pas été pour elle une formalité ainsi qu'il advient d'ordinaire aux princesses. Sans ajouter foi outre mesure aux témoignages qui la montrent follement éprise du duc avant leur union» il est assuré qu'elle lui fut très vite passionnément attachée. Il n'y a point de quoi surprendre. Sans être d'une beauté classique» le duc de Chartres était alors un cavalier fort aimable. Grand» bien pris» la jambe belle» un port de tête avantageux» de la douceur et de l'urbanité» il avait et garda toujours l'art de plaire. Il fut» et c'est un côté de son caractère qu'on n'a point asse; remarqué» une manière de Don Juan à qui peu de femmes ont résisté» tant il savait la manière de séduire et tout ce qu'on obtient en flattant avec art les amours-propres féminins. A l'inverse de son père» s'il aimait à traiter les filles» c'était en galant homme qui ne leur donnait dans sa
vtit qu^une heure, de l'argent et quelques baisers. Ses amis» Fit^-^James, Guéméné, Coigny, et Lau^un leur modèle» aidaient été des premiers à comprendre tout le charme qu'on peut tirer d'une petite maison écartée et discrète, où Ton est, à son gré, sans contrainte, gai, amoureux, ivrogne ou fou, mais où on Test un moment et sans rien gâcher de son esprit et de son cœur, où il semble qu'on se donne à soi-même la comé-* die, comme d'un qui jouerait un conte de l'abbé de Colibri de Cailhat)a.
Il est assuré que quelques mois à peine après son mariage, le duc de Chartres revint à ses habitudes anciennes, qu'il retrouva à la petite maison de Lau^un à Passy, h ses « folies » de Montrouge ou de Monceau ses bons compagnons de plaisir.
La duchesse, qqi s'installait dans son amour tput jeune, n'en reçut point avis. Elle vivait heureuse, tirant au contraire vanité de la tendresse du duc, aussi, comme elle était de sang royal, quelque fierté de son titre de
première princesse du sang. Une double occasion s'offrait de paraître à )a cour dans l'ictat de son rang, et ce fut avec joie qu'elle reçut, au début du printemps, l'annonce de deux mariages : celui de Mademoiselle d'OrUans aoec le duc de Bourbon, celui du Dauphin avec une archiduchesse d'Autriche.
C'est le 24 avril 1770 qu'eût lieu le mariage du duc de Bourbon et de Bathilde d'Orléans.
Ce n'était qu'un mariage blanc car le duc ayant quin^ie ans & peine, l'épousée fut, la cérémonie religieuse achevée, conduite au couvent de Panthemont pour y attendre dans l'innocence la majorité de son mari. WM. de Condé et d'OrUans avaient compté sans le jeune prince qui avec une belle audace d'amoureux franchit les murs du couvent et enleva sa femme. L'aventure parut charmante, fournit à Laujon le sujet d'une comédie, l'amoureux de quinze ans, que le public applaudit. Mais cela ne fit qu'un petit éclat car l'on n'avait déjà de curiosité que pour la
nout>elle dauphtne dont on annonçait Tarrit^ée prochaine.
A Toccasion du mariage de Marîe-Antoînette. Madame de Chartres fut appelée à tenir à la cour le rôle que lui imposait son rang de première princesse du sang. Elle fut, le i3 mai) at^ec la famille royale recet)oir à Compiègne la jeune archiduchesse et la conduisit le i5 à la Muette. Le 16, à Versailles, après le mariage et le souper royal, elle assista à la bénédiction du lit et c'est à elle que re\)int Thonneur de donner la chemise à la nouY)elle dauphine. Concerts et bals auxquels Madame de Chartres dut assister ne s'achevèrent que le 3o mai : elle partit le lendemain pour Saint-Cloud prendre quelque repos.
En dehors de soupers intimes donnés sur la terrasse du château au duc de Penthiè\)re, au comte de la Marche et à quelques convit^es choisis, la duchesse goûta à Saint-Cloud la Y)te familiale et un peu solitaire qu'elle aimait. Les ducs d'Orléans et de Chartres avaient
mille raisons pour ne pas partager cette existence calme et douce que troubla à peine» en septembre, un espoir de grossesse t)tte évanoui.
Il y a\)ait plusieurs mois qu'un conflit grandissait entre le Parlement et le roi dont l'importance ne pout)ait échapper à des esprits a\)ertis. Aux prétentions des parlementaires qui n'allaient à rien moins qu'à contrôler l'autorité royale, Louis XV at)ait répondu par un lit de justice. « Nous ne tenons notre couronne que de Dieu... Le droit de faire des lois nous appartient, h nous seul, sans dépendance et sans partage... » déclarait le roi Il eqpprimait ainsi nettement sa polonté de ne rien abdiquer, de maintenir intact le dog*^ me de Tabsolutisme royal. Choiseul, pour avoir cherché le moyen de composer avec l'opposition parlementaire, recevait de Louis XV un^ lettre d'exil. Ses amis, les princes d'Orléans, engagés plus que lui dans le parti du Parlement, étaient mandés par Louis XV qui Içur reprochait avec violence leur attitude.
De tels reproches bien loin <)Ue de ramener les princes sous l'autorité royale les jetaient plus at)ant dans l'opposition : MM. d'Orléans et de Chartres étaient des premiers à signer cette lettre d'at)ril où tous les princes du sang, à l'exception du comte de la Marche, protestaient en termes hardis contre le coup d'état de Maupeou. Ils recensaient le lendemain l'ordre de ne plus paraître à la coUr.
La duchesse de Chartres n'était point mêlée à de tels incidents. Elle était, par le crédit de Madame de Lamballe, affectueusement accueillie à Versailles, de Madame de Lamballe alors si en faiseur que Marie-Antoinette songeait à ce moment à la marier au prince de Lambesc durant que Madame Adéî:*ide, en haine de Madame du Barry, s'efforçait de ta jeter dans les bras du roi.
Ce sont en effet à la cotir les mêmes dissentiments et les mêmes luttes souterraines, où des questions d'argent se mêlent à des froissements de tsanité. Alors que Louis XV donne Loutseciennes à la fatsorite la couvre
de diamants^ qu'on aménage pour elle dans tous les châteaux royaux des appartements»
les fournisseurs de la dauphine restent impayés, quelques uns comme Tempe à demi ruinés murmurent, on doit à chacun, 35o.ooo livres au seul bijoutier Jacquin et jusqu'aux meubles du dauphin.
Madame de Chartres Y)iY)ant loin de telles agitations, en dépit de Tamabilité qu'on lui marque, ne Y)a plus à la cour ou presque.
Si elle assiste au mariage du comte de Pro-« oence, seule de sa famille, c'est qu'elle y est contrainte, d'ordre du roi. Combien elle préfère à Versailles Paris où elle se sait aimée du peuple et de la bourgeoisie, le Palais- Royal où elle règne seule désormais, le duc d'Orléans et Madame de Montesson l'ayant définitivement abandonné pour Saint- Assise et Villers-Cotterets.
Une grossesse qui n'est point cette fois illusoire se poursuit heureusement. Madame de Chartres en est aux projets, on presse la layette en comptant les jours. La duchesse
met quelque coquetterie à produire en public sa taille déjà alourdie : le 9 octobre elle suit même en Y)oiture une chasse dans la forêt de Saint-Cloud.
Brusquement dans la nuit elle est prise de douleurs. A peine a-t-on le loisir d'avertir les princes et les princesses du sang, à ti heures du matin elle met au monde une fille.
Les médecins qui l'assistent» Bordeu et Miotf ont l'adresse de dissimuler à la jeune accouchée que Tenfant est morte. La duchesse réclame sa fille» on gagne du temps sous diY)ers prétextes puis, aY)ec mille précautions^ sur le soir, on lui réY)èle enfin la Y)érité. De gros sanglots la secouent, puis elle cède aux consolations que lui prodigue Bathilde de Bourbon qui ne la quitte que lorsque la Y)iolence première de ce désespoir s'apaise, (jeudi 10 octobre 1771).
Dans la nuit le bedeau de Saint-Eustache, qui est homme sûr, Y)ient sur un ordre au Palais-Royal enlever le petit cadavre et l'en-* terre dans la cave de la paroisse. La chose
est faite aïoec tant de mystère et à 5t bas bruit que les suisses de TÉglise m&me n*^n apprennent rien.
Un si fâcheux événement ne dispensait pas des deY)oirs entiers la famille royale. Le duc d'Orléans et le duc de Chartres ayant inter--* diction de parattre à la cour, déléguèrent à M. de Pons le soin d'aviser le roi, les prin*' cesses et Madame Louise enfermée depuis dix mois au Carmel de Saint-Denis. Louis XV, bien que Vusage tooulut qu'il n'entooya que che; Taccouchée, tint, en raison des circons-^ tances, à envoyer che; le duc d'Orléans et che; le duc de Chartres qui lui en firent un remerciement écrit.
Après quelques jours, les premières larmes séchées on fut assuré que la santé de la duchesse de Chartres ne supporterait pas une trop rude atteinte. Le i*** novembre purent avoir lieu les relevailles dans la chapelle du Palais-Royal. La duchesse ayant reçu les visites publiques à l'occasion de ses couches, sortit quelques jours plus tard. Le 1 1 décem-^
bre^ comme elle paraissait en public pour la première fois, on la saluait de bravos : on Tacclamait ce même jour à la Comédie italienne où Ton donnait Zémire el Azor. Le 24, elle allait à la première de la Femme jalouse de Barthe amoureusement appuyée au bras du duc de Chartres.