‹ Philippe-Egalité et M. Chiappini: histoire d'une substitutionChapitre 7 sur 12 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE DUC DE CHARTRES ET M*"* DE MONTESSON. — VOYAGE A BELŒIL. — GROSSESSE DE LA DUCHESSE DE CHARTRES. — NAISSANCE DE M. DE VALOIS.

Au lendemain du rapprochement des princes de la maison d'Orléans et de Louis XV, les relations du duc de Chartres et de la famille royale parurent changées. Il a\?ait été jusque là accueilli par le roi a\>ec plus de bientaeil-' lance hautaine et mesurée que d'affection.

Des écarts de jeunesse où le duc a\)ait man^ que de compromettre la dignité de son rang, la légèreté de son caractère, son mariage même, des richesses trop considérables pour un prince de branche cadette, justifiaient ou expliquaient cette attitude du roi. Il

semble que Louis XV lut ait sU gré de ne s'être pas trop longtemps associé à Topposition parlementaire, danger si pressant pour l'absolutisme royal qu'il tira de l'indifférence un monarque d'ordinaire indolent et ennemi de la t)iolence.

Admis à présenter ses t>œux au roi à l'occation du nou\)el an (1773), le duc de Chartres le fit en fort bons termes, a\)ec aisance et noblesse. De ce jour, il se reprit à fréquenter Versailles très assidûment. La jeune Dauphine, et son inséparable Madame de Lamballe, lui témoignèrent, par affection pour la duchesse, de l'affabilité, le comte d'Artois cette amitié juvénile dont il était t)olontiers prodigue. Abandonnant la calme et familiale existence du Palais-Royal, la du*^ chesse de Chartres qui n'at)ait, durant la disgrâce des princes, paru à la cour que par ordre, fut de tous les bals de la Dauphine.

Elle n'y témoignait pas seulement à son ordinaire de simplicité et de bonne grâce souriante, on se plaisait à admirer en elle cette

sorte d'écUt rayonnant que met te bonheur au front de certaines femmes.

On peut douter que le duc et la duchesse de Chartres aient \>écu époque plus heureuse. Dans le temps où Taccueil du roi se faisait flatteur, où le duc recout)rait une à une les pensions dont sa maison a\>ait été un instant pri\)ée, le peuple, en sou\)entr de son essai d'indépendance, lui gardait un respect affectueux. Le sentiment de ce que chacun, un prince plus qu'aucun autre, doit à la royauté, était trop fort pour qu'on lui garda rancune d'avoir fait soumission. On peut fronder le roi, on ne résiste pas aux ordres royaux.

Distinction qui semble maintenant subtile, alors aussi nette que celle qui fait qu'on distingue aiyourd'hui les représentants du culte, dont l'indignité n'est de rien, de la religion. Et c'est ainsi que le peuple de Paris à toute occasion marquait au duc et à la duchesse son affection. Outre ce que la bient)eillance royale et une popularité qui s'affirme peuvent apporter d'orgueil heureux à l'âme d'un

prince, le duc trouvait dans la société du Palais'-Royal des sujets de joie. Ses amours at)ec Madame de Genlis at>aient pris une forme nout>elle et après les premiers orages de la passion glissaient à un sentiment de tendresse maternelle. Il aidait sacrifié à Ma-* dame de Genlis, à peu près, les vierges folles dont il aimait jadis la compagnie bruyante, et cela lui valait de la part de la duchesse un redoublement d*amour prévenant et docile.

Confiante et les yeux bandés comme toute amoureuse, la duchesse était reconnaissante d'un sacrifice qui n'en était un qu'à peine, et qu'il avait fait à une autre.

Le Palais-Royal en prend un air de joie, car entre deux voyages à Versailles, le duc et la duchesse y donnent à danser. A la cour ils sont de toutes les cérémonies et de toutes les fêtes durant le carnaval de 1773, un des plus joyeux, comme s'il eût été opportun d'y dissimuler sous des gaietés de parade les querelles et les dissentiments intimes. Point de moment, en effet où la cour ait été plus

divisée et par des partis plus pr&ts à en venir aux mains. Leduc d'Aiguillon qui a eu raison de ta faction Choiseul n'a pu désarmer la famille royale, Madame du Barry n'a vaincu ni l'hostilité affichée de ta Dauphine, ni les attaques sournoises de Mesdames. Tous assistent à la lente décrépitude du roi, dont les évanouissements et les faiblesses deviennent fréquents. Louis XV de jour en jour marque une lassitude plus grande, sinon du pouvoir, du moins du gouvernement. Que d'émois et de sujets de craintes pour la favorite et le premier ministre ! Comme s'ils cherchaient à faire illusion par leur gaieté, M. d'Aiguillon donne à danser en l'honneur de Madame du Barry qui, pour n'être point en reste, offre la comédie dans son nouvel hôtel de l'avenue de Versailles.

Ce ne sont à la cour que fites et bals, on danse che; Madame de Noailles, che; la Dauphine, che^ Madame de Provence. Bien mieux, si par hasard il n'y a ni jeu, ni comédie, ni grand appartement, ni souper des

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C'est I»l m:ill|e«reiiKe M:u-ia STK>«A cfui laif connaître riu^imiiv «pii depuis (i(i ans «usurpe s<MI nnin ,scH titi*eSfSa lt»rtuile et le nom cle français, lui fils d'un geôlier italien. C'eut cilk* <|ui a sacriiïe depuis 11 ans pimr le liien de s;i patrie. von i'evenu»son re]Mf!i et sa s^uté ; (N iitais cll«* ^:eut v:ikiu*re, on IfO^^i/y ^i/t^^t.r^^^o^i

petits cabinets, on fait partie de \>en{r à Paris, à TOpéra/où les bals font fureur, où la gaieté est extrême et les masques du dernier plaisant. Il n*est pas jusqu'à la Dauphine qui, un jeudi de février, n*y entraine le Dauphin, le comte et la comtesse de Provence. En compagnie nombreuse, le duc de Chartres et le duc de Bourbon y mènent joyeux train :

comme le domino n'est qu'un masque d'illusion, ils ont tôt fait de reconnaître la Dauphine. Il se trout)e qu'il y a bal che; la duchesse de Chartres au Palais-Royal, pourquoi n'y pas achet)er la nuit? L'idée sourirait à Marie-Antoinette, si le Dauphin timide, n'excipait de la permission limitée accordée par le roi : Sa Majesté a toléré l'Opéra, mais n'a point parlé du Palais-Royal. Sans doute est-ce simplement parce qu'elle ignorait qu'on y dansât, mais c'est à quoi ne songe peut-être pas le Dauphin. Il ne peut ignorer, en effet, que Louis XV marque depuis quelque temps au duc de Chartres la plus affectueuse bient)eillance. Le duc et le roi sont restés, à

quelques jours d'interoalle, enfermés plusieurs heures, et c'est un sujet de cont)ersation pour les courtisans. Oh ne s'explique pas la froideur de Louis XV pour le duc d'Orléans, le seul des princes qui accepte de faire sa cour à la favorite, moins encore ses entretiens amicaux at)ec le duc de Chartres, dont on connait rattachement pour M. de Choiseul, qui parle d'aller à Chanteloup, dans les premiers jours de mars. Le secret qu'agitent le roi et le duc n'en sera plus un dans quelque temps et chacun saura, ce qu'on s'était d'abord refuse à croire, que le duc d'Orléans a reçu permission d'épouser Madame de Montesson.

Ce n'est pas en Dain que le Dieux duc aura eu recours à la protection impertinente de la du Barry. « Epouse; toujours gros père, n Il épousera ; mais, de l'expresse volonté du rot, le mariage sera secret, l'épouse n'aura droit ni au nom, ni aux armes, ni entrée à la cour. C'est ce que réclamait le duc de Chartres, ce qu'a imposé le roi. La marquise ne triomphe qu'à demi : elle devra se borner

à régner à Vilters et dans te somptueuit palais, bâti pour elle à la Chaussée d'Antin, qu'un étroit couloir relie au petit hôtel voisin du duc d'Orléans. Ce mariage a été pour le duc de Chartres, en dépit de son insouciance ordinaire, un sujet de craintes et d'ennuis. Il a eu un personnage difficile à jouer, devant en dépit qu'il en eût, masquer de déférence et de politesse le parti arrêté de n'aller désor^ mais à Villers que seul, sans la duchesse, dont la droite morale répugne à tout compromis. Quel conseiller discret et aperti n'at-il pas eu en Madame de Genlis, nièce et élève de Madame de Montesson, d'esprit si souple et qui sait mieux que personne les attitudes qui conviennent et les concessions qui importent pour ne point s'aliéner la w tantfttre. w

C'est pendant la nuit du 24 avril, dans une chapelle basse de Saint-Eustache, en présence des témoins d'usage, qu'a lieu la cérémonie. Nul écho n'en est parvenu au public.

Qu'importe d'ailleurs ? Une petite chose, un

espoif qui naît et qui t)eut être a, depuis un mois, changé la oie au Palais-Royal. C'est t)ers la fin de mars qu'à des dégoûts subits et à des fatigues légères, la duchesse de Chartres a cru deviner qu'elle n'a\)ait pas en Dain fait le t)oyage de Forjges. A peine ose-t-elle y croire et il faut que la Faculté, après la saignée d'usage, affirme a\)ec force pour que le doute ne soit plus permis. Quelle joie pour elle que cet espoir de maternité prochaine, comme elle abandonne volontiers tout Doyage à la cour et toute soirée même.

Sans doute songe-t-elle a\)ec un peu d'amertume encore à un espoir pareil détruit par aventure.

La joie du duc de Chartres n'a point le même caractère d'intimité discrète^ le bonheur semble multiplier son acti\)ité. Il est assidu aux cérémonies religieuses de Versailles, et le jeudi saint, 8 a\)ril, sert les pauvres a\)ec les princes après le lacement des pieds. Surtout il a depuis deux ans un objet nout)eau d'occupation* Plus par hasard que

par dessein déterminé, il est devenu dans la franc-maçonnerie un personnage considérable. La mort du comte de Clermont l'a fait d'abord maître de ta Grande Loge, il est depuis le début de mars 1775 grand maître de toutes les loges à l'Orient de Paris et apporte à ces fonctions, pour lui à ce moment dans leur nouveauté, un ^èle extrême. Durant que M" de Chartres berce ses espoirs dans l'intimité du foyer, il est fort occupé des destinées de la maçonnerie française. Dans les jours mêmes où l'état de la duchesse ne fait plus question, du 7 au 14 avril, il préside chaque soir les réunions du Grand Orient. Il entreprend de faire des prosélytes, voire de décider le duc d'Orléans à entrer dans une des Loges dont il a le gouvernement. C'est un moyen d'action sur l'esprit faible et débonnaire du duc qu'a suggéré Madame de Genlis et qui est habile.

La duchesse dont la grossesse menace devoir être pénible, ne doit plus être une g;ène pour les amoureux et sans doute se re-

prendraient-il à réciter Us jolies litanies qu'ils égrenaient à Forges et où les n mon coeur u répondaient à « mon amour », « ma mie », si les enfants de Madame de Genlis, brusquement atteints à la fin d'aoril de la rougeole n'étaient presque aussitôt au plus bas. La comtesse s'installe à l'Arsenal et ne quitte plus le cheoet de ses enfants dont l'un, son fils, est emporté presqu'aussitôt. Bientôt elle est fort sérieusement atteinte è son tour.

Les courtisans du Palais-Royal assurent que le duc ne s'en montre pas très affecté.

Peut-être dissimule-t-il. Pourquoi, en effet, si cette absence ne lui était pas une peine solliciterait du roi k ce moment m2me, (vendredi 7 mai) l'autorisation d'aller servir dans la flotte à Toulon I Le roî refuse. Il juge que durant le temps d'une grossesse qui n'est pas sans danger il convient que te duc demeure auprès de Madame de Chartres. Le jeudi i3 mai, il accompagne Louis XV et les princes è la revue des gardes suisses et françaises & la plaine des Sablons. Lelen-

demain, il préside sans plaisir au Grand Orient, puis, à la suite d'une nouvelle démarche auprès du roi, est autorisé à aller visiter les haras royaux et l'abbaye de la Trappe.

Parti le jeudi 27, il est de retour le 29, rappelé brusquement par une crise aigiîe de goutte du duc d'Orléans. Le 3o après la messe de la Pentecôte à la chapelle de Versailles, M. de Chartres peut rendre compte au roi de son très court Doyage.

Tout le début du mois de juin est pris par les préparatifs des fêtes que \)a donner la bonne \)ille de Paris au Dauphin et à la Dauphine qui vont y faire leur entrée officielle. C'est un concours extraordinaire de monde.

On est curieux de \>oir la future reine, alors dans tout l'éclat de ses \)ingt ans. On parle a\)ec admiration de son teint éblouissant, de ses che\>eux mêlés d'or roux et d'or pâle, tous ceux qui l'on approchée affirment que son sourire est magique. M. de Brissac a raison, qui, d'un geste large embrassant la foule, dit à Marie-Antoinette : w Madame,

vous ave; là deuz-cent-mille amoureux de oous », la grande cille fait en effet à la joUe Dauphine un accueil empressi d'amoureux.

Le duc de Chartres, ainsi qu'il convient, accompagne la reine de demain, avec discrétion, peut-itre avec de l'ennui auquel de la jalousie se mile. N'est-il pas accoutumé d'Stre le roi de Paris I A peine la duchesse de Chartres peut-elle assister au grand gala de rOpira, encore l'a-t-on aoec précautions installée dans sa loge qu'un couloir relie à ses appartements.

Il semble que la oie paraisse \>ide au duc de Chartres, soudain privé de l'épouse et de la maîtresse dont la convalescence se prolonge, il revient par une pente naturelle aux plaisirs aventureux de jadis. Il retrouve ses compagnons de folies, et c'est à eux, k quelques soirées pris passées avec sa sœur la duchesse de Bourbon à la Comédie italienne, qu'il consacre les loisirs que le Grand Orient n'occupe pas. Ils sont gais, et ne répugnent point, par telle soirée chaude de

juin, à se promener à demi a\)inés dans les jardins du Palais-'Royal, interpellant les filles, chassées ThiDer précédent mais qui, comme les hirondelles, sont re\)enues une à une au printemps. En telle compagnie les goûts an** ciens re\)iennent : un jour le duc se toque de Comus le joueur de gobelets et devient son élè\)e. Soudain il est pris d'un goût pour les jardins dans le style nout)eau, à l'anglaise, et n'a point de repos qu'il n'ait transformé une partie de Monceau. Enfin, un beau soir, las peut-être de la monotonie des soupers galants, il se décide à Doyager. La permission sollicitée du roi obtenue, le duc part pour la Belgique. Il \)oyage incognito, sous le nom de comte de Valois. Seuls son ami de Fit3 James, un officier de sa maison le chevalier de Durfortetun écuyer l'accompagnent, M. de Thiars qui a du être du \>oyage demeure. Le duc part le 23 juillet pour Met; et Thionpille : le temps de passer la re\)ue de son régiment à Charle\)ille et il gagne Spa, enfin Belœil, car tel est le but réel du voyage,

t)i8iter le prince de Ligne che; lui. On admire les féeriques jardins de Belœil, on a le temps de plaire à M. de Slahremberg, au prince et à sa société.

Les nouvelles reçues du Palais-Royal ne sont pas pour attirer un mari qui n'est point amoureux, qui n'est galant avec sa femme, comme avec toutes les femmes, que par un besoin naturel de plaire et d'être aimé. La grossesse de Madame de Chartres se poursuit au milieu d'incommodités sans nombre.

Madame de Genlis enfin rétablie, redet)enue la conseillère intime de la duchesse s'en déclare et excédée ». Elle en écrit au duc. Elle ajoute que les relations avec le duc d'Orléans et Madame de Montesson, toujours délicates, se compliquent encore. La marquise a la cf fièvre rouge » au Raincy ; convient-il que la duchesse seule à Paris envoie prendre des nouvelles. N'est-il pas urgent que le duc rentre ? Il revient.

Le samedi 7 août, le duc arrive à Met^ pour coucher à l'hôtel du gouvernement,

trout)e les troupes en armes et les inspecte, il est le 10 à Paris.

Le duc ret)ient au Palais«-Royal qu'on n'a pu quitter pour Saint«-Cloud tant Madame de Chartres, bien que septembre soit brûlant, redoute tout Doyage. Au reste en ces derniers temps la duchesse s'immobilise, probablement sur les conseils de Bordeu, son médecin et de Millot, le célèbre accoucheur chargé de mettre au monde l'enfant à naître. C'est cet enfant prochain qui est désormais le sujet ordinaire des conversations et le perpétuel souci, on compte les jours avec enfantillage et con\)iction. Vi\)ra-t-il ? Que sera-t-il ? Princesse ou prince ? Prince plutôt, c'est le souhait entêté du duc. Petit M. de Valois qu'on attend, dous n'êtes pas seulement Tunique héritier des premiers princes du sang, sur t)otre tête reposera ce qui reste d'espoir aux légitimés de France.

C'est dans la soirée du mardi 5 octobre que la duchesse de Chartres éprouva les premières douleurs. En même temps qu'on man-*

dait Taccoucheur, Millot, on dépêchait des pages au duc d'Orléans, à Monsieur de Conti et aux princes de Bourbon. Le trat)ail commençait à peine quand le prince de Condé et le duc de Bourbon tinrent rejoindre le duc de PenthièDre et le duc de Chartres dans la chambre de la duchesse. A trois heures du matin on connut que l'événement était proche : trots quarts d'heure plus tard M. de Valois faisait son entrée dans le monde. Peu après le duc d'Orléans arri\)ait en grande hâte de la campagne, la duchesse de Bourbon de Chantilly, M. de Conti de l'Isle-Adam.

On se félicita, puis comme la famille d'Orléans était au complet, on passa dans le grand cabinet de l'appartement de la duchesse. C'est là que par permission expresse de M. l'Arche\)êque de Paris, datée du 7 septembre, en présence des princes et du curé de Saint- Eustache revêtu du surplis et de l'étole, on ondoya l'enfant. L'officiant était le doyen des aumôniers du duc d'Orléans, l'abbé An-dré Gautier, docteur de Sorbonnê, les té-

moins qui signèrent, des gentilshommes de la chambre du duc de Chartres, le comte d'Hunolstein et le comte de Schomberg qui tenaient Tun et l'autre par des liens d'affection au duc et à la duchesse de Chartres.

La joie du duc de Penthiè\)re fut extrême et il en témoigna par le présent royal qu'il fit à sa fille. Ce fut une parure complète, collier, girandoles, chaîne ai>ec croix, deux bracelets, bagues, diadème de fleurs et aigrette, le tout de rubis et de diamants du plus rare éclat. Il y joignit un sac à parfiler à frange d'or, enguirlandé de bobines qui a\)aient pour noyau des rouleaux d'or de 5o louis.

On reçut dans l'après-midi les en\)oyés qui apportaient les félicitations de Louis XV et des princes. Trois notaires mandés rédigèrent l'acte de notoriété, ainsi qu'il était d'usage pour les princes du sang, puis furent le pré-' senter à la signature du roi. C'est en présence des ducs et pairs, en mentionnant expressément l'absence du Parlement alors en exil, que le roi y apposa sa signature^

Ces formalités achei>ées» il coni>enait de répondre aux félicitations qui affluaient des apanages et de remercier les bonnes tailles qui ai>aient fêté par des réjouissances extraordinaires la naissance du nout>el héritier de la maison d'Orléans. Grenoble et Orléans s'étaient particulièrement distinguées. Dans cette dernière \)ille mime, on ne s'était pas borné aux re\)ues, illuminations, feux d'artifices, par quoi se marquent d'ordinaire les heureuses journées, de par décision du Corps de ville, tous les enfants paui>res nés du S au 14 avril avaient été pourvus de layettes. A Paris les plus vives acclamations s'étaient élevées au Palais-Royal dès qu'on avait aperçu le jeune duc dans les jardins, sans langes et porté dans une corbeille par sa nourrice. Par ordre du duc de Chartres, chacun fut autorisé à visiter le jeune prince, à de certaines heures, dans son appartement, sans autre formalité que de se faire inscrire che:; le suisse du Palais. La presse fut grande et une partie de la ville défila devant le ber«*

ccau avec des mines recueillies, de la curiosité mêlée de respect : un tel concours de peuple donnait aux princes d'Orléans l'assurance qu'ils étaient toujours les plus populaires des membres de la famille royale.

L'accouchement ayant été heureux» la duchesse de Chartres fut uite rétablie ; Elle put rece\)oir le curé et les marguilliers de Saint'-Eustache, paroisse du Palais-Royal, uenus pour prier le duc de Chartres et le duc de Penthièt)re d'assister au Te Deum qu'ils se proposaient de faire chanter en leur église. C'est le samedi t6 octobre qu'eût lieu la cérémonie. L'église, dont les murs disparaissaient sous des draperies blanches, était éclairée par des milliers de cierges. Une balustrade fermait la nef de manière à former, de la grille du chœur à la grande porte, une enceinte réservée aux princes. Au banc d'œuDre s'assirent le duc de Penthièvre, arrivé le premier et bien avant l'heure, et le duc de Bourbon. La duchesse de Chartres y fut

conduite pat* le ctergé qui la reçut à sa des-' cente de \)oiture pour lui donner Teau bénite. Peu après, on accueillit au parais du temple le duc d'Orléans et le duc de Chartres avec des paroles de bienvenue et la' cérémonie commença. Sur les bancs des marguilliers se pressaient les maisons des ducs d'Orléans»

de Penthièi>re, du duc et de la duchesse de Chartres, et tous les amis du PalaiS'-Royal.

Comme on chantait le Gloria, Madame de Lamballe fit son entrée qu'on remarqua à peine. Les chants de la maîtrise, alternant a\)ec les cuivres des musiques militaires, produisirent le plus saisissant effet. A la sortie et comme les carrosses se rangeaient, les tambours battirent aux champs : ce fut dans le public une acclamation unanime.

Le lendemain, à Tabbaye de Montmartre, où la duchesse avait été élevée, par les soins de Madame de Montmorency-Laval, comme s'achevait l'octave de Saint-Denis, on chanta un Te Deum qui commencé à 4 heures ne s'acheva que fort tard. Enfin, le 18, les

Petits Pères de la place des Victoires célébrèrent une messe solennelle.

La duchesse pour répondre à tant de témoignages d'affection fit les plus larges aumônes, distribua tout l'argent reçu de son père, \)ida sa bourse en charités.

Comme il con\)enait, la paroisse Saint-Eustache ne fut point oubliée et entre autres cadeaux dou^e jeunes filles paui>res reçurent en dot i .000 Ui>res chacune.

Il n'est pas jusqu'aux poètes que la naissance de M. de Valois n'ait inspirés. Quelques uns firent tenir à la duchesse leurs œui>res fort bien calligraphiées et enrubannéeSy le Mercure en inséra d'autres ; on fit même des chansons, dont l'une au moins, bien qu'asse; pauvrement rimée, témoigne d'une ingénuité charmante.

La gaieté du père, Les doux transports de la mère Fait que le grand père espère, Au plus tard dans vingt mots,

Voir naître un frère

Au duc de Valois

S'il en t>eiiait un troisième, Un quatrième, un cinquième Reçu de même Te plaindrais-tu 7 Que Dieu te tes donne L'on ne trouvera personne Qui s'étonne Qu'il couronne Ta tœrtu.

De tels témoignages d'amour, pour être ma-ladroits» n'en touchaient pas moins les hôtes du Palais-Royal car, ainsi que Técrit^ait à cette occasion Florian, alors page du duc de Penthièure et qui se cachait sous le pseudo-* nyme de Polichinelle : et ceux qui sentent le mieux souvent s'expriment le plus mal. >»

Il y avait au reste lieu de de réjouir, le jeune prince de Valois se montrait vigoureux et riant et la duchesse achevait sans encom-* bre sa convalescence. Un soir, et comme elle marchait dans l'appartement depuis quelques jours déjà, elle eût permission d'aller dans sa loge à l'Opéra. Elle connut ce jour là, le vendredi 12 novembre, aux applaudis--

scments dont on salua son entrée, de quelles sympathies Tentôuraît le public. Elle était encore trop faible pour assister au mariage du comte d'Artois dont les cérémonies commencèrent deux jours plus tard.

C'est en effet le jour même de la naissance du duc de Valois qu'ai>ait été imprimé le tableau des fêtes données à la cour. Le 14 no- \)embre, par un beau dimanche d'arrière saison, Marie-Thérèse de Sa\)oie arrii>ait à Fontainebleau. Le 16 eût lieu le mariage à Versailles, puis, le même jour, grand appartement, jeu dans la galerie et festin royal.

Le 17 on joue Isménor sur le théâtre de la cour en présence de la famille royale, le 19 il y a bal paré, le 22 bal masqué. C'eût été pour une jeune accouchée de trop dures épreut)es,

et le duc de Chartres assista seul à ces fêtes

Ce ne fut que le dimanche 12 décembre que la duchesse tout à fait rétablie, \)int à la cour rece\)otr les félicitations du roi. Ce même jour, Louis XV présentait à la comtesse d'Artois la jeune mère dont te front rayonnait.

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