‹ Philippe et Jean Baptiste de ChampaigneChapitre 14 sur 30 · Guillct de Saint-Georges · texte numérisé non relu

Guillct de Saint-Georges

2. C'est, dit-on, après avoir perdu son fils que Ph. de Champaigne, au cours d'un voyage fait à Bruxelles, peignit pour l'archiduc Léopold, en i656, un de ses tableaux les plus célèbres, Adam et Ève pleurant la mor* d'Abel, aujourd'hui au Musée de Vienne.

3. Voir l'importante communication faite au Congrès des Sociétés savantes de 1891 par M. Alphonse Goovaerts, chef de section aux Archives générales du royaume, à'Bruxelles. — Réunion des Sociétés des beaux-arts, année 1891, p. S 26-555. — Nouvelle communication en 1892.

DOCTOR PARVULORUM Quicumque ergo humiltaverit se, sicut parvulus islc, hic est major i:i regao cœlor 'J'ubleuu de Philippe de Champaigne, d'après une épreuve de la gravure de N. Fitau.

6z LES ARTISTES CELEBRES

ment estimé de ses concitoyens qu'il fut élevé par eux aux plus hautes

charges municipales, et devint même bourgmestre, c'est-à-dire maire

LE ROI SALOMON, PAR PHILIPPE DE CHAMPAIGNE. » C'est Diev mesme qvi parle, et ce Prince est sa langve. » D'après une épreuve de la gravure de G. Edelinck.

de la ville de Bruxelles. Jean-Baptiste avait à peine treize ans lorsque son oncle, informé sans doute de ses heureuses dispositions pour

LA MADELEINE, PAR PHILIPPE DE CHAMPAIGNE. Remitlunlur ci peccata milita quoniam dilexit multum. D'après une épreuve de la gravure de N. de Plate-Montaigne (i65i|.

les arts du dessin, le fit venir à Paris, en 1644, et l'associa aux études de son fils Claude. A la mort de ce dernier, Philippe adopta son neveu, seul héritier de son nom ; Jean-Baptiste se fit naturaliser français en 1 6 5 5 et devint l'enfant chéri, le disciple, bientôt môme le collaborateur du grand maître.

En 1 658, à l'âge de vingt-sept ans, il fit un voyage en Italie, et le fait est curieux à noter ; il tendrait à prouver que Philippe de Champaigne regrettait de n'avoir pu faire ce voyage au temps de sa jeunesse, et comprenait que le talent d'un grand artiste doit nécessairement s'alimenter à la flamme pure de l'antiquité classique. Ce voyage fut pourtant d'assez courte durée; Jean-Baptiste était de retour en 1 6 5 g, et c'est probablement à sa considération, pour le lancer, comme on dirait aujourd'hui, que l'ancien décorateur du Luxembourg et du Palais-Royal accepta de peindre les appartements de Louis XIV au château de Vincennes. Il avait terminé depuis quelque temps déjà les travaux qu'il exécutait dans les appartements d'Anne d'Autriche au Val-de-Grâce ; le règlement de ces travaux est en effet du Ier septembre 1657 et l'on sait qu'au xviie siècle la cour ne se hâtait pas de payer les gens qu'elle faisait travailler.

La décoration du Val-de-Grâce était exclusivement religieuse et en harmonie parfaite avec les sentiments de la reine mère comme avec ceux du peintre. C'étaient des scènes de la vie de saint Benoît, des portraits plus ou moins authentiques d'impératrices et de reines saintes. Il n'en pouvait être de même au château de Vincennes, car il s'agissait de décorer les appartements d'un jeune prince de vingt et un ans, qui ne témoignait pas un goût très vif pour la peinture sévère. Philippe de Champaigne accepta néanmoins, sauf à poser sans doute ses conditions, à stipuler, par exemple, qu'il n'aurait pas à peindre des Vénus, des Adonis ou des Grâces, enfin qu'il ne représenterait pas non plus des personnages trop peu vêtus. Il fit, en effet, comme autrefois au Palais- Cardinal, de l'histoire allégorique; il représenta différentes scènes de la paix des Pyrénées, conclue cette année-là, et sans doute on voyait sur

1. Jal, Dictionnaire critique, article Champaigne. Il ne reste absolument rien de ces peintures; l'appartement est occupé aujourd'hui par les bureaux de l'officier principal. Je crois reconnaître une des scènes de la vie de saint Benoît dans le beau tableau qui est actuellement dans une petite chapelle, à gauche du sanctuaire, et qui représente le saint en prière, les mains levées au ciel. Il existe au Musée de Versailles des copies de ces différents tableaux.

D'après une épreuve de la gravure de N. de Plate-Montaigne, reproduisant la peinture de Philippe de Champaigne. ÉCOLE FLAMANDE. — PEINTRES. PHILIPPE ET JEAN-BAPTISTE DE CHAMPAIGNE — 5

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la toile ce que La Fontaine aimait encore à se figurer trente-cinq ans plus tard.

Je m'imagine voir avec Louis le Grand Philippe quatre qui s'avance Dans l'île de la Conférence

Les travaux furent conduits avec une très grande activité, car Louis XIV n'aimait pas beaucoup à attendre ; aussi Champaigne dut-il s'associer un grand nombre de « compagnons » qui travaillèrent sous ses ordres et d'après ses dessins ; il fut à vrai dire l'entrepreneur des ouvrages de peinture et de décoration artistiques du château de Vincannes. Tout était fini moins de deux ans après le commencement des travaux, et Philippe de Champaigne, après avoir dressé tous ses mémoires, ses « parties » comme l'on disait alors, écrivit à Colbert, en 1 66 1 , pour tâcher d'en obtenir le prompt règlement. On conserve à la Bibliothèque Nationale les deux lettres autographes qu'il écrivit en cette circonstance ; elles méritent d'être reproduites intégralement, avec l'orthographe du manuscrit, car elles sont fort curieuses à tous les points de vue. Elles font assez bien connaître leur auteur, un Flamand qui, après trente ans de séjour à Paris, et même à la cour, écrivait un français si particulier et si peu correct. Elles montrent en outre, et ceci est plus important, dans quelles conditions d'infériorité, de domesticité même, se trouvaient alors vis-à-vis des ministres et de leurs commis les plus grands artistes comme les plus admirables écrivains, Philippe de Champaigne comme Jean-Baptiste Poquelin de Molière ou Pierre Corneille.

« A Paris, ce premier may 1 66 1 .

« Monsieur, nous auons entièrement acheué Touvraige des peintures et dorures, que vous m'auez faict L'honneur de me commander, dedans le département du Roy à Vincenne, qui montent ensamblement à la somme de 35,238 liures io soulz. Surquoy nous auons resu 19,000 liures. Je vous suplie très humblement de m'ordonner quelque somme pour m'aider a satisfaire mes gens qui me pressent fort, en attendant mes parties, que j'ay dressé, seront arrestées. Je vous prie de me pardonner la liberté que je prends de vous escrire, mais la nécessité mi contrint,

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