‹ Philippe et Jean Baptiste de ChampaigneChapitre 19 sur 30 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dernières anne'es de Philippe et de Jean-Baptiste de Champaigne (1668-1674-1681).

Philippe de Champaigne e'tait d'une complexion robuste, et la régularité de sa vie contribuait à lui assurer une santé parfaite; c'est ce qui explique l'extrême fécondité de son pinceau durant l'âge viril. Mais vers 1668, au moment même où, à l'exemple de Nicolas Poussin et de tant d'autres, il fit son propre portrait, la vieillesse commençait à s'appesantir sur lui. Il avait alors soixante-six ans. Contemplons au Louvre cette admirable peinture : l'intelligence subsiste tout entière et le regard est plein de feu, mais la chevelure est grisonnante, et l'on peut être sûr que vingt ans avant Bossuet, Philippe de Champaigne se sentit « averti par ces cheveux blancs du compte qu'il aurait à rendre ». Il avait alors la consolation de savoir sa fille au comble de la joie, car la paix religieuse avait été rendue à Port-Royal par le pape Clément IX; il vivait en parfaite intelligence avec son neveu et avec sa nièce, dont le seul chagrin était alors de n'avoir point d'enfants; il avait acquis par son travail une véritable aisance; il pouvait donc s'appliquer à lui-même la devise qui se lit au bas de l'une de ses plus belles œuvres, au bas du portrait de Robert Arnauld d'Andilly : Quam dulci senet quiete! (Combien est doux le repos de sa vieillesse !)

Philippe de Champaigne, qui fut toujours, au dire de ceux qui l'avaient connu, le désintéressement même, renonça d'assez bonne heure aux commandes officielles et aux décorations de palais; on ne voit pas qu'il ait travaillé à Versailles. Il cessa également de faire des paysages, et l'on citerait de lui bien peu de portraits postérieurs à 1668. Mais il continuait à peindre, pour son édification et pour celle des autres, des sujets religieux; il dessinait pour les libraires de beaux fron-

Page 1