Il est aujourd'hui au Musée de Versailles
vendent a Parts au ^auxtoury ^Jâiâct germain rue du vieux colombier clicz^ led/^sUorirt.
PORTRAIT DU MARQUIS DE V1LLER0Y, MARECHAL DE FRANCE, PAR PHILIPPE DE CHAMPAIGNE.
D'après une épreuve de la gravure de Moiin, tirée de la Collection de M. Henry Lacroix.
genoux. » Science et conscience, recherche des documents qui permettent d'arriver à la ve'rité, habileté merveilleuse à vaincre les difficultés, telles semblent avoir été à cette époque, c'est-à-dire entre les années i63o et 1642, les qualités dominantes de Philippe de Champaigne. Il eut encore à en faire preuve, dans ce même Palais-Cardinal, quand il fallut décorer la chapelle, l'oratoire que Richelieu voulut y édifier, sans doute pour servir de pendant à ses deux sailes de spectacle. La décoration devait comporter un certain nombre de tableaux relatant différentes scènes de la vie de la Vierge et quelques-uns de ses attributs; les peintres qui en furent chargés et qui entrèrent ainsi en lutte furent Philippe de Champaigne, Simon Vouet, Sébastien Bourdon, Jacques Stella, Lahire, Corneille, Dorigny et Pacrson. Les avis étaient partagés sur le mérite de ces différents artistes, on semblait donner la palme à la Fuite en Egypte de Sébastien Bourdon.
Richelieu ne cessa jamais de préférer Philippe de Champaigne aux autres peintres qu'il employait, et c'est en vertu de ses ordres que l'église de la Sorbonne, commencée en 1 6 3 5 et terminée seulement en 1 653, onze ans après la mort du tout-puissant ministre, fut ornée dans sa partie supérieure de médaillons dus au pinceau du maître.
Une suite de travaux aussi considérables devait absorber tous les instants de Philippe de Champaigne, et l'on a peine à comprendre qu'il ait pu y suffire, même en se faisant aider, à l'exemple de Rubens, de Poussin, de Lesueur, de Le Brun et de tous les grands artistes d'alors. C'est pourtant à dater de i63o qu'il commença cette longue série de portraits qui ont trompé la postérité sur la nature même de son génie. Nous ne sommes plus à même de juger ce que pouvaient être ses compositions allégoriques du Luxembourg, du château de Richelieu et du Palais-Royal ou ses peintures religieuses des Carmélites, puisque les unes et les autres ont péri sans pouvoir être popularisées par la gravure. Ses portraits, au contraire, subsistent en grand nombre dans les musées ou dans les collections particulières; ils ont été gravés dès le xvne siècle par des artistes de premier ordre, et l'on s'imagine volontiers que Philippe de Champaigne fut avant tout un peintre de portraits. C'est le contraire qui est vrai. Nous avons vu qu'il avait commencé comme Nicolas Poussin par faire des paysages; puis il se consacra durant douze ou quinze ans à la grande peinture décorative, et c'est incidemment qu'il se vit pour ainsi dire contraint de faire des portraits.
PO H TRAIT DE HENRI D'ORLEANS, DUC DE LONGL'EVILLE, PAR PHILIPPE DE CHAMPAIGNE.
D'après une épreuve de la gravure de Nanteuil, tirée de la Collection de M. Bouillon
PORTRAIT D'AMADOU JEAN-BAPTISTE DE VIGNE ROT, ABBÉ DE RICHELIEU, PAR PHILIPPE DE CHAMPAIGNE.
D'après une gravure de Morin, tirée de la Collection de M. Bouillon.
LES JUMEAUX DE THOMASSIN DE SAINT-PAUL, PAR PHI LIPPE DE CHAMPAIGNE. Réduction d'une lithographie. — (Cabinet de M. !e marquis de Valori.)
3o LES ARTISTES CÉLÈBRES
Le Vœu de Louis XIII, la Cérémonie de l'Ordre du Saint-Esprit, et quelques autres tableaux votifs du même genre, enfin les différentes compositions de la Galerie des grands hommes au Palais-Cardinal avaient exigé un certain nombre de portraits. Champaigne en avait reproduit, en les modifiant plus ou moins, d'après des maîtres tels que Raphaël, Porbus et Van Dyck; il en avait exécuté d'après nature, et l'on avait pu admirer la sûreté de son coup d'œil, la fidélité de son pinceau, la perfection avec laquelle il savait rendre l'expression toujours fugitive d'un visage, l'art inimitable qui lui permettait de traiter les détails sans jamais sacrifier l'ensemble. Faut-il donc s'étonner si on lui demanda de tous côtés des portraits, si les rois, les princes du sang, les ministres, les maréchaux, les prélats, les artistes mêmes, ses confrères, posèrent tour à tour devant lui ? Nous possédons ainsi une foule de portraits plus beaux les uns que les autres, dont il serait impossible de dresser la liste complète. Contentons-nous de citer quelques-uns des principaux, de ceux que Champaigne a faits surtout dans cette première partie de sa vie, durant le règne de Louis XI 1 1. C'est d'abord le portrait de Marie de Médicis, qui se trouve aujourd'hui, dit-on, dans une collection particulière au château d'Azay-le-Rideau ; puis le beau portrait qui représente si bien Louis XIII, le monarque ennuyé; puis le portrait de Richelieu, propriété de Msr le duc d'Aumale, et le portrait de Richelieu mort, conservé dans une collection particulière; puis les portraits de Henriette d'Angleterre et de si fille (collection Duboulay), du maréchal de l'Hôpital, de Turenne (Musée de Besançon), de Fouquet, du chancelier Séguier, de Michel Le Tellier, et d'une infinité d'autres1, sans oublier les portraits dont on peut voir ici même la reproduction d'après d'anciennes gravures, ceux de Bouthillier, archevêque de Tours; du président de Mesmes (collection La Caze, au Louvre2), du comte d'Harcourt, de Paul de Gondi, alors simple coadjuteur; des marquis de Gesvres et de Villeroy, du duc de Longueville, de l'abbé de Richelieu, du ministre Servien, de Colbert, de MM. de Montaiguillon et de la Milletière, du peintre Vleughels, de l'architecte Lemercier, du libraire
1. M. Delcurrou, premier président de la cour de Bordeaux, a bien voulu nous communiquer un beau portrait de Michel Le Tellier, qui fait partie de sa collection; on peut le voir reproduit ici même d'après une photographie, et il est inte'ressant de le comparer avec les gravures qui en avaient été faites au xvn" siècle.
2. Ce beau portrait est signé Ph. de Champaigne, et porte la date de 1 653.
LES CHAMPAIGNE 3i Antoine Vitré et les portraits de ces deux enfants qui se donnent la main. On possède, en outre, les portraits d'une foule de personnages inconnus1, entre autres celui de la « femme pâle » qui est au Louvre et dont le visiteur a tant de peine à détacher ses regards 2. Philippe de Champaigne, peintre du roi, fit d'ailleurs assez rarement des portraits de femmes, — nous parlerons plus tard de ses portraits de religieuses; — et l'on peut se demander pourquoi il en fut ainsi. Peut-être la touche de son pinceau était-elle trop mâle; peut-être aussi avait-il des préoccupations d'un autre genre, car il était fort scrupuleux, même à cette époque de sa vie. On raconte qu'il ne voulait jamais toucher à ses toiles les jours fériés, et qu'il refusa de finir un dimanche le portrait d'une jeune fille qui entrait au couvent le lundi. Les peintures allégoriques qu'il fit dans les palais étaient toujours drapées, et nous pouvons croire que cette sévérité de son pinceau l'empêcha de représenter dans tout leur éclat, c'est-à-dire avec fort peu de draperies, les reines, les princesses, les divinités de la cour. Bien avant Hippolyte Flandrin, Philippe de Champaigne aurait pu être appelé le peintre des honnêtes femmes; il allait même plus loin, car il ne voulait pas, semble-t-il, sacrifier aux exigences de la mode et accorder, par exemple, une gorge et des épaules même aux femmes les plus honnêtes. Ceci nous amène tout naturellement à considérer Philippe de Champaigne sous un autre point de vue, c'est-à-dire à étudier brièvement ses rapports avec les religieuses et les Messieurs de Port-Royal.
1. M. Stein, dans son importante communication au Congrès de 1891, a donné une nomenclature aussi complète que possible des portraits peints par Philippe de Champaigne.
2. Au Louvre sont également les portraits de Mansard et de Perrault peints en 1 656 ; le beau portrait d'un homme qui feuillette un livre (n° 1940 du Catalogue; il est daté de 1648); le portrait d'une petite fille qui tient un oiseau de proie sur son poing, le portrait de Philippe de Champaigne lui-même, fait en 1 668, et le portrait n" 19J9. Si l'on en croit le catalogue, ce serait l'image de Robert Arnauld d'Andilly mais elle ne ressemble nullement aux autres portraits authentiques du même person nage, notamment à celui qu'on peut voir reproduit ici même.