‹ Philippe le BelChapitre 101 sur 242 · LIVRE TROISIEME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. CHAPITRE I

que, dans cette lutte suprême entre les agents de la royauté et le chef de l'Église, c'était le chef de l'Église qui devait déployer le plus de noblesse, de courage et de dignité. En effet, en voyant ses agresseurs prêts à se livrer à toutes les violences sur sa personne, il se revêtit de ses habits pontificaux, ceignit la tiare et s assit sur son trône, attendant Tennemi, comme autrefois les vieillards romains, sur leurs chaises curules, avaient attendu, immobiles, l'arrivée des Gaulois. Ce fut un spectacle digne des plus beaux jours de l'Église que celui de ce vieux pape, armé seulement des insignes de son autorité, offrant, comme il le dit luimême, t sa tête et son cou » à ses agresseurs, et subissant les derniers outrages avec la plus admirable patience. Sciarra Colonna voulut le frapper au visage de son gantelet de fer; il paraît queNogaret l'empêcha de se livrer à cette voie de fait, et voulut même s'en faire un mérite auprès du pape. Mais Boniface le repoussa avec un geste d'indignation en s'écriant, par allusion à la secte de sa famille : « Retire-toi, patarin, et laisse-moi le bonheur de souffrir pour la cause de r Église t »

On connaît la fin de ce triste épisode : Boniface fut fait prisonnier, retenu sous les verroux, puis rendu à la liberté par le peuple, qui, honteux de ne l'avoir pas défendu, voulut au moins lui témoigner son respect et son dévouement. Quant à Nogaret et à ceux qui lui avaient prêté main-forte, ils furent obligés de fuir devant une troupe de -cavaliers venus de Rome pour balayer jusqu'aux dernières traces de leurs pas. Enfin, le malheureux pape survécut seulement quelques jours à cette terrible épreuve, qui le punit peutêtre d'une ambition excessive, mais qui, en définitive.

lai laisse une renommée d'énergie, de courage et de véritable grandeur que rien ne pourra lui enlever.

Le résultat de cette lutte de Philippe le Bel contre Boniface VIII fut, sans contredit, le premier triomphe de la royauté sur les prétentions dominatrices da Saint-siége et le point de départ de tous les progrès faits jusqu'à nos jours par le pouvoir temporel au détriment du pouvoir spirituel. Ce résultat mérite-t-il tous les éloges et tous les applaudissements qui lui ont été prodigués? Nous ne le croyons pas. Pour l'apprécier avec impartialité, il faut reconnaître avant tout ses avantages et ses inconvénients : ses avantages résultent, sans aucun doute, de la délimitation bien tranchée qu'il a mise entre les prérogatives réciproques des puissances rivales; ses inconvénients se font malheureusement trop sentir dans Tabus que le pouvoir temporel n'a presque pas cessé de faire, surtout dans nos temps de révolution, contre le pouvoir spirituel, d'une victoire qu'il a due peut-être à la force de ses armes, mais que la faiblesse de son adversaire et l'indifférence du plus grand nombre, en matière religieuse, l'ont incontestablement aidé à remporter.

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