CHAPITRE II
LE CLERGÉ ET L* INQU ISITION
Une chose digne de remarque, c est le rôle différent des diverses corporations du clergé de France dans le triste épisode des démêlés de Philippe le Bel avec le pape. Presque toujours le clergé régulier, c'est-à-dire Tordre des moines, se rangea exclusivement sous la bannière du souverain pontife; et le clergé séculier, c'esl-à-dire Tordre des évéques et des prêtres, se montra plus disposé à appuyer ou à servir les mesures prises ou projetées par le roi. C'est ainsi, par exemple, que, lors des discussions relatives aux impôts à prélever sur les clercs et les églises, les évéques furent les premiers à solliciter le pape de faire une concession à l'autorité royale, en accordant le décime demandé par le roi, tandis que les moines de Cîteaux prolestèrent énergiquement contre les exigences du pouvoir temporel et la faiblesse des chefs du pouvoir spirituel, qui conseillaient une pareille concession.
Cette différence de conduite avait pour origine d'anciennes prétentions d'indépendance, élevées par les évéques contre le saint-siége et par les moines contre les évéques. Pour obtenir cette indépendance
et s'affranchir de la direction épiscopale, les membres des communautés s'étaient mis sous la tutelle exclusive du saint-siége, et les évéques, jaloux de conserver la haute administration de leurs diocèses et d'échapper à la surveillance du pape, s'étaient abrités près du trône et avaient promis au roi leur concours en échange de sa protection. Une telle manière d'agir pouvait avoir quelque succès à une époque où les pouvoirs, encore mal assis, luttaient mutuellement pour une prépondérance réciproque et montraient, de part et d'autre, une force à peu près égale. Mais lorsque la royauté commença à rester victorieuse de toutes les influences qu'elle avait successivement combattues, lorsque le régime féodal fut obligé de se soumettre aux exigences de l'unité de pouvoir et de gouvernement, lorsque, enfin, Philippe le Bel monta sur le trône et y fit asseoir près de lui le despotisme royal, le clergé commença à comprendre que toute résistance serait vaine contre un tel souverain; et si quelques protestations se produisirent encore à des intervalles éloignés, le roi ne tarda pas à en faire justice et à montrer à tous qu'il ne reculerait devant rien pour tout dominer.
Sous Philippe le Bel, le clergé était à peu près constitué de la même manière qu'il l'a été par la suite. Le clergé séculier se composait de sous-diacres, de diacres, de prêtres, d'évêques et d'archevêques, ou métropolitains. C'était une hiérarchie complète, que nous pouvons nous représenter facilement par celle qui existe encore de nos jours. Les simples desservants avaient pour chef immédiat un prêtre supérieur, ou archiprêtre, ayant sous sa juridiction un certain nombre de paroisses rurales. Une réunion de plusieurs