LIVRE TROISIEME. CHAPITRE II
paroisses supérieures composait un diocèse, à* la télé duquel siégeait l'évéque, et une réunion de plusieurs évéchés, concordant généralement avec la province politique, formait la province ecclésiastique, ou métropole, gouvernée par Tarchevéque, ou métropolitain. Le clergé régulier, c'est-à-dire celui qui était soumis aux règles du cloître, se composai t. des moines des diverses communautés religieuses, dont le nombre, depuis les premiers siècles du christianisme, s'était toujours accru, et dont le treizième siècle en particulier venait de voir, au moment où Philippe le Bel monta sur le trône, le plus complet développement. Les dominicains, les franciscains, les cisterciens, les bernardins, et bien d'autres encore qu'il serait trop long d'énumérer, formaient une milice compacte et redoutable. Livrés à la prière, à la méditation, à tous les travaux de l'esprit et du corps, principalement à l'agriculture et au défrichement des terres, les membres de ces communautés acquirent une influence toujours croissante, non-seulement sur le peuple, qu'ils assistaient dans ses souff'rances et qu'ils enseignaient par leurs prédications, mais encore sur toute l'Église, qu'ils défendaient contre l'envahissement des hérésies et qu'ils consolidaient par le salutaire appui de leur popularité.
Ces deux clergés, séparés l'un de l'autre par des institutions différentes, avaient une puissance à peu près égale, des privilèges nombreux et des richesses devenues de siècle en siècle si considérables, que les rois et les peuples même, qui avaient tant contribué à leur accroissement, finirent par en être jaloux.
Les rapports incessants que le clergé séculier entretenait avec les familles avaient produit ce résultat. Ses
biens provenaient de sources diverses : les ans se composaienl des donations d'immeubles, s'accroissant chaque jour par la piété et la générosité des fidèles; les autres résultaient des offrandes en argent ou en nature faites dans les églises, soit pendant les offices publics, soit à la suite d une visite de dévotion, soit en exécution d'un vœu pour l'obtention de quelque grâce ou de quelque faveur spéciale; enfin, une partie importante des revenus ecclésiastiques était la dime, qui ne commença à s'établir définitivement qu'au huitième siècle, mais qui, plus tard, devint une source principale de fortune pour le clergé séculier. On sait que la dtme ecclésiastique consistait dans un impôt du dixième des revenus, levé sur les fidèles possesseurs de biens, en vue de pourvoir aux frais du culte et à l'entretien des églises. C'était l'institution hébraïque de la consécration à Dieu et à ses lévites du dixième des fruits de la terre, que les conciles avaient fini par faire adopter pour le culte chrétien. Il y avait la dîme réelle, qui se percevait sur les récoltes, la dime personnelle^ qui s'imposait sur les salaires et l'industrie, et la dtme mixte, que l'on prélevait sur la provenance des bergeries et des bassescours. Puis on distinguait d'autres dîmes particulières, recevant diverses qualifications, selon leur mode de perception, la nature des biens auxquels on les appliquait et l'époque de leur échéance. Tous ces revenus étaient soumis à l'administration des évéques, qui étaient chargés de les répartir selon les convenances et d'après leur libre appréciation.
Le clergé régulier ne prenait pas moins de part aux libéralités des fidèles que le clergé séculier. Nos temps modernes portent encore les traces des magnifiques