LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II
France, puis ea Espagne, où elle trouva surtout faVeur et protection.
Les évêques, à qui était confiée dans chaque diocèse la garde de l'intégrité de la foi chrétienne, avaient naturellement tout pouvoir pour rechercher, juger et punir les hérésies qui Sb produisaient. Lorsque Tordre des Frères-Prôcheurs fut fondé par saint Dominique, en 1215, ce fut à lui qu'en 1233, le pape Grégoire IX, conjointement avec les officialités, confia exclusivement la charge de la punition des hérétiques. C'est ainsi qu'au milieu du treizième siècle, on vit s'élever, principalement dans le midi de la France et sous l'influence des dominicains, des tribunaux spécialement destinés à connaître des faits d'hérésie, de judaïsme, de maléfices et de sorcellerie, qui, en ces temps de superstitions, se multipliaient à l'infini. Ce fut aussi cet ordre, ressuscité de nos jours par la voix paissante d'un de nos princes de la chaire chrétienne, qui, sous le nom de grands inquisiteurs, fournit à l'Inquisition ses chefs les plus illustres.
Les peines prononcées contre les individus reconnus coupables d'hérésie ou de tout autre crime touchant à l'intégrité de la foi, étaient plus ou moins sévères, selon la gravité du fait. C'était tantôt l'amende, tantôt la pénitence, tantôt la prison et tantôt le bûcher. Cette dernière peine était surtout réservée aux chefs d'hérésie : après la condamnation prononcée, le patient était livré au pouvoir séculier, conduit au supplice, revêtu d'une robe jaune, et brûlé sur la place publique en présence de la multitude, qui devait s'agenouiller devant un tel acte de foi. La pénitence consistait dans l'amende honorable ou réparation que devaient faire publiquement, à la porte de l'égliàe,
à genoux, la corde au cou, un cierge à la main, et escorlés du bourreau, tous ceux qui y avaient été condamnés par le Saint-Office pour faits de sa compétence. La prison avait pour conséquence principale la privation de la liberté, mais était entourée de peines accessoires résultant soit de Thumidité et de l'obscurité des cachots, soit de la pesanteur et de la complication des chaînes, qui en faisaient un objet d'horreur.
Cependant il est certain qu'on a singulièrement exagéré certains détails de cette peine, déjà si terrible par elle-même. De ce que les prisons de l'Inquisition s'appelaient murs, et de ce que Ton condamnait les coupables à être emmvrés.^ on a conclu que ces malheureux étaient enfermés vivants dans l'épaisseur d'une muraille, où on les laissait mourir oubliés.
Il est aujourd'hui démontré que cette exagération n'avait d'autre base qu'un déplorable jeu de mots, et que l'Inquisition, tout en demeurant responsable de certains excès de pénalité, n'a pas à se reprocher celui dont il vient d'être question.
Il ne faudrait pas non plus attribuer à l'Inquisition seule les excès dont on s'est trop souvent plu à la charger exclusivement. Le pouvoir laïque doit avoir aussi sa part des sévérités de l'histoire sur ce point, car il ne se faisait pas faute de poursuivre de son côté les hérétiques, dont les biens lui appartenaient d'ailleurs, à titre de confiscation. Les évêques faisaient aussi, concurremment avec les frères prêcheurs, là police des consciences, et Ton a la preuve, par un registre conservé à la Bibliothèque impériale, que l'évêque d'Albi, spécialement, prenait le titre d'in-