LIVRE TROISIEME. CHAPITRE III
•c aussi grande,, aussi noble, aussi illustre que € toi? »
Cette bulle fut suivie de plusieurs autres, prononçant Tabsolulion de tous ceux qu'avaient frappés les condamnations de Boniface, c'est-à-dire des membres des universités qui avaient pris parti. pour le roi et avaient soutenu les privilèges de TÉglise gallicane, ainsi que des prélats, docteurs, supérieurs, théologiens, canonistes, religieux et autres, qui s'étaient rendus coupables d'insoumission envers le saint-siége en ne se rendant pas à Rome, où ils avaient été appelés par le souverain pontife pour la réunion du concile. Enfin, comme dernière preuve de son vif désir d'amener entre les deux pouvoirs une réconciliation générale, Benoit XI publia une bulle spéciale par laquelle il déclarait révoquées toutes les sentences prononcées par son prédécesseur contre la famille Golonna, dont les membres principaux s'étaient rendus coupables de propos diffamatoires et même de voies de fait envers la personne du souverain pontife, et qu'il rétablit dans tous les droits et privilèges qu'elle avait perdus par suite des condamnations de Boniface. Tous ces actes de bienveillance et de pardon n'eurent malheureusement pas les bons résultats que le nouveau pape en avait attendus. Philippe le Bel conservait tous ses-ressentiments contre la mémoire de son ancien rival, et ne vit dans les faveurs de Benoît XI qu'une cause d'humiliation pour lui et pour tous ceux qu'elles devaient atteindre. Il était de ceux pour qui le mot de pardon devient une injure, et qui ne comprennent pas qu'un différend de la nature de celui qu'il avait eu avec le pontife décédé puisse se terminer autrement que par une victoire éclatante et déci-
sive. Non content d'avoir fait souffleter son ennemi vivant, ii voulait le poursuivre et le souffleter encore dans sa tombe. Jouant sur le nom de celui contre lequel il s'acharnait avec une telle violence, il répandit en France, sous le titre de Vie et mort du pape JUaleface^ un pamphlet plein de nouveaux outrages contre Boniface VIII, que le pamphlétaire anonyme représentait comme une sorte de suppôt de Tenfer, ayant eu pendant sa longue vie des communications incessantes avec les démons, les sorciers et autres compagnons du malin esprit. Enfin, il envoya à Rome une ambassade composée de ses conseillers les plus intimes, à la tête desquels il eut encore la singulière audace de placer Nogaret, Tinsulteur officiel de la papauté, afin de demander à Benoit XI la réunion prochaine d'un concile et la condamnation de Boniface, comme hérétique et comme coupable d'abus de pouvoir envers le roi et le royaume de France.
Une telle audace devait mettre un terme aux bonnes dispositions du saint-père, qui, d'ailleurs, commençait à reconnaître que ses trésors d'indulgence n'étaieùt allés enrichir que des ingrats. L'outrage qu'avaient reçu le pouvoir pontifical et l'Église tout entière, dans la personne de son prédécesseur, ne pouvait aussi facilement s'effacer de sa mémoire, et la présence de l'auteur principal de cet outrage ne pouvait que raviver au fond de son cœur la plaie qu'il y avait faite. Abandonnant alors les sentiments de bienveillance auxquels il avait primitivement donné libre cours, il lança, le 7 juin 1304, la bulle Flagitiosum scelus, par laquelle il excommunia solennellement Nogaret, Sciarra Colonna, treize autres personnages, français ou italiens, qui avaient envahi le palais d'Anagni, et