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LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE III

• quiconque avait prêté secours, conseil ou faveur à f ces hommes très-scélérats, dans la perpétration de < leur détestable attentat contre la personne de Boni- € face VIII, de bonne mémoire. »

Un mois, jour pour jour, après cette condamnation solennelle, c'est-à-dire le 7 juillet, Benoit XI rendait son âme à Dieu, sans avoir eu la satisfactiofi de compléter Tœuvre de pardon pour les uns et de représailles pour les autres que, pendant ses huit mois de règne, il s'était efforcé d'accomplir.

Près d'une année s'écoula sans que le nouveau pape pût être nommé. Les historiens ne sont pas d'accord sur la manière dont se fît l'élection du successeur de Benoît XI : voici toutefois ce qu'affirment les plus nombreux, sinon les plus autorisés. Ils racontent que, fatigués d'une délibération qui menaçait de se prolonger encore, malgré les huit ou dix mois qu'ils lui avaient déjà consacrés, les cardinaux, réunis en conclave, prirent une résolution destinée à trancher la difficulté d'une manière satisfaisante pour tous les intérêts. Deux partis étaient. en présence, celui des anciens amis de Boniface VIII et celui des courtisans du roi. La solution de la question était d'autant plus importante, que, par suite des demandes formelles et réitérées de Philippe le Bel, le nouveau pape aurait à s'occuper de la condamnation ou de la réhabilitation de la mémoire de Boniface, puisqu'il ne s'agissait de rien moins que d'intenter à cette mémoire un procès solennel, aussitôt après l'élection du nouveau pontife. On résolut donc de prendre dans le camp des partisans de Boniface trois candidats, parmi lesquels le cardinal du Prato, chef du parti de la royauté, serait tenu de choisir celui qu'on devrait ultérieurement

proclamer. Parmi les trois candidats présentés au cardinal se trouvait larchevéque de Bordeaux, Bertrand de Got, ancien protégé de Boniface et, à ce titre^ ennemi naturel du roi'. Rien ne paraissait donc, au premier abord, le désigner au choix des favoris de Philippe le Bel. Mais ce dernier, qui connaissait les hommes, et qui savait combien l'ambition démesurée des honneurs et du pouvoir peut opérer de métamorphoses sur certains caractères, vit au contraire, dans toutes les circonstances de la candidature de Tarchevéque, autant de garanties d*un futur dévouement.

Il avait été, d'ailleurs, préalablement renseigné par le cardinal du Prato sur les facilités qu'il aurait à s'assurer une telle conquête. Bertrand de Got avait la réputation d'un homme tout à la fois faible, ambitieux, avide d'honneurs, de richesses et de pouvoir. Ici les historiens se divisent : les uns prétendent que le roi, ainsi renseigné sur le caractère du candidat, se rendit lui-même à la rencontre de ce dernier, dans un couvent de Saintonge, pour lui faire agréer ses offres et lui demander en retour un dévouement absolu; les autres affirment qu'il n'y eut pas d'entrevue personnelle en Saintonge entre Philippe le Bel et Bertrand de Got, mais que le roi envoya à l'archevêque un homme de confiance pour conclure avec lui le triste marché. En tout cas, que ce soit le roi ou son envoyé qui ait agi, voici comment la convention se serait faite : « Sire archevêque, » dit à Bertrand son royal interlocuteur, « j'ai tous les pouvoirs nécessaires pour te faire pape si je le veux; » et, en même

* Bibl. imp., manuscrits, fonds français, n9 15,49S.

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