LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE III
temps, il lui posa cinq conditions à remplir : la première, de réconcilier le roi avec l'Église; la seconde, de révoquer toutes les excommunications et censures prononcées contre le roi, ses ministres, sujets et alliés; la troisième, d'octroyer au roi, pendant cinq ans, la dlme de tous les revenus du clergé français ; la quatrième, de condamner et anéantir la mémoire de Boniface VIII; la cinquième, de rétablir les Golonna dans tous leurs biens, honneurs et privilèges, et d'éle\er au cardinalat plusieurs protégés du roi. Une sixième condition fut imposée au futur pape; mais ce dernier dut la subir sans en connaître la teneur et promettre de la remplir sans avoir le droit, jusqu'à nouvel ordre, d'en pénétrer le secret. Bertrand de Got promit tout ce qu'on exigea de lui; un courrier fut immédiatement expédié à Pérouse, où était le conclave, et trente-cinq jours après, c'est-à-dire le 5 juin 1305, Bertrand fut proclamé pape par le sacré collège et monta sur le trône pontifical, en prenant le nom de Clément V.
Quelques historiens ont contesté l'authenticité de ce récit, bien que Villani et tous ceux qui paraissent avoir écrit sous son inspiration aient pris soin de n'omettre aucune des circonstances susceptibles de donner créance à leur version. Quoi qu'il en soit, il est un fait qui domine tout ce qui touche à l'élection et à l'administration du nouveau pape : c'est le dévouement absolu, c'est la soumission presque servile aux exigences de Philippe le Bel, dont Clément V ne cessa de faire preuve pendant les neuf années de son pontificat. Or, il est difiiciie d'admettre une telle multiplicité de concessions de toute sorte, faites au roi par le pape, si l'on n'admet pas, en même temps, que
ces concessions ont eu pour unique on principal mobile le besoin d'exécuter des promesses et de remplir des engagements auxquels le pape s'était antérieurement soumis.
Clément Y, en eiïet, se conforma ponctuellement à la volonté de Philippe le Bel, non-seulement dans l'accomplissement des conditions imposées à son élection comme souverain pontife, mais encore dans tous les actes qui ont signalé son administration. On peut dire, à cette occasion, que si la lutte de Boniface Yin avec le roi de France eut principalement pour objet une prétention de suprématie du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, ce dernier pouvoir, un instant dominé par Ténergie et la ténacité de son adversaire, prit largement sa revanche contre l'Église dans la personne du nouveau pape, dont la complaisance et la faiblesse, loin de maintenir l'indépendance, toujours si nécessaire, de la papauté, amenèrent au contraire son asservissement.
Selon que l'avait demandé Philippe le Bel, Clément Y, à peine promu au trône pontifical, donna le chapeau de cardinal à plusieurs prélats français, tous recommandés par le roi pour cet honneur. Il supprima, soit par lacération, soit autrement, tout ce qui avait été écrit par Boniface contre Philippe le Bel. Il réhabilita ce dernier par tous les moyens, et notamment en le relevant de toutes les censures canoniques prononcées contre lui. Parmi ces dernières, il révoqua d'une manière expresse la bulle Clericis Idicos, qui s'opposait aux levées d'argent sur le clergé, et qui avait donné naissance aux querelles des deux pouvoirs. Il maintint la bulle Unam sanctam^ qui posait en principe la prééminence de l'Église; mais il déclara