‹ Philippe le BelChapitre 120 sur 242 · LIVRE TROISIEME. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. CHAPITRE III

que cette bulle était inapplicable à la France. Il accorda les décimes qui faisaient l'objet des réclamations incessantes de Philippe le Bel contre le clergé. Il rendit aux Colonna tous les biens, honneurs et privilèges dont ils avaient été dépouillés. Il enleva aux chapitres la nomination des évéques, qui désormais dépendit exclusivement de son initiative, ou plutôt du bon plaisir du roi. Sur ce point encore il y eut, entre Tun et Tautre de ces personnages, un étrange compromis : le pape prit l'engagement de nommer aux ëvéchéstous les candidats que le roi lui désignerait; et le roi, moyennant cette promesse, lui laissa la faculté de nommer lui-môme aux évéchés sans Tintervention des chapitres.

Non content d'avoir ainsi soumis à sa puissance le représentant du pouvoir le plus élevé qui soit en ce monde, Philippe le Bel ajouta une condition nouvelle à toutes les exigences qu'il avait fait subir au malheureux pontife, celle de ne pas s'éloigner de France et surtout de ne pas s'établir à Rome, où régnaient des idées d'indépendance et de suprématie rentrai res à la bonne harmonie des pouvoirs. C'est ainsi qu'après avoir été retenu trois années entières à Poitiers comme prisonnier du roi, qui l'avait chaque jour à sa disposition, et après avoir plus d'une fois, au dire de ses biographes, été surpris par les agents royaux, essayant de fuir sous un déguisement. Clément, n'osant pas complètement désobéir à son maître et comprenant qu'il était de sa dignité, comme chef de l'Église, de ne pas trop s'éloigner des États pontificaux, fixa sa résidence dans la ville d'Avignon, qui, depuis cette époque, devint, pendant soixante-dix ans, le séjour de la papauté.

Tandis que le souTerain pontife étail encore à Poitiers sous la dépendance directe du roi de France, Philippe le Bel eut avec lui une entrevue mystérieuse, à la suite de laquelle se produisirent les deux événements capitaux du pontificat de Clément Y. On a dit et Ton a cru, pendant quelque temps, que dans cette conférence, à laquelle n'assistèrent qu'un très-petit nombre de confidents dévoués et discrets, il s'était agi de nouvelles croisades à provoquer, en vue de reconquérir les lieux saints, ou d'une expédition à entreprendre par Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, contre l'empire d'Orient. Mais il est certain aujourd'hui que le but principal de cette même conférence fut l'accomplissement, par le pape, des deux conditions décisives de son élection, c'est-à-dire la condamnation de la mémoire de Boniface YUI et la suppression de l'ordre des Templiers.

Tant qu'il ne s'était agi, entre le pape et le roi, que d'annulations de bulles, de créations de cardinaux, de nominations d'évêques ou de concessions de décimes. Clément Y n'avait pas hésité à se soumettre aux exigences de Philippe le Bel; mais l'accomplissement des deux conditions dont il s'était agi dans la dernière entrevue de Poitiers ne tarda pas à devenir pour lui un sujet d'inexprimables tourments. D'une part, il allait falloir s'attaquer à une corporation riche, puissante, affiliée à tout ce que la chrétienté contenait de familles honorables, et ne paraissant pas devoir subir, sans se défendre avec énergie, la honte d'une procédure et d'une condamnation. D'autre part, dans la flétrissure réclamée par le roi contre la mémoire de Boniface, il ne s'agissait de rien moins que d'une peine devant entraîner, tout à la fois, et l'an-

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