‹ Philippe le BelChapitre 121 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE III

nulalion de Télection d'un chef de l'Église, et l'annulation de toutes les élections de prélats, cardinaux, archevêques, évoques, prêtres, clercs de tous degrés, n'ayant d'autre pouvoir que celui qu'ils tenaient de

I la délégation d'un pape condamné solennellement comme hérétique et usurpateur de la papauté. Glé-

I ment V, dont l'élection elle-même pouvait devenir

: illégitime par l'illégitimité des pouvoirs qui l'avaient faite ou proclamée, commençait à comprendre l'em-

^ barras où il s'était mis et la faute qu'il avait commise en se livrant à tous les caprices d'un prince insatiable de domination. Philippe le Bel ne tarda pas à s'apercevoir des hésitations éprouvées par le pape, à l'égard des deux graves mesures par lesquelles il entendait mettre, encore une fois, sa complaisance à l'épreuve.

' Aussi se promit-il d'en profiter pour obtenir des concessions nouvelles de son trop dévoué serviteur.

Chacune des objections à lui faites par Clément V, au sujet, soit de la flétrissure de Boniface, soit de la condamnation des Templiers, devint pour lui une arme redoutable dont il ne manqua pas de se servir pour assurer le succès de chacune de ses prétentions. Si, en effet, le souverain pontife manifestait quelque scrupule pour compromettre la dignité du saint-siége par l'une ou par l'autre des rigueurs que le roi sollicitait de lui, Philippe semblait vouloir pactiser et renoncer momentanément à l'une de ses prétentions pour exiger l'exécution de l'autre avec plus d'insistance et d'autorité. En vain le malheureux pape cherchait toujours à éloigner le moment fatal où il lui faudrait se soumettre aux exigences de l'impitoyable despote; en vain il demanda un délai de trois ans pour réunir à Vienne un concile général qui aurait

pour mission spéciale rexamen des griefs relevés contre Bonifacc VUL Le roi était impatient de voir enlin se dérouler solennellement tous les éléments de ce grand procès, qui ne tendait à rien moins qu'à tout remettre en question dans l'Église et la catholicité. De plus, il comprenait qu'en insistant sans relâche pour que les enquêtes relatives à cette étrange procédure fussent immédiatement commencées, il se ménageait le pouvoir de tenir constamment le successeur de Boniface en haleine et d'obtenir de lui, à l'aide de concessions apparentes sur le point qui le touchait le plus, la mesure terrible qu'il avait irrévocablement arrêtée dans son esprit contre l'ordre des Templiers.

Le pape était de plus en plus impuissant à résister : il lui fallut encore se soumettre, et le siège d'Avignon, qu'il avait choisi pour la résidence pontificale, avec la pensée d'en faire un lieu de refuge à l'abri de toutes les attaques, devint, au contraire, le théâtre de violences exercées contre le chef de l'Église, soit par les agents du roi, pour activer le commencement des poursuites, soit par les parents et amis de Boniface, pour repousser toute manifestation contre la mémoire de ce dernier.

Plusieurs incidents survinrent et retardèrent encore la réunion des prélats devant composer le concile, et celle des témoins devant déposer pour ou contre le pontife décédé. Mais Philippe le Bel, dont ces retards irritaient et doublaient l'impatience, écrivit plusieurs lettres par lesquelles il exprimait au pape son étonnement des lenteurs apportées à l'exécution de ses intentions, et sa ferme volonté de voir se terminer au plus vite le procès déféré à la haute juridiction du saint-siége. Clément V répondit à ces lettres par une

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