LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE III
bulle, datée da 13 septembre 1309, aux termes de laquelle tous les accusateurs de Boniface étaient convoqués et mis en demeure devenir déposer contre lui. En exécution de cette bulle, les principaux agents de Philippe le Bel, à la tête desquels nous rencontrons encore Guillaume de Nogaret, se rendirent à Avignon, escortés d'une troupe nombreuse, en prévision des attaques dont ils prévoyaient devoir être l'objet de la part des défenseurs de Boniface. Ces derniers, en effet, s'étaient empressés de se transporter dans la même ville et de se tenir prêts à repousser toutes les accusations et toutes les calomnies qu'on allait diriger contre la mémoire de l'ancien chef de l'Église. Alors s'ouvrirent ces tristes débats pendant lesquels, en présence et sous la présidence d'un souverain pontife, des témoins, la plupart soudoyés ou guidés par la haine, vinrent accabler la mémoire d'un autre souverain pontife, mort dans les angoisses d'une récente flétrissure, par les plus outrageantes et les plus mensongères déclarations.
Nogaret, fort de ces prétendues preuves par lui produites à l'appui des prétentions royales, se montra aussi violent contre Boniface couché dans sa tombe, qu'il l'avait été contre Boniface assis sur son trône. Il développa, dans des termes dont on peut à peine se figurer l'audacieuse énergie, les griefs d'hérésie, de mauvaises mœurs, d'habitudes cyniques, contenus dans l'acte préliminaire. Ce qui avait été dit par les témoins fut répété, commenté, amplifié par cet organe dévoué de Philippe le Bel. L'austérité de l'histoire se refuse à la reproduction du texte même de ce réquisitoire, dont l'exagération toucherait au ridicule, s'il ne s'agissait d'une mémoire essentiellement digne de
respect. D'après les termes de la harangue de Nogaret, Tibère, auprès de Boni face, eût été un ange de douceur et de pureté. Des crimes sans nom, des atrocités sans exemple furent l'objet d'accusations incroyables dirigées conlre la mémoire d'un vieillard, d'an souverain pontife, d'un représentant suprême de l'Eglise. L'hypocrisie vint encore se mêler à toutes ces violences : on convint que Boniface avait tenu dans le monde le rang le plus élevé; on reconnut que, pour le bien de l'Église, il avait fait de belles et bonnes constitutions; mais en même temps, pour ne pas perdre de vue l'objet de la poursuite, on ajouta que, malgré tant de circonstances favorables, les crimes dont était souillée sa mémoire avaient trop de gravité pour mériter le moindre pardon. En vain les défenseurs de Boniface essayèrent-ils, avant toute défense, de soutenir l'incompétence du souverain pontife pour juger des faits qui, par suite de la mort de l'accusé, ne relevaient que de Dieu seul ou tout au plus d'un concile général, prononçant au nom de l'Église et représentant Dieu lui-même; en vain ajoutèrent-ils qu'en tout cas, si leur client avait été jusqu'à fulminer plusieurs bulles d'excommunication contre le roi de France, le roi de France avait provoqué ces rigueurs par sa conduite envers le clergé de son royaume, et les obstacles apportés par ses édits à la liberté que les prêtres et les prélats doivent toujours avoir de se rendre à Rome sur l'appel de leur souverain. Il fut répondu à ces arguments par les accusateurs de Boniface, qui, oubliant les principes du gallicanisme, dont ils avaient plus d'une fois fait profession, et se constituant tout à coup, contrairement à leurs habitudes, les intrépides champions des prérogatives du saint-