LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE III
dérer comme Télite du royaume, Philippe le Bel se
laissa vaincre et écrivit à Clément V une lettre, datée
de février 13H, par laquelle il lui déclara que, par
suite des circonstances nouvelles, il consentait à se
désister des poursuites exercées par lui contre le pape,
non comme juge ou partie, mais comme simple
membre de l'Église, toujours prêt à la défendre en
toute occasion; qu'il remettait volontiers le soin de
continuer ces poursuites et de les terminer, selon les
lois de la justice éternelle, au chef de l'Église, et
qu'il acquiescerait sans réserve à ce qui, soit par le
pape, soit par un concile spécialement réuni, serait
ultérieurement et définitivement résolu.
Tous ceux qui avaient pris une part active dans les accusations portées contre la mémoire de Boniface consentirent, à l'exemple du roi, à remettre leur cause entre les mains de Clément V, qui, pour ne laisser aucun doute sur ses intentions apparentes, publia une bulle dans laquelle il invita, toute personne catholique à lui faire connaître ce qu'elle saurait elle-même de favorable ou de défavorable à la mémoire de Boniface VIII, dont Thonneur était désormais confié à sa souveraine appréciation.
En même temps, il renouvela les absolutions déjà prononcées par son prédécesseur, Benoît XI, en faveur du roi et des autres adversaires des prérogatives de l'Église. Il alla même jusqu'à louer Philippe le Bel du zèle qu'il avait fait paraître pour la gloire de Dieu et de la religion dans l'affaire du pape Boniface. Enfin, pour comble d'indulgence et de faiblesse, il releva Nogaret de ses condamnations canoniques, en mettant encore à la charge des résistances du malheureux^ Boniface tout ce que ce ministre avait fait
d odieux contre la dignité de l*Église'et rinyiolabilité de son chef.
Ajoutons, pour être juste envers Hmpartialité de Clément V, qu'après avoir ainsi absous tous les ennemis de son prédécesseur, il profita de la latitude que lui avait laissée Philippe le Bel et déclara pure et sainte la mémoire de Boniface VIII.