‹ Philippe le BelChapitre 125 sur 242 · LES TEMPLIERS · texte numérisé non relu

LES TEMPLIERS

Malgré toutes les preuves de condescendance que venait de lui donner Clément V, en mettant à néant toutes les condamnations canoniques prononcées contre son ministre et contre lui-même, Philippe le Bel ne se montra pas encore satisfait. Il redoubla ses exigences sur un point, que le procès de Boniface VIII lui avait fait un instant abandonner, mais qu'il ne manqua pas de rappeler à la mémoire du pape, comme prix de la facilité avec laquelle il Tavait laissé juge souverain des griefs reprochés à son prédécesseur. Ce point, on Ta déjà deviné, était le second de ceux qui avaient fait Tobjet de la conférence de Poitiers, celui sur lequel le mystère s'était plus particulièrement étendu lors de Télection du nouveau pape, celui qui avait pour terme définitif la condamnation et la suppression par le saint-siège de l'ordre des Templiers.

De tous les épisodes du règne de Philippe le Bel, aucun, assurément, n'est plus sinistre, plus sombre, plus chargé de ténèbres, que cette longue série de cruautés et de tortures dont les chevaliers du Temple ont été victimes. Ce qui domine dans cette lamentable

histoire, ce n'est pas la question de savoir s'ils sont morts innocents ou coupables, c'est la pensée des atroces souffrances qu'ils ont si courageusement endurées, sous les regards et sous l'impitoyable direction de cette impassible et glaciale figure qu'on appelait alors le roi de France. Eussent-ils commis tous les crime» qu'on leur a reprochés, leur culpabilité eût encore été hors de proportion avec ce qu'ils ont souffert, et leur martyre, indépendamment des moyens de justification que l'histoire a déjà produits en leur faveur, a plus que suffi pour les assimiler aux innocents. Qu'était donc celte milice du Temple, pour porter un tel ombrage à ce roi devant qui tout devait plier? Quels motifs apparents, quelles causes réelles ont entraîné sa perle ? Quelques pages suffiront pour le rappeler au lecteur et pour jeter, s'il est possible, un nouveau rayon de lumière dans ce dédale d'iniquités, où le jour ne pénètre qu'avec peine et où l'on ne s'avance qu'en tremblant.

La fondation de l'ordre des Templiers remontait à près de deux siècles lorsque Philippe le Bel entreprit de l'exterminer. Après la conquête de Jérusalem par Godefroi de Bouillon, il fallut se mettre en garde contre l'invasion des tribus arabes, toujours prêtes à de nouvelles attaques; il fallut protéger la marche des pèlerins se rendant en terre sainte' pour prier sur le tombeau de leur Dieu ; il fallut entretenir auprès de ce tombeau une escorte d'élite, ayant pour double mission de repousser par les armes les profanations violentes et d'obtenir par la prière la conservation des précieuses reliques. A l'appel de leur chef, quelques croisés s'offrirent à remplir ce devoir et devinrent le noyau d'une nombreuse milice. Ils s'établirent dans

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