‹ Philippe le BelChapitre 127 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV

oppressions toujours croissantes : ceux-ci, n'ayant que leurs bras, s'engageaient à un service de chaque jour, en retour de Tabri qui leur était offert; ceux-là, pouvant disposer de certains biens, les livraient en échange d'une promesse de défense, prêtaient à leurs défenseurs rhommage féodal et leur payaient annuellement une faible redevance, en signe de dépendance et de subjection.

Eq moins de deux siècles, toutes ces circonstances accrurent le personnel et les richesses de Tordre du Temple à un tel point, qu'au moment où commencèrent les poursuites dirigées contre cet ordre par Philippe le Bel, les chevaliers couvraient le monde de leurs forteresses, de leurs châteaux, de leurs bastides, et possédaient, au dire de la Chronique de Flandre^ dix mille cinq cents manoirs dans la chrétienté. La France, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Irlande, l'Italie, la Sicile, l'Espagne, le Portugal, avaient leurs commanderies de Templiers; et lorsqu'il s'agit de procéder à l'arrestation simultanée de tous ces malheureux, il fallut expédier dans toute l'Europe des ordres spéciaux. En France, on sait quelle était leur puissance; à Paris, leur retraite était comme une seconde ville, tant elle avait pris d'extension et tant elle recelait de richesses ; le nom de l'ancien monastère de Jérusalem lui est resté, et les malheurs de ceux qui l'ont habitée semblent l'avoir frappée d'une sombre prédestination, cruellement réalisée dans la suite par les événements.

Non-seulement les Templiers étaient riches, mais encore ils étaient devenus, par leurs richesses, en quelque sorte les banquiers des rois. Le Temple de Paris, où étaient entassés les monceaux d'or consti-

luanl le trésor principal de i*ordre, servait en même temps de caisse à la couronne. Plus d'une fois, les prédécesseurs de Philippe le Bel ne se firent pas faute de recourir à une bourse si bien remplie et de se reconnaître débiteurs de ceux qui la leur avaient généreusement ouverte.

Philippe le Bel, dont trop souvent les ressources étaient à sec, à cause des guerres malheureuses qu'il entreprenait, eut aussi recours au trésor du Temple pour combler les vides du trésor public. Des sommes considérables lui furent avancées, et jamais il ne fut en état de les restituer. Espérant arriver à cette restitution par une sorte de compensation qui l'aurait constitué tout à la fois débiteur et créancier, il essaya de se faire admettre dans Tordre et de cumuler ainsi les deux situations. Seulement, comme en qualité de souverain il ne voulait entrer au Temple qu'avec la dignité de grand-maitre, la porte lui fut fermée, et il eut l'humiliation d*un refus. Il éprouva, vis-à-vis du même ordre, une autre humiliation qui paraît avoir été le véritable point de départ de ses hostilités. En 1306, à la suite des falsifications des monnaies qui entraînaient la ruine de son peuple, Philippe le Bel eut à subir une émeute terrible, dirigée tout à la fois contre lui et contre le directeur de la Monnaie, Etienne Barbette, dont la demeure fut envahie, saccagée et livrée aux flammes. Philippe le Bel, ne se croyant pas en sûreté au Louvre, alla se réfugier au Temple, dont il fit fermer toutes les portes et garder toutes les issues. Ces précautions parurent un instant inutiles, car les émeutiers, ayant appris quelle retraite avait choisie le roi faux monnayeur, se dirigèrent vers le Temple, dont ils menacèrent de commencer i'assaut.

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