‹ Philippe le BelChapitre 131 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV

accusatrice, que la mesure dont les Templiers venaient d'être l'objet avait été prise d'accord entre le pape et le roi. Or il est aujourd'hui démontré, et cela est, jusqu'à un certain point, à l'honneur du saint-siége, que Clément V, à la nouvelle de l'arrestation des chevaliers, fut saisi à la fois de stupeur et d'épouvante, et que, s'il prononça plus tard la suppression de l'ordre, ce fut seulement à la suite des moyens violents employés par le roi pour lui arracher cette sentence. •'

La première pensée du souverain pontife, en apprenant les rigueurs déployées contre ceux dont on lui avait déjà demandé la condamnation, fut de protester contre l'abus qu'avait fait le roi, dans sa lettre aux souverains et^ux corporations, de son nom et de son autorité. Les lenteurs qu'il ne cessa d'apporter à l'exécution des mesures sollicitées, les moyens dilatoires qu'il mit à chaque instant en œuvre pour retarder le plus possible une horrible catastrophe, prouvent suffisamment que, s'il fut, dans ce triste procès, d'une déplorable faiblesse, il n'a encouru, relativement au supplice des victimes, d'autre responsabilité que celle, déjà trop lourde, de s'en être lavé les mains.

Tandis que le pape hésitait ainsi à prendre un parti décisif, le roi poursuivait avec toute l'activité dont il était capable l'exécution de son sinistre projet. Fatigué des indécisions du saint-siége, il chargea les baillis et sénéchaux de commencer les procédures. Par. leurs soins, les biens du Temple furent mis sous le séquestre; afin de faire taire toute objection relative à l'incompétence du pouvoir laïque pour juger une accusation d'hérésie, il leur adjoignit les inquisiteurs, qui, dans cette circonstance, devinrent ses auxiliaires

dévoués. Avec l'inquisition, la torture ne pouvail tarder à venir; elle fut appliquée aux malheureux prisonniers, et tandis que leurs os craquaient et que leurs chairs se détachaient sous les tenailles brûlantes, la douleur arrachait à leurs lèvres de prétendus aveux que réprouvaient leurs consciences, et dont rimpilovable accusateur s'empressait toujours de profiler. Les princes étrangers dans les États desquels se trouvaient des commanderies furent mis en demeure par le roi de France d'agir contre les chevaliers avec la même rigueur. La plupart se contentèrent de promettre leur concours aux poursuites commencées. Quelques-uns déclarèrent qu'ils avaient eux-mêmes provoqué des enquêtes et fait séquestrer les biens des accusés. Tous manifestèrent, à la nouvette des mesures prises par Philippe le Bel, une surprise profonde, et ne se soumirent aux instructions du roi que par /a crainte de lui déplaire et d'encourir les effets toujours redoutables de son ressentiment.

Clément V ne pouvait ni abandonner ses droits ni sacrifier les prérogatives du saint-siége au désir qu'i/ éprouvait d'échapper, en cette circonstance, à toute responsabilité. Voyant que ses hésitations, au lieu de retarder les procédures, ne faisaient que les activer et les rendra plus rigoureuses, il revendiqua la connaissance de l'affaire comme accusation d'hérésie, et après avoir suspendu les pouvoirs des inquisiteurs et des évoques que le roi s'était adjoints comme auxiliaires ecclésiastiques, il demanda que les personnes et les biens des accusés fussent mis à sa disposition. Soixante-douze Templiers lui furent immédiatement expédiés ; mais l'affaire n'en fit pas plus de progrès, et le pape persista tellement dans son irrésolution

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