LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV
systématique, que Philippe le Bel jugea nécessaire de le pousser à bout par tous les moyens.
Ceux auxquels il s'arréla tout d'abord, et qui amenèrent le résultat qu'il désirait, furent une profusion de pamphlets menaçants contre le souverain pontife et une réunion solennelle des états généraux. Dans les libelles qui furent répandus partout, il n*était question que de la faiblesse et des complaisances du saint-père à l'égard de ces hérétiques, dont les premiers aveux faits aux inquisiteurs démontraient suffisamment la culpabilité. Le chef de l'Église y était représenté comme sacrifiant à des sympathies personnelles les intérêts de la religion et de la foi. La tiédeur dont il faisait preuve était tout à la fois une afiQiction pour l'Église et un encouragement pour ceux qui violaient ses lois. Et l'on ajoutait, avec un ton d'hypocrisie dont se montrent toujours prodigues certains ennemis de la papauté, que le roi n'agissait, en pareil cas, que comme défenseur de l'Église, et pour remplir un devoir de conscience dont il aurait à rendre compte à son dernier jour. Sur ce point, les factums royaux rivalisaient de zèle pour la cause catholique : on y représentait le crime d'hérésie comme appartenant essentiellement à la juridiction temporelle; on y rappelait que vingt-deux mille Israélites avaient été condamnés à mort pour idolâtrie, non par le grand-prêtre Aaron, mais par Moïse le législateur; enfin, on exaltait la récompense qu'aurait un jour le roi très-chrétien, à la suite de l'acte de justice dont il allait s'honorer, et on lui appliquait généreusement ces paroles du prophète : Beati qui faciunt judicium et justitiam in omni tempore.
Ces libelles, dont il serait inutile d'analyser plus
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longuemenl le contena, mais qui ne renfermaient en substance que ce qui précède, ne produisirent pas sur le souverain pontife l'effet qu'en avait attendu Philippe le Bel. Clément continuait à opposer aux manœuvres actives du roi celte force d'inertie, ce non possumns des apOtres, que, dans les temps de calamités, l'Église sut toujours faire prévaloir contre les princes les plus puissants. Il fallut recourir aux états généraux; ce fut le moyen suprême à l'aide duquel Philippe espéra enfin obtenir ce qui, jusqu'alors, lui avait été si opiniâtrement refusé. Dans cette circonstance encore, il prit ce rOle hypocrite de champion de l'Église, qu'il avait joué dans les pamphlets écrits sous son inspiration.
L'un de ces libelles contenait ces paroles : < Les f Templiers sont des hérétiques; l'hérésie est un c crime contre Dieu, qui est la tête de l'Eglise; le
• bras droit, c'est-à-dire le pouvoir ecclésiastique, c doit veiller à ce que la tête soit respectée; sinon, € ce devoir incombe au bras gauche, c'est-à-dire au
• pouvoir temporel. Si ce dernier reste dans l'inac-
• tion, les membres inférieurs, c'est-à-dire le peuple, € se lèveront pour la défense du chef*. » Il y avait évidemment, dans cette dernière phrase, la menace d'un appel général aux trois ordres du royaume, qui seraient mis solennellement en demeure de se prononcer sur la culpabilité des chevaliers du Temple, si le souverain pontife persistait à garder le silence sur cette culpabilité. Mais la lettre par laquelle les habitants des communes furent invités à envoyer aux états leurs délégués montre avec quelle audace ce
' Trésor des chartes, J. 414, n» 34.