‹ Philippe le BelChapitre 133 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. — - CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — - CHAPITRE IV

prince, dont les chefs de l'Église n'eurent jamais qu'à se plaindre dans les rapports qu'il entretint avec eux, se constituait, comme roi de France, le défenseur de l'Église universelle, et avec quelle résolution il sacrifiait, en matière purement religieuse, le pouvoir ecclésiastique au pouvoir séculier.

Cette lettre est curieuse sous ce double rapport et précise en même temps les accusations portées contre les Templiers; en voici les passages principaux : « Nos ancêtres se sont toujours distingués entre les « princes par leur sollicitude à extirper de l'Église c de Dieu et du royaume de France les hérésies et les autres erreurs, défendant comme un trésor inestimable, contre les voleurs et les larrons, la foi catholique, cette perle précieuse... Qui peut nier le Christ, par lequel et dans lequel nous vivons, qui s'est incarné pour nous, qui n'a pas craint de souffrir pour nous la mort la plus cruelle? Aimons notre Seigneur, avec qui nous régnerons un jour; vengeons son injure! 0 douleur ! L'erreur des Templiers, erreur si abominable, si amère, si détestable, vous est connue. Ils reniaient Jésus-Christ, et ils forçaient ceux qui entraient dans leur ordre h le renier. Ils crachaient sur la croix, instrument de notre rédemption; ils la foulaient aux pieds, et, en dérision des créatures de Dieu, ils se donnaient de sales baisers. Ils adoraient des idoles; ils se permettaient entre eux ce que les brutes n'osent faire. La terre et le ciel sont ébranlés par le souffle de leurs crimes; les quatre éléments en sont troublés. Ces infamies, ils les ont commises dans toute l'étendue du royaume, ainsi que le prouvent les confessions des chefs de l'ordre (si l'on peut appeler cela

c un ordre !j; ils les ool commises outre-mer, dans c les autres rovaumes, partout eofio. Nous avons c icMilu de conférer avec le saint-siége apostolique t pour faire cesser tant de crimes et d'erreurs, et « pourvoir à la stabilité de la foi et de l'honneur de

< l'Église, notre sainte mère, et nous voulons vous c faire participer à cette œuvre, vous qui participez

• avec nous à la foi de Jésus-Christ et qui en êtes de

< fidèles zélateurs. Nous vous mandons d'envoyer

• sans retard à Tours, trois semaines après la prof chaîne fête de Pâques (1308), pour délibérer sur c ce sujet, deux hommes d'une foi ardente et éprou-

• vée, de chacune des villes insignes du royaume ^. » Cette lettre aux communes, pour une réunion prochaine des états, prouve que Philippe le Bel avait été satisfait de pareille mesure précédemment prise à l'occasion de ses démêlés avec Boniface VIII, et qu'il avait la ferme résolution de contraindre, s'il le fallait, le nouveau pape, comme il l'avait fait de l'ancien, à subir les efTets de son inébranlable volonté.

La nouvelle assemblée ne fut pas aussi nombreuse que le roi l'avait espéré : les nobles et les prélats n'y vinrent qu'à contre-cœur; les délégués des communes y (igurèrent en plus grand nombre,- mais en regrettant de s'être déplacés pour un tel objet. D'ailleurs, à cette époque, on n'était pas encore façonné aux mœurs parlementaires, et l'honneur de siéger dans une assemblée de représentants du pays et de prendre part aux affaires publiques n'était ni aussi apprécié ni aussi envié qu'il l'a été par la suite. Nogaret figura encore dans cette réunion, comme garde des sceaux

' Trt^sor des chartes, J. 415, n«> 19.

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