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LIVRE TROISIEME. — CHAPITRE IV

de Philippe le Bel et comme procureur des huit principaux barons du Languedoc. Ce fut au mois de mai 1308, à Tours, qu'eut lieu cette seconde réunion des états généraux. Son résultat fut exactement le même que celui de la réunion de 1302. Les agents du roi prirent toutes les mesures nécessaires pour s'assurer ua vole favorable aux prétentions de leur maître. Les divers membres de l'assemblée avaient été facilement préparés, par la circulaire de convocation, à maudire à l'avance ceux qui s'étaient rendus coupables des monstruosités signalées. Quelques paroles d'indignation prononcées par les orateurs officiels suffirent pour entraîner les plus timides. Enfin, les députés se séparèrent, après avoir déclaré que les Templiers étaient suffisamment convaincus des crimes qui leur étaient reprochés.

Philippe le Bel fit immédiatement part à Clément V de la décision que venait de rendre l'assemblée des états, espérant que le saint-père ne trouverait désormais aucune objection à opposer à ses instances réitérées. Il se rendit même en personne auprès de ce dernier, pour essayer encore de vaincre sa résistance, notamment par la menace, qu'il tenait toujours en réserve, de continuer les poursuites contre la mémoire de Boni face.

Il n'arriva qu'à une sorte de transaction, ayant pour clauses principales : 1® que les Templiers seraient remis au roi par l'intermédiaire du pouvoir ecclésiastique, comme délégué spécial de ce pouvoir; 2® que les évéques et les inquisiteurs rentreraient dans les droits dont le pape les avaient momentané-* ment dépouillés; 3® que les biens des Templiers seraient placés sous la main de l'Église et confiés par

elle à des commissaires laïques, pour être exclusivement employés aux besoins de la terre sainte.

Ces trois clauses furent strictement exécutées de part et d'autre : les Templiers furent livrés au roi ; ceux qui, dans les divers États de l'Europe, étaient restés libres, furent arrêtés par ordre du pape; partout les procédures furent suivies avec un redoublement d'activité. C'est alors que Clément V obtint de Philippe le Bel la permission de quitter Poitiers, et qu'après avoir erré de ville en ville, il fixa définitivement sa demeure à Avignon.

Dans chaque diocèse, les commissions d'enquête furent, conformément au dernier compromis arrêté entre le pape et le roi, composées de juges pris dans le clergé régulier et dans le clergé séculier, c'està-dire d'évêques, de chanoines, de dominicains et de frères mineurs. Une commission supérieure, présidée par l'archevêque de Narbonne, fut chargée de la surveillance et de la direction générale des procédures diocésaines. Ce fut elle qui interrogea le grand-maître et les dignitaires de l'ordre. Pendant trois années entières, les accusés furent soumis à toutes les angoisses, à toutes les violences. Près de quinze cents témoins furent entendus, soit à l'appui de l'accusation, soit en faveur de la défense. La défense, on peut facilement le supposer, était à peu près impossible, d'après le système adopté pour arracher aux malheureux les aveux de leurs crimes. Après avoir recueilli les témoignages, on adjurait le patient de dire la vérité. Si sa réponse était une dénégation ou s'il essayait d'expliquer sa conduite, le tourmenteur, toujours présent à l'interrogatoire, n'attendait qu'un signe du président de ce tribunal terrible pour apprêter ses instru-

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