‹ Philippe le BelChapitre 136 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV

soumis *. Plusieurs versions différentes expliquent Torigine de cette mystérieuse pratique. Suivant quelques historiens qui se sont appuyés sur certains témoignages du grand procès, c'était une règle de l'ordre, introduite par la faiblesse d'un ancien grandmaître qui, étant prisonnier d'un soudan, n'avait pu recouvrer sa liberté qu'en reniant le Christ et en jurant de le faire renier à tous ceux qui voudraient être reçus chevaliers. Ainsi s'était établie traditionnellement cette bizarre coutume, odieuse en apparence, explicable en réalité, ayant pour objet, non d'outrager volontairement le Dieu des chrétiens, mais de respecter le serment d'un grand-maître, et peutêtre même de montrer quelles tristes conséquences peut avoir un serment auquel la conscience el la conviction n'ont pas participé. Suivant quelques autres, ce reniement du Christ n'aurait été qu'un souvenir de la faiblesse de saint Pierre, qui, pendant la passion du Sauveur, renia trois fois son Dieu; ou bien un de ces mystérieux symboles, « une de ces pieuses comédies dont l'Église antique entourait les actes les plus sérieux de la religion, i Par cet acte, si essentiellement contraire à toutes les croyances publiquement professées par les Templiers, l'initié semblait vouloir se présenter à ses nouveaux frères avec toute la dépravation dont il allait faire vœu de se dépouiller pour toujours, afin de rendre plus éclatante la transformation morale que la pratique d'une règle sévère ne tarderait pas à opérer en lui. Enfin, il a été dit encore, à la décharge des accusés, que les récipiendaires, en reniant le Christ et en crachant sur la croix, n'avaient

* Ore non corde, ont dit presque tous les témoins.

dautre intention que de faire acte d'obéissance passive et de soumission aveugle aux règles de Tordre où ils voulaient entrer. Cette soumission et cette obéissance étaient la condition principale de l'admission dans la milice du Temple. Lorsqu'on se présentait pour y être admis, on jurait avant tout de s'y conformer, et la preuve la plus décisive que pouvait donner le récipiendaire, du respect qu'il avait pour un serment prêté, était d'obéir à Tordre qu'on lui donnait de renier sa foi, sa religion et son Dieu. Ce reniement n'était donc que fictif, et les lèvres seules en étaient souillées. Toutes les déclarations faites dans les enquêtes, tons les documents historiques sont d'accord pour attester que Tordre du Temple n'avait en réalité d'autre foi que la foi chrétienne et d'autre pratique religieuse que celle de l'Église. La règle de cet ordre, approuvée au concile de Troyes en 1128, est un modèle d'orthodoxie et de pureté.

A Tégard du fait d'idolâtrie reproché aux Templiers, les témoignages ont été aussi peu satibfaisants que possible, et aucun n'a pu jeter la moindre lumière sur la réalité de certaines pratiques qu'on aurait voulu faire considérer comme idolâtres, et dont l'existence môme est restée un objet de doute pour les historiens sérieux. Les rares déclarations qui ont servi de base à la condamnation des chevaliers, sur le chef spécial d'idolâtrie, ont rapporté que, dans les réunions générales des chapitres, on exposait à la vénération des assistants un crâne humain et une tête de bois, argentée ou dorée, avec une longue barbe, qu'un prêtre élevait, en s' écriant : / Allah I Cette exclamation, toute musulmane, a fait penser, ou a servi de prétexte à cette interprétation, qu'il s'agissait

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