‹ Philippe le BelChapitre 138 sur 242 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV

tortures, consistant à ne brûler leurs membres que graduellement et à petit feu, en commençant par la plante des pieds, pour arriver lentement jusqu'aux membres supérieurs; ils préférèrent cette mort cruelle, mais glorieuse, à une vie qu'ils n'auraient due qu'à un lâche mépris de la vérité.

Dans tous les lieux où les conciles provinciaux prononcèrent des condamnations à mort, le même spectacle se produisit aux regards des populations attristées. Mais la France fut la seule nation où les Templiers subirent le dernier supplice. Presque partout ailleurs, leur innocence fut proclamée; l'Angleterre les retint quelque temps en prison; l'Irlande ne les trouva coupables ni d'hérésie ni de mauvaises mœurs; les autres conciles européens ne trouvèrent rien à leur reprocher.

Philippe le Bel, malgré la satisfaction qui lui avait été donnée par les supplices de ses victimes, n'était pas encore complètement satisfait. Des condamnations individuelles, bien que prononcées par centaines, ne lui suffisaient pas; il lui fallait la sup*pression de l'ordre du Temple, qui ne cessait de lui porter ombrage et qui pouvait à chaque instant renaître de ses cendres. Clément V résistait toujours; mais le procès de Boniface, que le roi tenait, pour ainsi dire, suspendu sur sa tête comme un épouvantail permanent, finit par le décider à réunir à Vienne le concile qui devait s'occuper de cette mesure complémentaire à prendre contre l'ordre tout entier.

Ce concile se composa de trois cents prélats, parmi lesquels fut prise une commission chargée d'examiner les enquêtes. A la suite de cet examen et du rapport présenté à l'assemblée générale, la grande majorité

des membres do concile fut d'avis et déclara qa'on ne pouvait prononcer aucune condamnation. Le pape, en présence d'une telle déclaration, voulant en même temps tenir compte des convictions exprimées par une minorité respecti*l)le, se résolut à prononcer, à titre de provision, per modum provisionis, la suppression et l'abolition de Tordre, sans autre conséquence que la disposition des personnes et des biens laissée au saint-siége, afin de prévenir toute usurpation de la part du pouvoir civil. C'est le 13 avril 1312 que cette abolition fut prononcée en ces termes, qui sont la conclusion de la bulle Vox in excelso :

c Considérant donc l'infamie, le soupçon, les insinuations bruyantes et autres choses susdites qui s'élèvent contre cet ordre; considérant la réception occulte et clandestine des frères de cet ordre; considérant que les dits frères se sont éloignés des habitudes communes de la vie et des mœurs des autres fidèles, en ceci surtout, que lorsqu'ils recevaient des frères dans leur ordre, ceux-ci étaient obligés, dans l'acte même de leur réception, de promettre et de jurer qu'ils ne révéleraient à personne le mode de leur réception, et qu'ils seraient fidèles à ce vœu, ce qui est contre eux une présomption évidente; considérant, en outre, le grave scandale que tout cela a soulevé contre l'ordre, scandale qui ne semble pas pouvoir s'apaiser tant que l'ordre subsistera; considérant aussi le péril de la foi et des âmes, tant de faits horribles perpétrés par un trèsgrand nombre de frères, et plusieurs autres raisons et causes justes qui ont dû raisonnablement nous porter à prendre les mesures subséquentes; attendu que la majeure partie des dits cardinaux et prélats

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