PRÉFACE XXV I
sûres, et il en indique trop rarement les sources. Ses jugements sur les choses et les personnes sont entachés de singulières exagérations, et telle est chez lui la vivacité de la sensation par laquelle il s'absorbe dans la vision du moment, que, selon les différentes faces sous lesquelles les objets se présentent à son examen, on peut le surprendre en contradiction avec lui-même. Quelle que soit la droiture de son caractère, lui-même il reconnaît qu'il est difficile d'être impartial, lorsqu'il faut sacrifier ses opinions, soit en politique, soit en morale, s»it en religion. Il est partisan décidé de la monarchie plénière et de la papauté souveraine universelle. La sincérité même et la force de ses convictions deviennent, dans un travail historique, des causes de préventions dangereuses et d'opinions erronées. Elles lui ont aussi dicté quelques belles pages; car son style est noble et animé, et le sentiment qui l'inspire l'élève quelquefois jusqu'à l'éloquence. Mais rimagination s'éveille chez lui avec l'exaltation de la pensée, et l'emporte dans des régions qui touchent de plus près au roman qu'à l'histoire. Son œuvre peut offrir une lecture intéressante et même profitable, sous toute réserve de défiance contre les assertions, sans préjudice de l'estime pour Técrivain.
< L'auteur du numéro 3 n'a ni la chaleur, ni l'éclat du premier. Mais il est plus maître de lui-même ; il voit les choses sainement et de sangfroid; il semble s'être pénétré de la maxime : ûm studio et
• ira. Peut-être laisse-t-il à désirer quelquefois plus « d'émotion, même un peu de colère, ce qui n*empéf chera pas de reconnaître un de ses principaux mé- « rites, mérite de premier ordre pour Thistorien, « rimpartialité. Sa composition, dans la comparaison f avec le numéi'o 1, est plus simple, moins chargée
• et dans de meilleures proportions. Elleserecom- « mande par une érudition plus solide et plus dis-
• crête. M. Boutaric, il est vrai, y a beaucoup aidé, c surtout pour les documents inédits. Mais la liste de c ses autorités, nombreuses et bien choisies, prouve c qu'il a profondément étudié la matière, et sait, en « plus d'une occasion, se faire une opinion indépen- « dante de celles de son devancier. Supérieur au « mémoire numéro 1 par l'équité des jugements, par « ^ manière d'apprécier les faits et de caractériser « les personnages, il a écrit, conformément aux inten- « tions du programme, plutôt pour instruire que pour
• émouvoir; il y a réussi *. »
Un reproche général m'est fait dans le résumé qu'on vient de lire; c'est d'avoir trop rarement indiqué les sources de mes « connaissances » et de mes « assertions, » et d'avoir ainsi privé le lecteur d'un contrôle toujours utile et quelquefois nécessaire. Je reconnais que ce reproche est fondé et que j'ai, en effet, trop souvent négligé d'appuyer mon récit, soil de pièces justificatives, soit au moins de notes renvoyant le lecteur aux sources originales. J'ajouterai
' M. Naudet, rapporteur.
PRÉFACR XXVII
toutefois que si j'ai commis une telle négligence, c'est par cette simple considération que l'Académie me semblait avoir demandé moins un ouvrage de recherches, qu'une appréciation de faits, en grande partie déjà connus. En effet, Tonvrage de pure érudition qu'on pouvait désirer sur le règne de Philippe le Bel existe depuis plusieurs années déjà, puisqu'il a été couronné par l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1858. On le doit à M. Boutaric, et personne, je crois, ne peut avoir la prétention d'en surpasser l'exactitude, la parfaite ordonnance et la richesse scientifique. Cet ouvrage, au dire même de M. le rapporteur, a principalement servi de guide à l'auteur du mémoire auquel le prix du concours a été décerné. Je reconnais y avoir puisé moi-même, comme à la source la plus sûre, un grand nombre des renseignements que j'ai mis en œuvre. Les autres autorités historiques que j'ai cru devoir prendre pour modèles, se résument dans les noms de Guizot, de Thiers, de Michelet, de Mignet, de Troplong, tous justement chers à l'Académie, et qui appartiennent à des hommes dont je suppose que les convictions n'ont jamais manqué, ni de force ^ ni^de sincérité.
Quant à mes appréciations personnelles, je les livre à des juges qui décideront en dernier ressort si elles méritent la sévérité dont elles ont été l'objet dans le sein de la commission du concours. Je n'ai, sans doute, pas la prétention d'avoir ajouté des documents nouveaux à tous ceux qui constituent l'ensemble de l'histoire de Philippe le Bel ; mais j'ai fait en sorte que le
public puisse profiter en quelque chose de la lecture à laquelle je le convie. Non-seulement j'ai voulu instruire^ mais j'ai taché aussi de plaire, et même quelquefois dVmoMroir, et j'ai fait tout'ce que j'ai pu pour que mes lecteurs, par leur assentiment, me permettent de croire, à mon tour, que j'ai révssi.