LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE 1 ^l
nois. Le roi précisa même, d'une manière toute particulière, la volonté qu'il avait d'accorder à ces malheureux Taffranchissement le plus complet, c'est-à-dire sans la moindre réserve des droits des patrons sur les affranchis. Il y avait dans cette clause une superfluité juridique qui ne peut être interprétée que comme exprimant l'intention bien formelle de Philippe de ne laisser sur la tête de ses affranchis aucune trace de leur ancienne servitude. Dans le moyen âge, ^îontrairement à ce qui se passait dans l'antiquité pour l'affranchissement des esclaves, l'affranchissement des serfs n'entraînait aucun droit de patronage de l'ancien maître sur le nouvel affranchi; par conséquent, il était inutile d'insérer une clause spéciale sur ce point dans la charte de 1298. Mais, à cette époque, les légistes de Philippe le Bel étaient tellement imbus des principes de la législation romaine, que, dans tous leurs actes, on en trouve quelque réminiscence ou quelque débris.
Malheureusement, à côté de chacun des bienfaits de Philippe, il y a presque toujours une série d'exactions et de mesures tyranniques qui leur enlèvent une partie de leur mérite et quelquefois même de leur spontanéité. C'est ce qui est arrivé pour l'affranchissement des serfs du Languedoc, qui paraît n'avoir été qu'une sorte de réparation nécessitée par les plus odieux abus de pouvoir.
En 1298, en effet, époque de cet affranchissement, il y eut un grand nombre de plaintes portées par diverses communes méridionales contre deux agents du roi, Pierre de Latilly et Raoul de Brillac, envoyés comme réformateurs et enquêteurs généraux. On sait déjà comment ces prétendus enquêteurs ou réforma-
leurs s'acquittaient en général du mandat qu'ils avaient reçu. Au lieu de s'enquérir des abus commis par les autorités locales et de chercher à en empêcher le retour, ils en commettaient eux-mêmes de plus vexatoires, et, au lieu de se faire accueillir comme les protecteurs des opprimés, ils provoquaient contre eux d'unanimes récriminations. Sous le prétexte de revendiquer certains domaines usurpés, de provoquer le payement de certaines dettes fiscales, de percevoir des impôts, enfin de faire rentrer au trésor tout l'argent qui pouvait lui appartenir S ils se présentèrent dans les villes, escortés de sergents, réunirent autour d'eux les consuls et les notables, et leur dirent qu'étant commissaires du roi pour opérer le recouvrement des sommes dues par les hommes de poëste et de mainmorte, ils mettaient en demeure les représentants de la cité de transiger avec eux, moyennant une somme fixe, sinon ils emploieraient la contrainte pour l'obtenir. Les consuls refusèrent d'obtempérer à ces conditions arbitraires et déclinèrent la solidarité de la commune pour des dettes essentiellement personnelles à quelques-uns de ses habitants. Ce refus et ce raisonnement exaspérèrent les agents royaux qui ne tardèrent pas à mettre à exécution leur menace de contrainte, dont ils avaient espéré un meilleur effet. Sur un ordre donné par ces dignes représentants d'un despote, les consuls furent emprisonnés, leurs femmes et leurs enfants furent impitoyablement chas^s de leurs habitations, dans lesquelles on installa une escouade de sergents.
On espéra un instant que ces moyens violents alnë-
» VaissAtb, t. IV, p. 115.