‹ Philippe le BelChapitre 148 sur 242 · LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE I

neraieni un résultat conforme au désir des commissaires, car les malheureux consuls promirent, sauf ratification de leurs administrés, une somme de trois mille livres tournois. Mais les habitants refusèrent de ratifier une pareille transaction, arrachée par la violence à ceux qui l'avaient souscrite. Les sergents intervinrent encore, s'emparèrent de toutes les maisons après les avoir fait évacuer, et en remirent les clefs aux prétendus réformateurs. C'est alors seulement que, victimes de pareilles mesures, les habitants furent obligés de pactiser et de promettre tout ce qu'on exigea d'eux. On fit payer, même à des hommes libres, des droits d'hommage et de caselage qui n'étaient dus que par des hommes en servitude. On employa toutes les rigueurs pour amener tous ces malheureux à vider leurs bourses dans les mains avides des agents du roi. Un grand nombre de localités virent le renouvellement de ces odieuses manœuvres ; des protestations énergiques s'élevèrent, des plaintes furent portées au pied du trône par les représentants des villes que les commissaires royaux avaient si indignement dépouillées. Le roi voulût connaître la vérité tout entière et provoqua une en uéte sur les faits reprochés à ses deux agents. Ces derniers n'avaient-ils agi qu'en vertu des ordres de leur maître, ou avaient-ils abusé de pouvoirs qui leur avaient été donnés pour un exercice légitime? c'est ce que l'on n'oserait affirmer. Mais en tout cas Philippe le Bel comprit qu'en présence de telles protestations et d'exactions aussi évidentes que celles dont l'enquête à laquelle il fut procédé par ses ordres lui apporta bientôt la preuve irrécusable, il fallait prévenir à tout prix le danger d'imminentes et terribles représailles de la part de ses sujets opprimés.

Alors fut rendue l'ordonnance de 1298, aux termes de laquelle tous les serfs du Languedoc étaient définitivement alTranchis. En même temps furent annulées, comme illégales et abusives, les mesures prises contre les villes par les deux commissaires enquêteurs, et les concessions de finances à elles extorquées à Taide de la menace et de l'intimidation.

Cette mesure libérale montre que, dans certaines circonstances, Philippe le Bel trouvait encore au fond de son cœur quelques sentiments de justice et d'humanité. Elle ne fut pas bornée au Languedoc proprement dit; un grand nombre d'habitants des autres localités jouirent des mêmes franchises. En 1303, par lettres-patentes du vendredi après la Notre-Dame de septembre, les sénéchaussées d'Agenais, de Rouergue et de Gascogne furent l'objet de semblables faveurs, et, dans la même année, les hommes de corps du bailliage de Caen furent pareillement affranchis au nom et par ordre du roi.

Les seigneurs s'empressèrent de suivre un si bon exemple : dans les fiefs indépendants, les affranchissements se multiplièrent comme dans le domaine royal. Des chartes générales et individuelles furent accordées en nombre considérable à des serfs de diverses classes; seulement ces actes n'avaient de valeur et ne pourraient recevoir leur exécution qu'après avoir été approuvés et confirmés par le roi. Ces approbations et confirmations de franchises étaient encore une source de revenus pour le trésor, car un droit pécuniaire était attaché à leur délivrance. Il fallait indemniser le suzerain des suzerains du dommage que lui causait la perte d'un des hommes attachés au fief sur lequel il avait la suprême suzeraineté. Le serf, avant son affranchisse-

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