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LES BOURGEOISIES

Le progrès dont les affranchissements des serfs ' donnèrent le signal se fit sentir, en même temps, et dans I Tordre social et dans l'ordre politique. Dans Tordre social, les octrois de franchises et de libertés eurent pour résultat principal de créer une classe nouvelle d'individus, destinée à jouer bientôt un rôle important dans les destinées du pays. Dans Tordre poli- I tique, on vit cette classe s'élever de degré en degré ! par le travail, par l'industrie, par la science, par I l'intelligence appliquée à tous les détails de la vie publique, jusqu'aux plus hauts sommets de l'administration et du gouvernement.

Il y eut alors une transformation nouvelle de Torganisation féodale, ou plutôt une décroissance de cette organisation primitive, au profit des principes nouveaux qui tendaient de toute part à s'établir dans la société. La féodalité avait eu pour caractère primordial de fractionner indéfiniment la souveraineté, dans Tordre politique, et, dans Tordre social, de réduire à leur expression la plus simple les diverses classes d'individus. Sous ce régime, dont nous avons exposé les inconvénients et les avantages, les fiefs, dont cha-

que propriétaire était souverain absolu , s'étaient multipliés au point de couvrir le territoire français d'une multitude de petits royaumes indépendants Tun de l'autre. En même temps, et par un mouvement directement contraire au premier, les éléments sociaux s'étaient, en quelque sorte, fondus en deux classes bien distinctes et même diamétralement opposées : d'un côté, les grands ou petits feudataires, menant la vie de château, courant les aventures, bataillant entre eux et exerçant, dans l'étendue de leurs territoires respectifs, tous les droits de souveraineté ; de l'autre, les serfs de toutes catégories, hommes de pocste ou de mainmorte, colons, vilains et roturiers, voués aux travaux les plus pénibles, à la sujétion la plus humiliante, et n'ayant avec l'esclave quelques différences que pour mieux sentir leur impuissance et leur abaissement.

Les affranchissements ouvrirent carrière à une troisième classe sociale, humble à son principe, et presque surprise de se voir investie tout à coup du droit de vivre et de respirer librement, mais bientôt avide de progrès et empressée de saisir toutes les occasions de s'élever. Habituée de longue date au travail et à la peine, ne reculant devant aucun effort pour accroître son influence et son pouvoir, prenant pour devise l'égalité dans les relations civiles et l'indépendance dans les moyens d'acquérir la fortune, mettant à profit, en toute circonstance, ses instincts progressifs et novateurs, déployant une activité sans bornes, s'installant aux comptoirs du commerce, aux ateliers de l'industrie, jusque dans les chaires de la science, accumulant des capitaux pour les employer à de nouvelles conquêtes, et dispersant aux quatre coins du monde les produits

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